Mars 2012: « Clo-Clo: cynisme et dépendances »

Mars 2012: on va nous reparler partout de Claude François, c’est pourquoi j’ai trouvé utile de publier sur le site de la RTBF une « opinion » intitulée « Clo-Clo: cynisme et dépendances ».

> Publication originale sur le site de la RTBF.

En ce premier trimestre 2012, Clo-Clo va revenir au devant de la scène. Pas sûr cependant selon Bernard Hennebert, que toutes les facettes de la vedette seront également évoquées.

Un premier trimestre sous le signe de Claude François : avec le nouveau film sur sa vie et le procès de plusieurs Clodettes pour le droit à leur image. On va à nouveau réentendre, et revoir tout et n’importe quoi durant quelques semaines sur ce chanteur qui se doublait d’un homme d’affaires. Il avait créé une maison de disques, des sociétés d’éditions de musiques et de presse (Podium, Absolu), une agence de mannequins et avait même lancé une gamme de parfums.

Les médias continuent à diffuser régulièrement son répertoire. De manière récurrente, sont programmés des reportages sur le culte que lui vouent ses fans (notamment une séquence de Strip-Tease, à propos de l’inauguration de sa statue). Mais y a-t-il encore place pour un débat contradictoire à propos de cette personnalité qui avait également ses détracteurs ? Les éléments  » déterrés  » ci-après resteront-ils occultés ou non dans les multiples hommages à venir ?

Je suis si puissant

Quelques jours avant de donner un concert à l’Albert Hall, le chanteur se confie au quotidien anglais  » The Guardian « . Ses propos permettent de découvrir que ce n’est pas nécessairement la qualité des chansons et le respect du public qui guident les choix des médias :  » Tous mes disques ont été numéro un au hit-parade « , déclare l’idole.  » Quand ils ne sont pas numéro un au départ, parce qu’ils ne le méritent pas – je veux dire que la chanson n’est pas assez bonne – je suis si puissant à la télévision, que les gens, après avoir entendu la chanson dix fois à la télé, achètent le disque qui devient alors numéro un. C’est ce qui se passe tout le temps. Beaucoup de mes disques qui ne sont pas si bons ont été numéro un « .

La presse pour jeunes

Dans le même entretien, le chanteur explique comment il produit le mensuel qu’il vend à ses fans :  » Je sais exactement comment faire Podium. Si je le faisais mieux, d’un seul coup, il ne se vendrait plus. Il doit être très rigide, très bête, ce qu’il est. J’ai un échantillon de six filles à l’étage, sur lesquelles je teste ce que je veux, comme ça je peux dire exactement ce qui est nécessaire « .

Peu après la mort de Claude François, j’ai interviewé l’une des  » Clodettes  » :  » Dans Podium, Claude ne disait que ce qu’il voulait bien. Parfois c’était vrai… Cette pression aux idoles prépare les gosses à lire ensuite la presse à sensation. Les propriétaires des journaux à idoles (souvent des producteurs de certaines vedettes ou des firmes de disques) mettent en évidence leurs poulains. Le public choisit dans le choix qu’ils ont déjà fait ou alors par le biais des hit parades souvent bidons « .

Alors que Dave n’avait pas encore fait en France son coming-out (en Hollande où la mentalité était différente, il ne cachait pas sa vie privée), il explique ainsi comment il recourait aux services de l’agence de mannequins de Clo-Clo :  » Ma fiancée hollandaise, c’était un mannequin de Claude François. C’est un coup, une histoire qu’on avait montée. Presque tous ces articles en sont. Je trouve ça tout à fait normal…  » (1).

Quel marteau ?

Le contenu du répertoire mérite également réflexion. Le 11 avril 1978, au cours d’une soirée d’hommage réalisée par la RTBF-Liège, Edmond Blattchen donne la parole au journaliste Jacques Vassal, collaborateur à Rock & Folk et auteur de nombreux livres sur la chanson.

Celui-ci s’adresse ainsi au disparu :  » …Comme des milliers d’hommes et de femmes pour qui la chanson représente le moyen d’expression populaire par excellence, je t’en ai voulu d’avoir fait d’une chanson américaine de combat, un éloge du conformisme bourgeois… « .

Il s’agissait de  » Si j’avais un marteau « , inspiré d’une chanson de Pete Seeger qui, dans sa version initiale, prêchait la reconnaissance des droits civiques dans une Amérique du Nord particulièrement ségrégationniste.

Tous ces éléments qui furent évoqués publiquement naguère nourriront-ils, aujourd’hui, une réflexion –utile- sur le rôle de la chanson et le métier de chanteur ?

Bernard Hennebert, coodinateur de Consoloisirs

(1) Extrait d’Antirouille, mensuel alternatif pour jeunes

Bernard Hennebert est bien connu de tous ceux qui s’intéressent à la culture en Belgique francophone. Il se bat entre autres pour un accès plus démocratique aux musées et se veut artisan d’un contre-pouvoir en matière de culture et de médias pour les empêcher de se transformer en produits.