Nos médias (N°80 / 3 mars 2009)

Bien qu’omis par le contrat de gestion de la RTBF: le sous-titrage arrive en avril

L’actuel contrat de gestion de la RTBF prévoit des obligations moins précises que par le passé(1) et dont la concrétisation dépend du bon vouloir de sa direction.

Or, celle-ci suit souvent d’autres priorités puisque le même contrat de gestion négocié par le gouvernement PS-CDH permet au service public d’engranger davantage de rentrées publicitaires (on passe de 25 à 30% de son budget dès 2010) et par de nouvelles formes intrusives pour le téléspectateur (écran partagé, placement de produits).

Alors, entre décupler les programmes sportifs (hyper chers), les séries et autres émissions paillettes attrape-annonceurs, et s’intéresser à des revendications minoritaires, il n’y a généralement pas photo.

Se familiariser avec d’autres langues

La récente crise institutionnelle linguistique a remis sur le tapis la question de proposer dans les programmes d’information les interviews en langues étrangères telles qu’elles ont été enregistrées avec un sous-titrage plutôt qu’une version doublée telle que pratiquée actuellement par la RTBF ou RTL TVI.

Diffuser les déclarations en V0 sous-titrée permet d’entendre, par exemple, les vraies intonations de nos premiers ministres, de découvrir toutes les nuances de leurs déclarations. Cette option est profitable à la précision de l’information et utile aux sourds et malentendants. Elle constitue aussi une aubaine pour les francophones qui veulent se familiariser avec d’autres langues, comme l’explique Régine Florent (IHECS) dans une carte blanche intitulée « Apprendre les langues modernes avec des médias modernes »(2).

Puisque cet objectif n’est pas indiqué dans les obligations que la RTBF doit appliquer jusque fin 2011, il faudra beaucoup de temps et de mobilisation tant du personnel politique que de la société civile pour commencer à se faire entendre.

Le 17 juin 2008, un proposition de résolution en ce sens est adoptée à l’unanimité par les parlementaires. Le 27 novembre 2008, André du Bus (CDH) devra s’enquérir de l’évolution de ce dossier auprès de Fadila Laanan, la Ministre de l’audiovisuel,

sur l’évolution du dossier. Celle-ci souhaite que la RTBF concrétise la demande(3) et dit attendre une évaluation budgétaire du coût de la concrétisation de ce projet (s’il avait été indiqué dans le contrat de gestion, c’est la dotation normale qui l’aurait financé).

Le CDH en campagne

Pour que la situation se décoince, il faudra attendre que, sur facebook, un « groupe » lancé sur cette thématique par Jean-Michel Delroeux attire environ 6.000 « amis » qui, preuve de leur intérêt, y multiplient les commentaires instructifs. Parallèlement, le site lapetition.be propose une pétitionnement qui recueillera rapidement près de 2.000 signatures.

Nous entrons en campagne électorale et, le 18 février dernier, se déroule une soirée d’information au « Cercle » d’Etterbeek, la commune où se présente André Dubus. Entouré sur scène de deux grands sigles orangés du parti dit humaniste, celui-ci accueille une bonne centaine de défenseurs de la VO en leur expliquant qu’il les a réunis dans ce vieux local où « autrefois, se préparaient les campagnes électorales des chrétiens contre les libéraux ».

Pour représenter la RTBF, il a été fait appel au Président du Conseil d’administration, Jean-François Raskin (CDH également). Il annonce son scoop: dès avril, le sous-titrage des interviews en néérlandais sera effectif dans les reportages des JT de la RTBF, et il faudra attendre le mois d’octobre pour que les interventions en anglais reçoivent enfin le même traitement.

Audimat… ou droits des minorités?

Par contre, Mr Raskin ne veut pas que la RTBF agisse de même pour la diffusion des films sur le petit écran: « Il n’y a pas de téléspectateurs pour cela! (…) On n’est pas une chaîne marginale ».

Pourtant, de nombreuses années durant, dans les hautes sphères ertébéennes, on savait très bien que les films en VO sous-titrée n’attiraient pas les foules mais par souci de respect pour la diversité, par prise en compte des publics minoritaires(4), les téléspectateurs avaient le choix, chaque lundi soir, entre le film de « L’Ecran Témoin » diffusé en version doublée (sur La Une) et sa version en VO sous-titrée (sur La Deux).

Aujourd’hui, alors que sa dotation a été augmentée par l’actuel contrat de gestion, le service public ne développe plus d’initiative relative à ce type de mission. Par contre, au même moment, on y dépense de plus en plus de budgets pharaoniques pour assurer l’omniprésence hyper chère de sports « médiatiques », parfois même simultanément sur La Une et La Deux

Le Président de la RTBF tente de se justifier en expliquant que le doublage coûte moins cher que le sous-titrage et larmoie sur le dèche financière du service public. Il s’agit plutôt d’un choix erroné de priorités. Economisons (pour prendre un exemple) les frais occasionnés par la diffusion de la Formule 1 que tout téléspectateur peut voir sur TF1 avec des commentaires pas moins subtils, il y a là de quoi financer nombre de véritables « missions de service public » actuellement rangées aux oubliettes par notre RTBF.

(1) JDM, 01/08/2006.
(2) La Libre Belgique, 20/11/2008.
(3) « La Ministre nous tanne » indiqua Jean-François Raskin au débat du 18 février.
(4) N’est pas là précisément une mission propre au service public qui permet d’affirmer que l’octroi de la dotation ne constitue pas une concurrence déloyale par rapport aux opérateurs privés?