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Rubrique "À l'écoute des usagers du temps libre" de Bernard Hennebert

N°30 | RTBF: la peur d'être différente?
Le Ligueur du 23 avril 2003

En échange d'une dotation qui couvre les trois quarts de son budget, la RTBF doit respecter une série d'obligations énoncées dans son contrat de gestion entré en application depuis janvier 2002. Elle a rapidement appliqué l'une des modalités nouvelles qui lui permet de couper des émissions sportives par de la pub...

Par contre, voilà près de 500 jours qu'elle peine à mettre à l'antenne de nouvelles émissions dont elle a accepté la création tel un "agenda des manifestations d'éducation permanente en Communauté française".

La preuve par "Javas"

De quoi s'agit-il? Lorsqu'on parlait "agenda" à la RTBF, on ne pensait qu'aux activités culturelles et non aux multiples initiatives et événements sociaux auxquels le public pourrait participer.

C'est bien que le JT diffuse des compte-rendus du "Procès Rwanda" mais pourquoi ne pas annoncer au préalable aux téléspectateurs sa localisation et l'horaire de ses audiences afin que ceux-ci puissent y assister pour de vrai au Palais de Justice? Tel fut l'un des exemples énoncés par diverses personnalités qui proposèrent au Gouvernement, dès le printemps 2001, d'intégrer pareil travail d'annonce dans les nouvelles obligations de la RTBF. Dans la carte blanche intitulée "Pour une RTBF davantage associative", on pouvait lire, sous les signatures de Philippe Hensmans (Amnesty International), Serge Hustache (Action Commune Culturelle Socialiste), François Martou (Mouvement Ouvrier Chrétien) ou Jacques Sepulchre (La Ligue des Familles): "Un agenda citoyen pourrait donner envie au public de s'impliquer davantage socialement. Les activités du monde associatif, des ONG et de l'éducation permanente, faute d'une médiatisation large, ne touchent souvent que des publics limités et déjà convaincus. Que d'énergie perdue alors qu'il serait si facile d'offrir tant d'occasions de se former, de dialoguer et d'agir à tant et tant de personnes potentiellement intéressées. C'est une manière de lutter contre un individualisme de plus en plus présent, de s'opposer aux extrémismes et de favoriser l'accès à la gestion de la cité". On pourrait y annoncer des conférences, des débats, des colloques, des formations, des manifestations, des stages...

Un vrai challenge! La RTBF a déjà prouvé qu'elle pouvait relever un défi analogue avec "Javas". Au départ, la Direction n'y croyait pas. Jo Dekmine, le Directeur du Théâtre 140, fit le forcing et, aujourd'hui, tout le monde peut souscrire à la possibilité de programmer en multidiffusions un agenda culturel attrayant sans faire fuir les téléspectateurs.

Qu'attend le Gouvernement?

Jean-Paul Philippot, l'Administrateur général, ne semble pas avoir tiré les leçons de cette expérience. À propos de l'agenda "associatif", il vient de déclarer aux parlementaires, ce 9 avril, que ce n'est pas avec ce type d'émission qu'on va attirer 500.000 téléspectateurs! Est-ce à cause de pareil a-priori que la RTBF fuit certaines de ses obligations depuis près d'un an et demi?

Malgré les scores peu encourageants des "@llumés.be" et de "Seul contre tous",le service public s'obstinerait-t-il à trop miser sur les jeux et les émissions de divertissement? Deux appels à projets concernant ce type d'émissions furent lancés en décembre dernier. Un troisième appel à projets diffusé en même temps concernait le fameux agenda. Hélas, celui-ci, contrairement aux deux autres appels, ne proposait aucune date de mise à l'antenne, ne précisait aucun créneau de diffusion (pour les deux autres émissions, le "prime time" était prévu) et aucun budget précis n'était alloué (18.000 euros et 12.000 euros étaient cités pour les autres émissions). Par contre, uniquement pour l'agenda, il fut suggéré d'envisager des partenariats! L'agenda serait-il un paria?

Lors de sa récente audition, M.Philippot annonça aux parlementaires "des programmes attractifs marquant la différence". L'agenda pourrait être l'un d'eux s'il n'était pas vécu comme un boulet.

Puisqu'aucune date imminente de mise à l'antenne n'a été annoncée, il revient au Gouvernement de faire respecter à la RTBF ses obligations. Qu'en pense Rudy Demotte, le Ministre qui a dans ses attributions l'éducation permanente et qui fut la première personnalité à signer la pétition qui lança cette idée d'agenda?

Hélas, d'autres obligations sont également négligées par la RTBF. Le "Conseil Supérieur de l'Education Permanente" les a stigmatisées dans un courrier daté du 20 février: tant en radio qu'en télévision, la réalisation d'une émission mensuelle sur une thématique d'éducation permanente ainsi qu'une soirée annuelle axée sur l'éducation aux médias. Le même Conseil constate que les prescrits du contrat de gestion concernant son obligation de répondre au courrier des usagers ne sont toujours pas appliqués. Il note: "Les disponibilités budgétaires ne peuvent être un alibi pour justifier cette situation dès lors que plusieurs émissions non reprises dans les exigences du contrat de gestion ont, quant à elles, été créées".

La restructuration et un refinancement public de la RTBF seront-ils réalisés au profit d'une réelle citoyenneté? Le Gouvernement et le Service public doivent se positionner.

Bernard Hennebert
bernard.hennebert@consoloisirs.be



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