Nos médias (N°82 / 7 avril 2009)

Sabine Laruelle, la Ministre de la Politique Scientifique et des Musées Fédéraux: pour une charte des usagers, “le plus tôt possible”

Bientôt à la une de l’actualité avec la naissance en mai prochain du Musée Magritte, les musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles (MRBA) constituent le plus important ensemble muséal belge. C’est à ce titre qu’ils vont nous servir de fil conducteur pour un entretien exclusif sur le respect des droits des visiteurs que nous a accordé Sabine Laruelle, la Ministre de la Politique Scientifique ayant en charge notamment les musées fédéraux.

Un nouvel enfant, certes. Mais comment se porte donc la famille nombreuse? Les MRBA, ce n’est pas seulement les grands bâtiments de la rue de la Régence qui regroupent les Musées d’Art Ancien et Moderne, ce sont également les Musée Meunier et Wiertz.

Les MRBA sont l’un des ensembles muséaux gérés par le Gouvernement fédéral, aux côtés des Musées du Cinquantenaire, du Musée des Instruments de Musique, du Muséum des Sciences Naturelles, etc.

Pour un même prix, la moitié…

Du 23 février au 23 mars dernier, le Musée d’Art Moderne et ses nombreux Magritte, Delvaux, Bacon et autres Permeke, a été inaccessible au public pendant un mois. On ne pouvait donc visiter que le Musée d’Art Ancien et ses Rubens, Breughel, Bosch, Van Dijck, etc. Or, la tarification qui permet d’avoir accès habituellement aux deux musées est restée en vigueur.

Qu’en pense la Ministre Sabine Laruelle? Elle m’a indiqué que les salles du musée d’Art Moderne ont fait l’objet de travaux de restauration et de rénovation mais que c’était clairement indiqué à l’entrée des MRBA: “Le visiteur est donc averti et libre d’acheter ou non son ticket. Les prix d’entrée des musées sont déterminés par une procédure stricte. Ils doivent être soumis à l’organe de gestion des musées, approuvé par celui-ci, traduit en arrêté royal, transmis à ma signature et à celle du Roi. Il n’est donc pas aisé d’en modifier l’objet ou la valeur. Je pense, par contre, qu’il est important que le visiteur soit parfaitement informé des salles ouvertes lorsqu’il achète son ticket”.

Dommage que pareille rigidité structurelle n’ait pas permis aux MRBA de faire preuve d’imagination. Par exemple, garder ce prix “entier” tout en offrant aux visiteurs, en guise d’alternative, des tickets gratuits pour visiter durant le mois qui suit un autre musée fédéral… Pour fidéliser, renforcer et diversifier le public muséal,il conviendrait en effet de pouvoir être de plus en plus inventif.

À ce propos, voici une information peu médiatisée par la ville de Liège dont dépend le “Grand Cursius” récemment réouvert: le ticket acheté pour découvrir ce nouvel ensemble muséal est désormais non nominatif et valable pour une seconde visite dans les jours qui suivent. Donc, vous pouvez en faire cadeau à une tierce personne ou favoriser votre vision “contemplative” et ne pas vous ruer pour tout voir en une fois! Innovation astucieuse qui mériterait d’être imitée par bien d’autres musées trop grands pour être découverts “en une fois”.

Deux musées peu accessibles

À propos de la maison Ixelloise où habita le peintre et sculpteur de la vie ouvrière du XIXème siècle, Constantin Meunier, le sénateur Jean Cornil a écrit à la Ministre Laruelle: “…Dans un article paru dans “Le Journal du Mardi” du 04/11/2008, j’ai été surpris de constater que le musée est ouvert et gratuit le week-end mais réservé aux groupes. Ces derniers sont dans l’obligation de prendre un guide qu’il faut rémunérer à raison de 80 euros. La gratuité du musée est donc bien relative. Par ailleurs, la gratuité en semaine ne permet pas aux personnes actives de visiter ce musée… Ne serait-il pas judicieux d’inverser les conditions d’accès actuelles? La proposition de l’auteur de l’article vise à organiser les visites en groupe sur réservation en semaine et que le musée soit ouvert gratuitement et individuellement le w-e. Le gardiennage se paierait plus cher le samedi et le dimanche mais serait compensé par les économies réalisées durant les 4 jours d’ouverture de la semaine sous réservation. Puis-je me permettre de vous demander ce que vos pensez de cette proposition qui devrait permettre d’augmenter sensiblement la fréquentation de ce musée qui est aujourd’hui exsangue de public?”.

Le 13/12/2008, Mme Laruelle répond au sénateur que cette proposition est séduisante mais qu’elle ne tient pas compte de la réalité, à savoir la disponibilité des équipes de gardiennage: “En effet, durant les w-e, seule la moitié des effectifs est disponible et la priorité est donnée à l’ouverture des salles des Musées d’Art Ancien et Moderne”.

Rebondissent! Quelques jours après la parution de cet article du JDM qui était intitulé “C’est 80 euros… la visite du musée gratuit!”, le site internet des MRBA a supprimé les visites sur réservation du w-e (voir www.fine-arts-museum.be). En dehors d’ouvertures exceptionnelles, quand donc la population active peut-elle visiter ce musée qui ne lui est accessible ni pendant la pause de midi, ni les w-e, ni les jours fériés? Un beau cas de figure qui devrait pousser le Gouvernement fédéral mettre en place une organisation plus respectueuse du public en ce qui concerne le recrutement des gardiens. Il ne s’agit pas de chercher des budgets complémentaires mais plutôt que ceux-ci prestent quand la population active est disponible! À moins que l’on ne tienne à favoriser les touristes et leurs “groupes” qui peuvent faire du chiffre dans les statistiques des entrées?

Un autre musée dépendant des MRBA, l’atelier du peintre Antoine Wiertz (dont l’accès est gratuit en semaine et le w-e), avait annoncé qu’il serait fermé pour restauration du 15 avril au 14 juillet 2008. Actuellement, il est toujours inaccessible. N’est-il pas curieux de constater que ces sont ces plus petits musées fédéraux offrant au public un accès gratuit qui semblent particulièrement inaccessibles, au moins à la population active… La Ministre: “Les travaux entrepris dans le musée Wiertz connaissent malheureusement du retard. La Régie des Bâtiments qui en a la charge espère qu’ils seront terminés pour l’été”.

La Ministre opte pour une charte des usagers

Voici trois exemples glanés au fil des années qui tendent à démontrer qu’il serait utile de mieux préciser les droits des usagers.

Pour la grande rétrospective Magritte qui s’est déroulée de mars à juin 1998, les MRBA avaient choisi comme emblème “Le château des Pyrennées”. Cette oeuvre était reproduite sur l’affiche, la couverture du catalogue et même un timbre poste. Les organisateurs, au moment de leur choix, savaient que cette toile devrait être restituée à mi-parcours au “Israël Museum”. Même le dépliant ne mentionnait pas ce fait bien qu’il reproduisait également cette œuvre sur sa cover.

Durant plusieurs années, certains musées fédéraux ont omis de signaler dans leur tarification l’existence même de leur gratuité du premier mercredi du mois après 13H00. Il a fallu attendre de très nombreux courriers d’usagers et 1999 pour que les MRBA, ou, pire, 2002, pour que les Musées Royaux d’Art et d’Histoire mettent fin à cette obstruction à l’information de leurs visiteurs (voir Le Ligueur du 16/10/2002, “Qui sait que c’est gratuit?”).

Les guides touristiques indiquent souvent que les MRBA exposent l’une des plus riches collections d’œuvres de Magritte. C’est loin d’être toujours le cas… Par exemple, le 26 décembre 2006, seulement cinq peintures étaient exposées. D’habitude, il y en a au moins cinq fois plus! Il ne s’agit pas ici de remettre en question la politique de prêt. Pourquoi ne pas proposer une mise à jour des œuvres accessibles via un ordinateur à la disposition des visiteurs dans l’entrée du musée? (voir Le Journal du Mardi, “Alechinsky et Magritte méritent mieux!”).

La Communauté française a créé un “Code de bonne conduite en faveur des usagers culturels” qui va dans ce sens (voir Le Journal du Mardi du 03/07/2007).

Michel Draguet, le Directeur général des MRBA, est d’ailleurs favorable à une adaptation de cette démarche aux institutions fédérales. Comment la Ministre compte-t-elle considérer ce positionnement particulièrement positif, voire novateur? “Comme vous, je suis sensible au service offert aux usagers” me répond-elle: “…J’ai donc souhaité qu’une “charte des usagers” soit élaborée et mise en place dans les établissements scientifiques fédéraux. Je devrais pouvoir vous en dire davantage dans les prochaines semaines. Je souhaite pouvoir donner une information la plus complète possible. Les exemples qui vous avez relevé ne sont pas la norme mais ils ne doivent évidement pas arriver. Je vais veiller à ce que les travaux chargés d’élaborer cette charte soient lancés le plus rapidement possible”.

Vers une association de visiteurs?

Dans le secteur muséal, aucune association de consommateurs ne protège les usagers de manière systématique. Pas même les associations de type “Amis du musée” qui se spécialisent plutôt dans l’organisation de voyages culturels et la récolte de fonds pour acheter ou restaurer des œuvres. À propos de celle qui existe aux MRBA, le Ministre Charles Picqué (PS), l’un des prédécesseurs de Mme Laruelle, avait émis en 2003 la proposition suivante: “ Les musées auraient intérêt à élargir le principe de ces associations qui ne rassemblent actuellement que des collectionneurs, d’anciens fonctionnaires et des sponsors. Il faudrait y adjoindre de simples visiteurs. Pourquoi ces associations ne pourraient-elles pas devenir un ferment de médiation informelle entre le public et l’autorité?” (voir Le Ligueur du 07/05/2003, “Pour une consommation culturelle citoyenne!”). Cette idée tarde à se concrétiser. Pour Sabine Laruelle: “Les “amis des musées” sont des asbl qui existent et qui ont leurs objectifs propres. Il serait assez intéressant que les utilisateurs se fassent entendre. Comment? Je n’ai pas, en tant que ministre, à dire comment cela doit se passer mais je suis ouverte sur la question”.

Gratuité: il n’y a pas de tabou

Christophe Hardy, le chef de cabinet de Mme Laruelle, a déclaré dans “Le Débat” diffusé par Télé-Bruxelles, le 4 mars dernier: “Il existe la gratuité du mercredi, pourquoi pas une gratuité du dimanche ou d’autres jours…”. C’est de la dynamite, puisque actuellement se cramponnent plusieurs musées à la gratuité fédérale présentée comme s’adressant à l’ensemble du public et pourtant se déroulant en semaine, chaque premier mercredi du mois, seulement après 13H.

La Ministre a-t-elle de nouvelles perspectives dans ce domaine? “Je mène une réflexion globale sur l’accessibilité des musées. Les tarifs sont une des composantes de cette réflexion. Il n’y a pas de tabous, ni d’idées préconçues en la matière. J’ai souhaité disposer pour la fin de ce mois d’avril de statistiques précises quant aux différents publics des musées afin d’analyser l’opportunité des mesures de gratuité sollicitées par les uns et les autres”.

En six ans, on est passé de un à une cinquantaine de musées qui pratiquent la gratuité du “premier dimanche du mois” (voir Le Journal du Mardi du 03/03/2009). On constate aussi que le Musée de la Banque Nationale qui était un fervent de la “gratuité du premier mercredi” est désormais également accessible librement tous les week-ends et tout l’été. Le public (et les médias!) ne se retrouve(nt) plus dans les multiples gratuités proposées ici et là, ce qui rend ces initiatives pas assez efficaces en terme de recherche de nouveaux publics. Ne serait-il pas profitable que les Musées et autres Institutions Scientifiques fédérales s’accordent avec les autres musées des différentes régions pour unifier leur journée de gratuité “tous publics”: un samedi, un dimanche ou une nocturne? Ensemble, un peu comme cela se passe pour les “Journées du Patrimoine”, ils créeraient ainsi l’événement, ce qui favoriserait une large médiatisation. Partagez-vous notre enthousiasme? Le Ministre semble acquiescer: “Oui, il faut une certaine lisibilité, une action concertée à un niveau ou à un autre, même au niveau national. Il ne faut pas s’enfermer afin que la spécificité de chacun puisse être respectée”.

Comme cela se pratique avec succès depuis plus de trois ans au Musée d’Ixelles, une gratuité mensuelle ne devrait-elle pas être assortie, chaque mois, d’une “mise en exergue” d’une œuvre différente? La Ministre: “C’est une bonne idée et ce serait une mesure efficace pour permettre une meilleure animation des musées. A coups sûrs, cela ramènerait des gens dans les musées”.

À quand, un listing belge?

Et pour conclure, une question complètement belge! Parce que fédéral, votre Ministère ne pourrait-il pas créer un site internet qui actualiserait régulièrement la liste de toutes les gratuités muséales belges? Aucune initiative de la sorte n’existe malgré une forte demande du public… La Ministre Laruelle: “Nous souhaitons être un vrai partenaire dans toute initiative du genre. Mais le Fédéral ne doit pas se retrouver seul. Il faudra une concertation avec les autres parties prenantes des projets”.

Le Botanique rembourse 4,5 euros

Une différence avec un passé récent?

En 2005, après plusieurs courriers restés sans réponse, j’avais dû faire appel à un avocat pour qu’il envoit une missive avec menace de mise en demeure afin que Georges Dumortier, à l’époque Secrétaire général du Conseil de la Musique, me rembourse un ticket de concert. Ce qu’il fera alors derechef.

En 2002, même topo: il faudra l’intervention d’une avocate pour qu’Henri Simons, l’échevin de la culture de la ville de Bruxelles, me rembourse le ticket d’une exposition d’œuvres de Rubens… qui, lors de ma visite, continuait d’être promotionnée avec la reproduction d’une peinture qui n’était plus exposée!

Aujourd’hui, le Code de bonne conduite en faveur des usagers culturels initié par la Ministre Fadila Laanan est applicable en Communauté française auprès de tous les opérateurs culturels bénéficiants de contrats-programmes ou de conventions, dont le Botanique.

Comme ce code précise qu’il faut répondre “de manière circonstanciée” dans le mois aux plaintes des usagers, la célèbre institution culturelle Bruxelloise m’a confirmé rapidement par écrit qu’elle allait me rembourser 4,5 euros, soit le prix d’un ticket d’une séance de cinéma: le film italien était annoncé avec un sous-titrage en français… qui fut, au moment de la projection, remplacé par un sous-titrage en anglais!

Encore mieux! Ce code favorise aussi un vrai dialogue entre usagers et organisateurs pour mieux réguler le secteur. En effet, traitant la même plainte, Anne Valentini, la Directrice générale du Botanique, s’est engagée à examiner la possibilité de corriger la phrase “Ce ticket ne sera ni échangé, ni remboursé” imprimée au dos des tickets par une formule “moins intimidante” qui préciserait, de manière plus adéquate les conditions de remboursement.