Nos médias (N°74 / 4 novembre 2008)

Laanan-Philippot: trahison entre amis

Le 21 octobre dernier, au cours d’une séance de questions d’actualité au Parlement de la Communauté française, la ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan s’est dite “fortement choquée” par une émission de médiation de la RTBF.

En fait, il n’y a plus vraiment de programmes de médiation! Et pour cause. Puisque c’est la même ministre qui a permis un affadissement de cette obligation lors de la négociation du contact de gestion du service public qui est en application actuellement (2007-2012).

Un tabou

Avant, l’entreprise devait proposer au moins dix fois par an, tant en radio qu’en télévision, une “émission de médiation”. Aujourd’hui, la périodicité est laissée au choix du Conseil d’administration et il ne s’agit plus d’une émission au sens strict. Une séquence de quelques instants, programmée à la limite une fois par an, peut suffire pour que la RTBF applique son contrat.

Comme le soulignait récemment Daniel Schneidermann lorsqu’il était interrogé sur les motifs de l’éviction des programmes de France5 de son émission emblématique Arrêt sur images: “ Aujourd’hui, je pense que critiquer la télé à la télé est un tabou encore plus difficile à transgresser que de critiquer Sarkozy à la télé” (Téléobs, 16/10/08).

Même L’Hebdo du médiateur, le programme hebdomadaire de France2, a discrètement disparu des antennes depuis le 28 juin dernier. Cette émission qui venait de fêter son dixième anniversaire avait servi de modèle à Qu’en dites-vous? qui, durant les deux saisons (2001-2003) où il fut présenté de façon hebdomadaire par Jean-Jacques Jespers, fut considéré par nombre d’observateurs comme un programme de médiation qui donnait vraiment la parole à l’usager et tentait de faire évoluer positivement pratiques et programmes ertébéens.

Avec InterMedias, l’émission d’Alain Gerlache (hebdomadaire en radio et mensuelle en télé), la RTBF préfère désormais miser sur de grands débats qui ne mangent pas de pain liés à l’actualité des écrans. En studio, les professeurs d’université et les “spécialistes” de la presse écrite siègent à la place des auditeurs ou des téléspectateurs concernés.

Reculs “citoyens”

Les autres exemples du recul des obligations “citoyennes” sont légion.

La disparition de la mention “au moins 700 heures de progammes télévisés par an” peut inciter la RTBF à diffuser moins de programmes pour enfants, ceux autour desquels pub et sponsoring sont interdits! Voilà une façon de rendre applicable le plus rarement possible la règle dite des 5 minutes.

Si la RTBF est toujours obligée de répondre “de manière circonstanciée” aux plaintes ou aux demandes d’information écrites dans les trente jours ouvrables, par contre, seul, son “service de médiation” y est désormais astreint. Ce qui veut dire que si vous envoyez votre missive directement à la direction, à un animateur ou à une émission, il est bien possible que vous ne receviez aucune réponse.

D’autre part, la RTBF ne doit plus répondre aux courriers “qui ont un caractère manifestement polémique, grossier, injurieux ou harcelant”. L’adjectif “polémique” pose problème parce qu’il signifie à la fois “qui suppose une attitude critique à l’égard d’une théorie” (une des définitions du “Robert” que m’a fournie récemment la RTBF) et “qui vise à une discussion vive ou agressive”. Si toute attitude critique est refusée aux usagers, à quoi bon avoir indiqué dans l’actuel contrat de gestion, après tant d’années d’hésitations, que “le service de médiation” de la RTBF devait être “performant”? Or, la RTBF confirme qu’elle peut utiliser ce terme (ce qu’elle a déjà fait), et même dans son sens qui fait problème. Quant à la Ministre Laanan, elle se refuse désormais à préciser la signification qu’elle donnait à cet adjectif au moment où elle négociait avec la direction de la RTBF!

Irrespect à l’égard des enfants

Mais pourquoi donc la ministre ne ménage-t-elle plus le Service public dirigé par Jean-Paul Philippot, également socialiste? Autrefois, elle soutenait bec et ongles la politique éditoriale de celui-ci même quand elle était indéfendable. Par exemple, démarrer dès 16H00 Ici Bla-Ba alors que nombre d’enfants ne sont pas encore rentrés à la maison! À l’époque, elle déclarait aux parlementaires: “Je fais entièrement confiance à la RTBF (…) même si elle m’oblige à enregistrer ces émissions afin de les visionner plus tard avec mes enfants”.

Sans doute que Fadila Laanan qui entre en campagne électorale doit absolument se démarquer de son ancien allié, tellement les critiques acerbes des décisions de la direction sont nombreuses tant au sein du personnel du service public qu’auprès d’usagers. La dernière en date étant l’annonce de la fermeture de la bibliothèque (qui dispose de 50.000 ouvrages et de trois employés). Comme si, pour préparer un reportage d’investigation ou une séquence culturelle, il n’était pas préférable d’utiliser plusieurs sources complémentaires d’information dont internet ainsi que quelques bons vieux (ou récents) livres! Moins de membres du personnel la fréquentent pour des raisons professionnelles? Alors, on la supprime plutôt que de rappeler son utilité?

Trahie… ou consciente?

En fait, toutes ces hérésies sont possibles car le gouvernement a accédé à une demande insistante de Philippot: que le contrat de gestion soit moins contraignant, plus évasif. “Laissez-nous le choix des moyens. Puis, évaluez-nous” déclarait-il au Ligueur (28/06/08). Aujourd’hui, l’évaluation des effets de cette “bride sous le cou” est terrible: le service public “tord le cou” de nombre de ses obligations pour n’en appliquer que la lettre. On peut donc comprendre que la ministre Laanan puisse se sentir trahie. À moins qu’elle ne fût consciente et consentante?

Tout pour plus d’audimat!

Le désaveu s’est poursuivi, ce 23 octobre. Par leurs questions à la ministre, trois parlementaires viennent de relayer, la colère des sourds et malentendants: ni La Une, ni La Deux n’ont proposé une traduction en langue des signes de la soirée CAP 48. Yves Reinkin (ECOLO) a ainsi demandé: “…Pourquoi la RTBF n’a-t-elle pas saisi l’occasion de sensibiliser tous les spectateurs à une langue qu’ils n’ont plus l’occasion de regarder depuis que le JT traduit en langue des signes passe après minuit ou sur la TNT?”.

La ministre a exprimé sa surprise. Pour elle, les deux chaînes où cette traduction a été faite (la RTBF Sat et La Trois) “n’ont que peu d’audience en CF” et elle a donc écrit à Jean Paul Philippot “pour regretter cette décision”.

Au cours de cette séance parlementaire, Fadila Laanan rappellera néanmoins le point de vue de la direction ertébéenne: “(…) La RTBF me dit que la soirée Cap 48 respecte la pratique de traduction gestuelle qui a été définie avec la Fédération francophone des sourds de Belgique (FFSB)”.

N’est-il pas dommageable que le cabinet de la ministre, lorsqu’il prépare pareille réponse, privilégie l’argumentaire de la RTBF sans vraiment, semble-t-il, s’informer auprès des groupes de base qui émettent leurs critiques ou revendications? Un simple contact auprès de la FFSB lui aurait permis de constater l’amalgame commis par la RTBF pour tenter de justifier ce qui ne l’est pas. Celle-ci fait allusion à une réunion qui s’est déroulée le 19 juillet 2007 et au cours de laquelle la RTBF avait invité différents représentants des sourds pour leur annoncer ses décisions. “Nous n’avions donc rien à dire” me précise Martine Fraiture, présidente de la FFSB. De plus, ce jour-là, il ne fut guère question de la soirée Cap 48 mais bien de la traduction des journaux télévisés. On jugera de l’élégance du procédé et l’on peut s’inquiéter de la mentalité fort peu “service public” de ceux qui l’ont imaginé pour “documenter” la ministre. Les autres parlementaires, tous deux de la majorité, qui ont également interrogé la ministre, ont d’ailleurs conclu sans appel. Jean-Paul Procureur (CDH): “ La réponse de la RTBF n’est rien d’autre qu’un alibi technique”. Eliane Tillieux (PS): “C’est un peu comme si nous organisions une soirée dédiée à la Communauté germanophone en y interdisant l’emploi de l’allemand”.

Bernard Meillat, le PPDA de la RTBF?

Ce n’est pas la vraie-fausse interview de Castro… mais cela y ressemble.

Musiq’3 a consacré une émission de deux heures concernant le Festival International du Film Francophone de Namur. On a pu y entendre “un vieux fond de tiroir” que Bernard Meillat avait ramené de Radio Classique, la chaîne privée française où il avait travaillé, et qui n’a strictement rien à voir avec le FIFF ! Fait aggravant: Bernard Meillat est directeur de Musiq’3. Gardien du respect de la déontologie?