Nos médias (N°84 / 9 juin 2009)

Très cher nouveau Musée Magritte de Bruxelles: ceci n’est (peut-être) pas un musée

Crée-t-on un musée pour renforcer le tourisme ou pour favoriser le développement culturel des habitants? Il convient sans doute de trouver un équilibre entre ces deux options, ce qui n’est point le cas pour le nouveau Musée Magritte de Bruxelles.

Mais, d’abord, est-ce bien un musée? Ne s’agit pas plutôt d’une exposition temporaire bien marketée camouflée en musée? Lorsqu’on parcourt ce Musée Magritte, on est étonné d’y découvrir tant d’œuvres appartenant, soit à d’autres musées, soit à des collectionneurs privés. Ainsi, il m’a été confirmé que pas mal de toiles, dont une peinture extraite du Musée d’Ixelles, étaient prêtées pour une durée de deux ans, ce qui correspond à peu près à la fin du premier mandat de Michel Draguet, son grand ordonnateur. Que se passera-t-il ensuite? Avant d’accueillir ce nouveau projet, l’ex-hôtel Altenloh, sis Place Royale, a vu régulièrement évoluer le choix des œuvres qui y étaient exposées.

Ce qu’il était plus que temps de mener à bien, c’était, bien entendu, une valorisation de la collection des Magritte. Mais redéployer une telle section ne signifie pas nécessairement créer artificiellement un musée qui, d’ailleurs, continue de faire partie, même au niveau de ses bâtiments, de l’ensemble formé par les Musées d’Art Ancien et Moderne, auxquels le public visitant le Musée Magritte peut avoir directement accès sans passer par la voie publique.

13 + 4 = 17 euros!

Mais pareille possibilité moins spectaculaire aurait permis plus difficilement le changement radical de la tarification, qui me semble un enjeu essentiel, même s’il est actuellement occulté par la direction des Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique (MRBAB) et par les médias de masse.

Après unelongue période durant laquelle les Musées Fédéraux furent gratuits tous les jours, fut mis en place depuis 1997 une politique tarifaire raisonnable. Aujourd’hui, et malgré la crise économique qui sévit, la naissance du Musée Magritte est l’occasion, ou le prétexte, de passer à une tarification beaucoup plus agressive. Avant le 2 juin dernier, il fallait s’acquitter de 5 euros pour admirer tous les chefs d’œuvres anciens et modernes: de nombreux Magritte mais aussi Rubens, Bruegel, Van Dyck, Jordaens, David, Gauguin, Ensor, Wouters, Permeke, Bacon, Khnopff, Alechinsky, et tant d’autres. Désormais, pour découvrir, sur une surface analogue, globalement le même nombre d’œuvres, il faudra acquérir un billet combiné de 13 euros (collections permanentes des Musées d’Art Ancien et Moderne + Musée Magritte). Il s’agit donc de bien davantage qu’un ticket de cinéma qui, pour beaucoup, est déjà considéré comme prohibitif(1).

Et ce n’est pas fini! Dans le parcours du nouveau musée, la place réservée aux archives est importante (lettres, photos, livres, etc.). Or, le plus souvent, ces documents devraient être replacés dans leur contexte pour intéresser le visiteur qui n’est pas (encore) spécialiste de Magritte. Ce n’est guère le cas. Il convient donc de louer un audioguide à 4 euros.

Enfin, profitant du récent délire inaugural, une autre augmentation substantielle vient d’être discrètement mise en place: le “tarif prix plein” des Musées d’Art Ancien et Moderne passe de 5 à 8 euros alors que l’offre proposée s’est rabougrie (pour ce prix, on ne peut plus voir les Magritte, ni circuler dans l’ex-hôtel Altenloh).

Bien sûr, la majorité des touristes acceptera sans doute ces augmentations mais, le premier effet de “mode” passé, qu’en sera-t-il pour le public autochtone? Helena Bussers, qui avait précédé Michel Draguet à la direction des MRBAB, indiquait que le retour aux entrées payantes avait provoqué une chute d’environ 30% des entrées: “Les touristes continuent d’affluer mais ce sont surtout des visiteurs qui venaient découvrir régulièrement l’une ou l’autre salle qui ont été affectés”.

Et les œuvres moins connues?

Fin 2008, Paul Dujardin, le Directeur de Bozar, décidait de soutenir publiquement un autre rêve Draguerrien: après le Musée Magritte, lancer l’idée d’un futur Musée Cobra. Tout ceci donnera même des idées au duo Destexhe-Reynders en campagne électorale qui revendiqueront le transfert des œuvres de Paul Delvaux dans un musée qui lui serait également dédié, Place des Palais. Où s’arrêtera donc cette surenchère? En “déménageant” progressivement quelques-uns des joyaux les plus “vedettisés”, ceux qui permettent d’attirer le public pour mettre celui-ci en situation de découvrir tant d’autres œuvres magistrales mais moins connues, ne va-t-on pas du même coup réduire encore plus sensiblement la fréquentation des collections des Musées d’Art Ancien et Moderne?

(1) le billet simple pour le Musée Magritte coûte 8 euros (diverses réductions; gratuité pour les chômeurs et les handicapés; gratuité du 1er mercredi du mois, de 13H à 20H).

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