Nos médias (N°75 / 2 décembre 2008)

Suite à une plainte concernant le musée du Carnaval à Binche: le bureau de conciliation enfin convoqué!

On comprend mieux l’urgence à favoriser l’émergence d’un “contre-pouvoir” organisé des usagers culturels lorsqu’on constate qu’en 2008, les organisateurs de la prochaine tournée de Mylène Farmer ont osé lancer leur prévente 18 mois avant le déroulement des concerts. À quand donc 19 mois pour qu’ils puissent engranger encore un mois de plus d’intérêts bacaires avec l’argent de leurs spectateurs? Pourquoi ne pas légiférer pour éviter toute concurrence déloyale avec d’autres spectacles (ceux des petites salles, par exemple) en limitant toute prévente à 6 mois, par exemple?

C’est au cours de cette même année qui s’achève que Kinepolis a étendu à son complexe Bruxellois sa nouvelle habitude d’interrompre la projection du film par une “pause” popcorn-limonade. Bien sûr, Myriam Dassonville, la porte-parole du groupe, considère qu’il s’agit-là d’une nouvelle pratique sociale: “Cela permet aux gens de se parler, de se rencontrer”(1).

On me rétorquera qu’il y a culture et culture. Hélas, il n’est pas rare que dans le secteur moins commmercialisé, voire même subsidié, des arts et du divertissement, le public soit également l’interlocuteur le moins protégé.

Il faudrait se poser cette question: le (ou la) ministre “de la culture” doit-il être le ministre des artistes ou le ministre des artistes et du public? C’est la réflexion qui me vint à l’esprit en lisant la réponse que la ministre Fadila Laanan m’a transmise ce 19 novembre, suite à une plainte concernant ma visite au musée du Carnaval et du Masque à Binche que j’ai déjà détaillé dans une précédente chronique(2).

Une fréquentation surévaluée?

Ce 3 août 2008, le musée de Binche appliquait la “gratuité du premier dimanche du mois” instaurée par la ministre depuis le 1er mai 2006. Je décris ainsi le début de ma visite: “Vers 15H, j’ai été accueilli par un membre du personnel qui, à ma question “Puis-je me procurer un ticket”, m’a répondu simplement “Que je pouvais entrer”, sans préciser que l’entrée est gratuite, ni qu’il s’agit d’une mesure qui s’applique chaque premier dimanche du mois. Il ne m’a pas donné de ticket. Je me demande dès lors comment l’administration de la Culture et le cabinet de la Ministre Laanan peuvent proposer aux parlementaires et à la presse des évaluations de la participation du public à ces journées… Il me semble qu’expliquer simplement qu’une quinzaine d’institutions de la CF ainsi que d’autres musées communaux appliquent la gratuité chaque premier dimanche du mois est une information qui permettrait au visiteur de découvrir pour les mois suivants l’existence même de ce droit. Ce serait aussi une manière pour le moins non onéreuse d’être solidaire avec les autres musées qui pratiquent cette même particularité”.

La ministre Laanan ne répond qu’à une partie de mon argumentaire: “Ce musée a diffusé des tickets spécifiques lors des journée (par exemple lors du carnaval) pendant lesquelle une grande affluence est prévue et qui tombent dans les journées de gratuité prévues par la CF. Le comptage se fait, comme dans bien des institutions muséales, par le personnel d’accueil”.

Si les tickets ne sont utilisés que les jours de forte affluence, n’offre-t-on pas aux parlementaires des statistiques de fréquentation surévaluées, ce qui ne leur permet pas d’envisager, lors de leurs travaux, une politique culturelle réaliste? Et quel crédit accorder au simple comptage lorsqu’on sait que le Ministère rembourse aux musées les visites recensées au cours de ces “premiers dimanches gratuits”?

Schizophrènes ou sabordeurs!

Dans ma plainte adressée au musée lui-même et transmise à la ministre, j’abordais plus concrètement la non médiatisation de ces “premiers dimanches”: “J’ai été attentif et je n’ai vu aucune mention de cette gratuité, ni sur les panneaux informatifs accrochés aux grilles du portique de votre entrée, ni dans le hall d’accueil où se situe la caisse du musée. Enfin, sur votre site internet et sur le dépliant de présentation de votre musée, bien que cette mesure est applicable depuis plusieurs années, elle n’est pas non plus renseignée…”.

Mme Laanan réagit: “Cette mesure de gratuité, importante dans ses objectifs ainsi que dans son financement, a été prolongée dans sa phase test à plusieurs reprises, ce qui n’a pas facilité sa communication, mais a néanmoins permis d’en assurer le développement en concertation avec les institutions concernées”.

L’attitude du musée Binchois n’est pas isolée. Au musée de la Photographie de Charleroi, on m’indique, ce 12 novembre: “Ne sachant pas jusqu’à quand cette mesure sera maintenue par madame la ministre, nous ne l’avons pas mentionnée sur notre site web”.

Quelle schizophrénie de la part de certains musées qui s’opposent bien souvent aux gratuités car elles seraient surtout utilisées par un public déjà acquis qui (re)viendrait de toute façon! Mais si, pendant près de 2 ans 1/2, ils n’informent pas de leur existence, quel nouveau public espèrent-ils donc attirer? Certains souhaiteraient-ils saborder cette mesure qu’ils sont obligé d’appliquer? De toute manière, cette attitude ne respecte pas le “Code de bonnes conduites en faveur des usagers culturels”(3) qui mentionne, dans son point 5, que les organisateurs doivent indiquer tous les tarifs à l’entrée des lieux où ils accueillent les usagers, sur leur site internet et “tant que faire se peut, sur les supports publicitaires écrits”.

Un droit mort né…

Enfin, j’ai signalé que mon droit d’usager n’a pas été respecté puisque le musée du Carnaval n’a jamais répondu à cette plainte que je lui avais envoyé le 4 août 2008. Or, le même “Code” (que le musée affiche dans ses locaux) prévoit, dans son point 15, que les responsables culturels doivent “répondre de manière circonstanciée aux plaintes écrites des usagers qui lui sont adressées, dans les 30 jours de leur envoi”. Mais la ministre fait fi de ce nouveau droit qu’elle a initié pour le public puisqu’elle me répond: “Il est bien évident que cette plainte adressée en période estivale ne pouvait en l’absence de la direction faire utilement l’objet par le personnel d’une réponse étayée, et que, par ailleurs, les institutions muséales n’ont pas le cadre du personnel qui leur permettrait d’établir des accusés de réception d’un modèle laconique et conservatoire. Une réponse de l’institution a maintenant dû vous parvenir”. Si l’on extrapole les propos de Mme Laanan, on peut imaginer que la direction du musée Binchois s’est octroyée près de quatre mois de congé… puisque, contrairement à ce qu’elle m’indique, je n’ai toujours pas reçu le courrier annoncé, ce 30 novembre 2008, jour où je termine l’écriture du présent article!

En décembre

Néanmoins, il est heureux que Fadila Laanan ait promulgué en février 2006 ce fameux “Code” culturel. Depuis lors, il a été peu médiatisé mais Christine Guillaume, la Directrice générale de la culture, m’a récemment confirmé que son administration préparait un plan de communication à trois niveaux: information chez les opérateurs, développement de chacune des thématiques du “Code” dans la presse spécialisée, campagne de communication auprès du grand public.

Et cette “affaire” Binchoise n’est pas terminée puisque ma plainte est la première jugée recevable. Elle sera examinée au cours de ce mois de décembre par le “Bureau de conciliation”. De quoi s’agit-il? Philippe Andrianne, à l’époque secrétaire général de La Ligue des Familles, expliquait: “En cas de plainte, le règlement à l’amiable doit être la première réponse. Si cela ne peut résoudre le problème, un bureau de conciliation est mis en place à la Direction générale de la Culture du Ministère de la CF. Composé de la Directrice générale et de deux experts issus du CRIOC et de “La Ligue des Familles”, il tentera de trouver des solutions. Au-delà, avertissements et sanctions pourraient être prononcés par la CF avec le concours de la médiatrice de la CF, Marianne De Boeck, dont les services sont également chargés de l’évaluation du respect de ce dispositif”(4). Affaire à suivre!

(1) Le Soir, 07/11/08.
(2) Le JDM, 02/09/2008.
(3) Le JDM a publié le texte de ce Code (03/07/2007).
(4) Le Ligueur, 15/02/2006.