Nos médias (N°76 / 6 janvier 2009)

Dix rêves pour « France Télévisions » 2009

Deux versions: une brève, une longue (près du double de signes).
Ci-dessous: d’abord, la version courte publiée en tribune sur une page complète de La Libre Belgique, le 2 janvier 2009.

Ensuite, une version plus explicative qui consitue le texte de ma rubrique « Nos médias » du Journal du Mardi daté du 6 janvier 2009.

Dix rêves pour France Télévisions 2009

(version courte, La Libre Belgique, 2 janvier 2009)

En Communauté française, les téléspectateurs regardent France2, France3 ou France5, et peuvent comparer leurs programmes avec ceux de notre service public, la RTBF.

Au moment où France Télévisions arrête la diffusion de la pub après 20H, il est légitime que nous imaginions en voisins un peu jaloux(1) la manière dont ces chaînes pourraient utiliser au mieux cette opportunité. Limitons-nous à dix rêveries!

1: Minorités plutôt que public massif

Sans publicité, France Télévisions ne doit plus s’adresser continuellement au public le plus massifiant. Se différencier des diffuseurs privés revient notamment, aux heures de forte audience, à soutenir, de manière critique bien entendu, les intérêts d’importantes « minorités »: les amateurs de cultures, les sourds et malentendants, les enfants et les adolescents, le public « carte vermeille », etc.

2: Ni « audimat », ni « qualimat »

Les professionnels savent que les résultats de l' »audimat » sont plus qu’approximatifs et favorisent les consommateurs « accros » qui se passionnent surtout pour TF1.

D’autre part, le « qualimat » n’est pas non plus la panacée que certains imaginent. À quoi bon tirer au sort des téléspectateurs et leur demander ce qu’ils pensent de la télé? N’en connaissant ni les coulisses, ni les objectifs, ils peuvent difficilement ne pas relayer de manière inconsciente les mots d’ordre ou les commentaires des maîtres de l’audiovisuel.

Pourquoi dès lors ne pas adapter à l’audiovisuel la réalisation de « panels citoyens » déjà expérimentés avec succès à un niveau Européen par la « Fédération pour les générations futures »? Pareil processus d’analyse revient à choisir au hasard un échantillon relativement limité de citoyens non organisés. Ceux-ci reçoivent une information équilibrée sur le fonctionnement et les enjeux du secteur d’activité à propos duquel ils sont censés s’exprimer. Pendant leur délibération, ils sont ensuite amenés à confronter leurs différents points de vue pour tenter de s’accorder sur des « avis de recommandation ».

3: Rediffusions

Les diffuseurs dépendant de la publicité hésitent à programmer des rediffusions car, en concurrence avec leur « première diffusion », elles pourraient leur faire perdre des points au calcul des audiences et voir donc leur tarification publicitaire revue à la baisse. Or, les « rediffusions » sont utiles à nombre de téléspectateurs qui ont des habitudes de vie différentes. Elles permettent aussi le rattrapage lorsque le « bouche à oreille » pour tel ou tel programme a bien fonctionné. Deux objectifs très « service au public »…

Sur la RTBF, Javas, un agenda d’annonces culturelles, fut naguère ainsi regardé par autant de téléspectateurs que le JT grâce à une politique de multidiffusions orchestrée par Gérard Lovérius.

À terme, sur France Télévisions, ces rediffusions pourraient habiter quasi sans frais les 3 heures quotidiennes occupées jusqu’à présent par la pub.

4: Exclure le sponsoring

Le sponsoring est encore plus pernicieux que la publicité. Or, le projet du Président Sarkozy le maintient. Cette pratique peut pousser les chaînes à multiplier les « mini programmes » dont les thématiques et le contenu seront choisis pour pêcher de juteux « mécènes ».

5: Avoir le temps au « 20H »

N’est-il pas prématuré de fixer le début des soirées de France2 à 20H35? Le public a soif d’informations qui lui permettent de mieux se positionner dans le monde et plus rien ne justifie le fait que la majorité des séquences des JT soient si courtes et, en conséquence, souvent manichéennes.

La réussite de Ter Zaak à la VRT ou C’ Dans l’Air sur France5 indique la voie.

6: « Prime-time » culturels et sociaux

Par habitude, l’on donne la parole à propos de l’évolution de l’audiovisuel surtout aux producteurs et aux représentants des artistes. Il faudrait faire de même avec le secteur social, au sens large, et gageons que l’on constaterait immédiatement un manque significatif d’émissions de ce type au prime time du service public. Par exemple, au moment où l’on regrette qu’une frange importante de parents a mis en veilleuse l’éducation de leurs enfants, ne serait-il pas de salubrité publique d’enfin consacrer aux heures de forte écoute un programme régulier à l’apprentissage de ce rôle pour ceux et celles qui sont de bonne volonté? Le secteur associatif émet en vain jusqu’à présent pareille revendication en France comme chez nous.

Bien entendu, il convient également d’assurer la présence des matières culturelles au prime time. Le public ne fuira pas, comme certains l’annoncent, si l’on imagine un concept fédérateur. Ainsi, combien de téléspectateurs en perspective pour un magazine (inexistant jusqu’à présent) qui passionnerait sans doute plus le public que les industriels de l’art! On y ferait le « suivi » de l’évolution des « pratiques » qui régissent la « consommation culturelle »: les préventes qui commencent de plus en plus tôt (18 mois pour les prochains concerts de Mylène Farmer), les différents types de gratuités des musées, la façon dont nombre d’organisateurs ne répondent pas aux plaintes de leurs usagers, etc.

7: De la médiation

Aucune information n’a été faite au public et c’est le silence sur le site internet de France2: L’Hebdo du Médiateur a disparu des antennes depuis le 28 juin dernier. Or, depuis 10 ans déjà, cette émission diffusée dans la foulée du 13H du samedi drainait de très nombreuses réactions du public.

S’il y a un point où les diffuseurs publics doivent se distinguer par nature des privés, c’est bien celui de leur relation avec leur public. Il est indispensable que France Télévisions (re)crée sur chacun de ses supports un lieu de dialogue avec ses usagers. Pareille visualisation de la médiation devrait d’ailleurs devenir le terreau grâce auquel des associations significatives d’usagers des médias pourraient se développer. Quasi inexistantes actuellement, celles-ci constitueraient, à moyen terme, un contre-pouvoir aux lobbies mieux structurés, surtout économiques ou politiques, qui ne cessent de tenter d’influencer de manière unilatérale l’audiovisuel.

8: Répondre au courrier

Nombre de courriels et de lettres de téléspectateurs restent sans réponse. Or, la garantie d’en recevoir constitue la base même de la possibilité d’un dialogue avec France Télévisions. Il suffirait de s’inspirer du texte du contrat de gestion qui oblige la RTBF depuis 1997 à répondre aux plaintes et demandes d’information écrites du public dans les trente jours ouvrables « de manière circonstanciée », ce qui bannit les simples accusés de réception.

9: Et l’éducation aux médias?

Tout le monde s’accorde en théorie sur l’utilité de développer des programmes d’éducation aux médias ou à la publicité, mais quelles chaînes la concrétisent? Actuellement, les diffuseurs préfèrent concocter des émissions d’information sur l’actualité des médias. La plus pertinente d’entre-elles qui était sans conteste Arrêt sur images a été arrêtée sur France5 sans explication convaincante, il y a déjà plus d’un an. Il est indispensable que le service public considère comme prioritaire la production d’émissions qui permettraient à des téléspectateurs de tous âges de pouvoir prendre une distance par rapport à ce qu’ils voient tant sur les écrans publics que privés.

10: Fin des automatismes

Tout peut évoluer et il ne sera pas facile de s’adapter aux nouvelles réalités.

Le 8 janvier 2008, le jour même où le Président Sarkory annonçait sa réforme, Marc Moulin m’indiquait que, selon lui, pas mal de responsables de France Télévisions sont « génétiquement modifiés » et vont se demander quoi faire d’autre que « de l’audience et de devenir connu »…

Depuis près d’un an, que de réflexions corporatistes surmédiatisées sur ce dossier! Et que penser du fait que des mots comme « obésité » en aient disparu comme s’il convenait d’omettre de chiffrer certains effets nocifs de la pub.

Cette (r)évolution demandera également un effort au public car il devra se décontaminer progressivement de certaines habitudes qui lui ont été induites par tant d’années de « télé avec pub ».

(1) Dès 2010, la RTBF pourra consacrer 5 % en plus dans son budget à la pub! L' »écran partagé » (qui fâche notamment ceux qui ne savent plus lire les génériques des films!) lui a été accordé. Et il est question de lui offrir bientôt le « placement de produits » (la présence des marques dans les émissions).

Dix rêves pour France Télévisions 2009

(version longue, Journal du Mardi, 6 janvier 2009)

En Communauté française, une part non négligeable de téléspectateurs regardent régulièrement France2, France3 ou France5. Grâce au câble, depuis tant d’années, ils peuvent comparer l’évolution de ces chaînes de service public avec celle de la RTBF.

Les expériences télévisuelles de ces deux pays que la langue rapproche peuvent être fort différentes en fonction notamment de l’importance respective de la population qu’ils peuvent atteindre. Les échanges d’expériences, de « pratiques » et de programmes sont enrichissants pour tout le monde. Au dil du temps, France3, par exemple, a été contaminé par le style de « Strip-Tease » tandis que Jean-Jacques Jespers a créé « Qu’en Dites-Vous? » dans la foulée de « L’Hebdo du Médiateur » de France2.

Au moment où les chaînes de « France Télévisions » ne diffusent plus de publicité après vingt heures, il est légitime que ces téléspectateurs belges dont je suis puissent comparer au jour le jour l’évolution des deux « services publics » voisins et se mettre à rêver… pour le bien commun de tous.

Désormais, nombre de vœux deviennent possible en France, à court ou moyen terme. Hélas, je me suis résolu, faute de place, à n’en relever qu’une dizaine!

1: Minorités plutôt que public massif

Sans publicité, France Télévisions ne doit plus s’adresser continuellement au public le plus massifiant ou privilégier les cibles de téléspectateurs suffisamment aisés pour dépenser plus que le nécessaire, ceux qui changent rapidement leurs habitudes de consommation, etc.

Se différencier des diffuseurs privés revient notamment, aux heures de forte audience, à soutenir, de manière critique bien entendu, les intérêts d’importantes « minorités »: les amateurs de cultures, les sourds et malentendants, les enfants et les adolescents, le public « carte vermeille », etc.

Le choix de ces « publics » doit dépendre uniquement de considérations sociétales: parler de ceux qu’on ignorera dans le reste du paysage audiovisuel, opter pour des priorités indispensables à l’évolution humaniste de notre société.

2: Ni « audimat », ni « qualimat »

Les professionnels savent que les résultats de l' »audimat » sont plus qu’approximatifs et favorisent les consommateurs « accros », ceux qui gardent leur poste allumé trois heures et plus par jour et qui se passionnent généralement davantage pour TF1 que pour le service public.

D’autre part, le « qualimat » n’est pas non plus la panacée que certains imaginent. À quoi bon tirer au sort des téléspectateurs et leur demander ce qu’ils pensent de la télévision? N’en connaissant ni les coulisses, ni les objectifs, ils peuvent difficilement ne pas relayer de manière inconsciente les mots d’ordre ou les commentaires des maîtres de l’audiovisuel.

Et pourtant, il faut trouver une manière d’apprécier rigoureusement si le service public a bien travaillé, s’il a été utile dans le quotidien de ses usagers, s’il a respecté pas simplement « la lettre » mais bien « l’esprit » des obligations qui lui sont assignées. Pourquoi dès lors ne pas adapter à l’audiovisuel la réalisation de « panels citoyens » déjà expérimentés avec succès dans le secteur de l’agriculture à un niveau Européen par la « Fédération pour les Générations Futures »? Pareil processus d’analyse revient à choisir au hasard un échantillon relativement limité de citoyens non organisés (non représentatifs d’une association, par exemple). Ceux-ci reçoivent une information équilibrée sur le fonctionnement et les enjeux du secteur d’activité à propos duquel ils sont censés s’exprimer. Au cours de cette « formation », pour éviter toute manipulation, ce sont les candidats qui choisissent eux-mêmes d’auditionner tel ou tel « spécialiste/ témoin ». Pendant leur délibération, ils sont ensuite amenés à confronter leurs différents points de vue pour tenter de s’accorder sur des « avis de recommandation ».

3: Rediffusions

Le fait qu’il faudrait quotidiennement remplir, et financer, trois heures d’antenne laissées vacantes par la suppression de la diffusion de la publicité sur France Télévisions n’a provoqué qu’une demande de financements complémentaires pour produire davantage de nouveaux programmes, sans préciser lesquels, ni leur utilité sociétale. Certains considéreraient-ils que l’emploi est la fin du service public, alors qu’il n’en est qu’un moyen? Il faut une dotation fort importante pour que le service public puisse accomplir ses missions si particulières mais il serait irresponsable et suicidaire de pratiquer la surenchère budgétaire de manière corporatiste.

Il convient aussi pour conforter la nécessité de l’existence même du service public que ses programmes soient vus et appréciés par un vaste public. Les diffuseurs dépendant de la publicité hésitent à programmer des « rediffusions » et à les annoncer en même temps que leur « première diffusion » car, en concurrence avec celle-ci, elles pourraient faire perdre des points au calcul de leur audience et voir donc leur tarification publicitaire revue à la baisse. Or, les « rediffusions » sont utiles à nombre de téléspectateurs qui ont des habitudes de vie différentes. Elles permettent aussi le rattrapage lorsque le « bouche à oreille » pour tel ou tel programme a bien fonctionné.

En Belgique, « Javas », un agenda d’annonces culturelles, fut naguère regardé par autant de téléspectateurs que le JT grâce à une politique intelligente et systématique de multidiffusions(1). Il semble donc qu’une utilisation astucieuse de la « redif » devrait constituer une arme spécifique du service public qui veut atteindre une vaste mosaïque de minorités. Les trois heures quotidiennes en jachère de publicité permettraient pour un prix dérisoire de développer pareille politique programmatique(2).

4: Exclure le sponsoring

Le sponsoring est encore plus pernicieux que la publicité. Or, le projet du Président Sarkozy le maintient dans les sources possibles de financement. Accoler le nom d’une marque au générique d’un programme diffusé après 20H reste donc possible. Cette pratique qui peut rapporter gros va pousser les chaînes à multiplier les « mini programmes » dont les thématiques et le contenu ne seront probablement pas vraiment choisis en fonction des intérêts de la population mais bien pour pêcher de juteux « mécènes ».

5: Avoir le temps au « 20H »

N’est-il pas prématuré de fixer tout de go le début des soirées des chaînes sans pub à 20H35? Puisqu’il n’y a plus d’impératifs publicitaires, ne convient-il pas de s’interroger s’il ne serait pas utile que le journal télévisé soit réellement différent, quitte à s’étendre sur un tour d’horloge complet, voire davantage? Le public a soif d’informations qui lui permettent de mieux se positionner dans le monde qui l’entoure et plus rien ne justifie le fait que la majorité des séquences des journaux télévisés soient si courtes et, en conséquence, souvent manichéennes.

La réussite de débats quotidiens relativement longs qui développent un pan de l’actualité doivent faire réfléchir: « Ter Zaak » à la VRT ou « C’ dans l’Air » sur France5.

6: Certains « prime-time » culturels et sociaux peuvent attirer le public

Par habitude, l’on donne la parole à propos de l’évolution de l’audiovisuel surtout aux producteurs et aux représentants des artistes. Il faudrait faire de même avec le secteur social, au sens large, et gageons que l’on constaterait immédiatement un manque significatif d’émissions de ce type au prime time du service public. Par exemple, au moment où l’on regrette qu’une frange importante de parents a mis en veilleuse l’éducation de leurs enfants, ne serait-il pas de salubrité publique d’enfin consacrer un programme régulier à l’apprentissage de ce rôle pour ceux et celles qui sont de bonne volonté? Le secteur associatif émet en vain jusqu’à présent pareille revendication en France comme en Belgique.

Bien entendu, il convient également d’assurer la présence des matières culturelles au prime time. Le public ne fuira pas, comme certains l’annoncent, si l’on imaginait un concept fédérateur. Adieu, les talk shows promotionneurs de spectacles et autres productions artistiques! Ceux-ci ont leur utilité mais trouvent plus logiquement leur public en fin de soirée à une heure où les spectateurs sont de retour à la maison, après un spectacle de danse ou une séance de cinéma!

Par contre, combien de téléspectateurs en perspective pour un magazine (inexistant jusqu’à présent) qui passionnerait sans doute plus le public que les industriels de l’art! Chaque mois, on y ferait le « suivi » de l’évolution des « pratiques » qui régissent la « consommation culturelle »: les préventes qui commencent de plus en plus tôt (18 mois pour les prochains concerts de Mylène Farmer), les différents types de gratuités des musées, le droit à la copie privée, la façon dont nombre d’organisateurs n’accusent même pas réception des plaintes de leurs usagers, la publication de « biographies » qui sont inventées (« Survivre avec les loups » de Misha Defonseca), etc.

7: Des programmes qui font de la médiation

Aucune information n’a été faite au public et c’est le silence sur le site internet de France2, qui n’est d’ailleurs pas mis à jour sur ce thème: « L’Hebdo du Médiateur » a disparu des antennes sans laisser de trace depuis le 28 juin dernier.

Or, cette émission qui venait de fêter son dixième anniversaire drainait une large audience et recevait de très nombreuses réactions du public lorsqu’elle était diffusée dans la foulée du « 13H », le samedi, sans « pause publicitaire ».

S’il y a un point où les diffuseurs publics doivent se distinguer par nature des privés, c’est bien celui de leur relation, de leur écoute, de leur dialogue avec leur public. Il est indispensable que France Télévisions (re)crée sur chacun de ses supports un lieu public de dialogue avec ses usagers sur toutes les matières qui les concernent et pas uniquement sur le contenu des émissions d’information. Ces programmes ne doivent pas être montés. Ils mettront en présence public et représentant du service public. L’animateur doit s’efforcer de proposer une solution concrète à la problématique soulevée par l’usager et demander à ses invités de se positionner par rapport à celle-ci. Le dernier mot reviendra systématiquement au représentant des téléspectateurs. Le programme doit régulièrement faire le suivi des dossiers ainsi entamés pour s’inquiéter si des évolutions concrètes ont été apportées aux problématiques posées.

Pareille visualisation de la médiation pourrait devenir le terreau grâce auquel des associations significatives de téléspectateurs et d’auditeurs pourraient se développer. Quasi inexistantes actuellement, celles-ci constitueraient, à moyen terme, un contre-pouvoir aux lobbies mieux structurés, surtout économiques ou politiques, qui ne cessent de tenter d’influencer de manière unilatérale l’audiovisuel.

8: Répondre au courrier

Nombre de courriels et de lettres de téléspectateurs envoyés restent sans réponse. Or, la garantie d’en recevoir une constitue la base même de la possibilité d’un dialogue avec France Télévisions. Le législateur doit accorder concrètement ce droit au public, sorte de garde-fou aux éventuelles dérégulations du service public. Il suffirait de s’inspirer du texte du contrat de gestion qui oblige en Belgique la RTBF depuis 1997 à répondre aux plaintes et demandes d’information écrites du public dans les trente jours ouvrables et, surtout, « de manière circonstanciée », ce qui bannit une fois pour toute les simples accusés de réception.

9: Du concret pour l’éducation aux médias

Tout le monde s’accorde sur l’utilité de développer des programmes d’éducation aux médias ou à la publicité. Ceux-ci doivent s’adresser bien entendu aux enfants et adolescents mais il ne faut pas oublier pour autant que plus les adultes prennent de l’âge, plus les statistiques démontrent qu’ils regardent chaque jour davantage le petit écran.

Actuellement, à pareils programmes, les diffuseurs préfèrent plutôt concocter des émissions d’information sur l’actualité des médias. La plus pertinente d’entre-elles qui était sans conteste « Arrêt sur images » a été arrêtée, il y a déjà plus d’un an sans explication convaincante. Ses objectifs, malgré les promesses, n’ont été repris par aucun autre programme diffusé sur une chaîne généraliste publique.

Il est indispensable que le service public considère comme prioritaire la production et la diffusion de différents types d’émissions qui permettraient à des téléspectateurs de tous âges de mieux comprendre les enjeux audiovisuels et publicitaires et de pouvoir prendre une distance par rapport à ce qu’ils voient tant sur les écrans publics que privés.

10: Avant, plutôt qu’après!

Tout devient différent lorsque le besoin de plaire et d’attirer les annonceurs disparaît et il ne sera pas facile à France Télévisions de s’adapter à cette nouvelle réalité où il faut privilégier « l’intérêt collectif » des usagers du service public. Ceci demandera également un effort au public car il devra se décontaminer progressivement de certaines habitudes qui lui ont été induites durant tant d’années de « télé avec pub ». À tout moment, il faudra réviser réflexes et automatismes.

Un exemple parmi tant d’autres qui concerne le fait que le public préfère les programmes en direct. Désormais, moins tributaire d’un audimat « de masse », David Pujadas ne sera plus obligé de laisser croire à son public que certains entretiens sont en direct dans le « 20H » alors qu’ils ont été filmés durant l’après-midi en présence de l’animateur qui portait la même cravate que celle nouée le soir de la diffusion! Ainsi, à l’inverse de ce qui s’est passé notamment le 6 octobre dernier, il pourra annoncer que son interview du Prix Nobel de médecine Luc Montagnier était enregistrée, et surtout le formuler quand il lance le sujet et non après diffusion comme il a l’habitude de le faire!

(1) La politique ambitieuse de rediffusions à la RTBF initiée par l’ancien directeur de la télévision Gérard Lovérius s’est atténuée lorsque ses successeurs, Alain Gerlache et Yves Bigot, ont transformé « La Deux » en une chaîne « plus divertissante et branchée, plus proche d’un Club RTL », selon leurs dires.
(2) Les chiffres de l’audimat ne tiennent pas compte des rediffusions puisqu’ils sont conçus surtout pour calculer la tarification pour les annonceurs.