Nos médias (N°63 / 8 janvier 2008)

Michel Draguet veut respecter davantage ses visiteurs – Alechinsky et Magritte méritent mieux!

Dans nos numéros d’été, nous avons consacré deux articles à détailler de nouveaux droits trop peu médiatisés qui concernent le public qui fréquente bibliothèques, salles de spectacles, musées, etc.

Ce « Code de respect des usagers culturels » a été officialisé le 3 février 2006 par Fadila Laanan, la ministre de la culture, et vous pouvez en découvrir le texte officiel sur son site(1).

Actuellement, ces nouvelles obligations ne concernent que les acteurs culturels aidés par la Communauté française, notamment ceux qui bénéficient de contrats-programme ou de conventions qui stipulent désormais la nécessité d’appliquer ledit Code.

Bien entendu, il serait très utile que l’ensemble des acteurs culturels de notre pays y souscrivent mais ceci n’est plus du ressort des élus de la Communauté française. Ce sera sans doute la pression du public et des médias qui pourra convaincre, par exemple, le monde politique flamand. Les établissements scientifiques fédéraux (ESF) sont sans doute les premières institutions à approcher. Il s’agit des grands musées (Beaux-Arts, Sciences Naturelles, Tervueren, Cinquantenaire), la Bibliothèque royale et les Archives générales, le « pôle d’Uccle » (Observatoire royal, IRM), etc.

Un ralliement courageux

Avec un exemplaire du Journal du Mardi, nous avons entamé une première démarche auprès de la direction de la plus imposante entitée muséale de Belgique: les Musées Royaux des Beaux-Arts. Michel Draguet, leur Directeur général, a fait examiner le texte du Code à ses services et nous écrit: « Nous sommes en mesure de souscrire aux points 1 à 15 ».

Et en ce qui concerne les derniers points de ce Code: « il y aura lieu d’en discuter avec mes collègues du fédéral. Je vous suggère de les inviter à se concerter en cette matière ». Ce positionnement est logique car les point 16, 17 et 18 indiquent comment les usagers culturels peuvent, en cas de contestation, faire appel à un bureau de conciliation ou au Service de médiation établis en Communauté française. Des structures analogues devraient être choisies ou créées à un niveau fédéral. L’important, c’est que l’attitude de Mr Draguet valide les quinze premiers points et conforte ainsi la pertinence de la réflexion menée au cours d’une dizaine de réunions échelonnées sur une année de réflexion par un groupe de travail composé de représentants d’usagers et de producteurs.

Les obligations auxquelles voudrait se rallier le patron des Musées d’Art Ancien et Moderne concernent notamment le fait de ne pas pratiquer la surréservation(2); de ne pas recourir à un système payant tel que les numéros surtaxés pour informer les usagers; de favoriser un accueil minimum adapté aux personnes à mobilité réduite, aux femmes enceintes, aux personnes malvoyantes, aveugles, malentendantes ou sourdes; d’indiquer de manière visible sur tous les supports d’information ainsi qu’à l’entrée et à la sortie des lieux où les usagers sont accueillis les coordonnées qui leur permettront d’éventuellement déposer leurs plaintes; de répondre à celles-ci de manière circonstanciée endéans les trente jours de leurs envois.

Et les chômeurs pudiques!

D’autres points mentionnés dans le Code ne sont pas encore appliqués par l’institution gérée par Mr Draguet, ce qui démontre bien l’utilité de son ralliement à cet ensemble de règles qui pourront garantir à l’avenir davantage de droits du public.

Pour l’exposition Alechinsky proposée actuellement, la présentation des réductions est lacunaire à la caisse du musée. Dans le dépliant, il est annoncé que la place de 9 euros est ramenée à 2,5 euros pour le chômeurs. Sur le tarif affiché au-dessus du comptoir où le public s’acquitte de son entrée, cette indication est omise, à l’inverse d’autres réductions qui, elles, sont bien renseignées (par exemple: 6,5 euros pour les seniors ou les étudiants de moins de 26 ans). Et il en est de même pour l’exposition Rubens en cours.

Pareille approximation s’est d’ailleurs exercée déjà dans d’autres institutions muséales. Par exemple, à propos d’Europalia Italie en 2004, nous écrivions déjà: « …Pour « Une Renaissance singulière » et « Vénus dévoilée », deux expos qui se déroulent au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles, les tarifications affichées aux guichets indiquent des réductions pour les seniors et pour les étudiants. La réduction pour les chômeurs n’y figure pas et, pourtant, elle est annoncée dans les dépliants. Pensant qu’une tarification est par nature exhaustive, combien de chômeurs pudiques n’auront même pas demandé si leur statut leur donnait droit à un avantage financier… Contactés par nos soins, les organisateurs ont reconnu leur erreur. Le courriel de notre plainte a été envoyé le 24 décembre. Les tarifications plus conformes (de simples photocopies) ont été affichées, le 14 janvier. Entretemps, plusieurs rappels de notre part furent nécessaires. L’obstination paie! »(3).

L’expo Alechinsky est programmée jusqu’au 30 mars prochain. Espérons qu’un correctif sera apporté rapidement en faveur des demandeurs d’emplois, sans rappel de notre part… Car le texte prévu par le Code est clair: « L’acteur culturel s’engage à indiquer tous ses tarifs à l’entrée de tous les lieux où il accueille les usagers… De la même manière, indiquer les réductions occasionnelles – en précisant si elles sont cumulables entre elles ou avec des tarifs réduits permanents – les gratuités éventuelles et les conditions pour en bénéficier » (point 5).

Magritte à la diète

Le dépliant, bien agencé et exaustif, indique que les détenteurs du billet pour l’expo Alechinsky ont la possibilité de visiter en outre les collections permanentes. Nous resterons sur notre faim comme beaucoup d’étrangers appâtés par la mention de leurs guides touristiques qui indique que les Musées de la rue de la Régence exposent l’une des plus riches collections d’œuvres de Magritte car, ce 26 décembre 2006 (jour de notre visite), seulement cinq peintures étaient exposées. D’habitude, il y en a au moins cinq fois plus! Nous ne remettons pas ici en question la politique de prêt du musée. Simplement, il faudrait indiquer au public avant qu’il ne s’acquitte de son entrée ce qu’il pourra découvrir lors de sa visite. Pourquoi ne pas proposer une mise à jour des œuvres accessibles via un ordinateur à la disposition des visiteurs dans l’entrée du musée? Sur ce point, le Code prévoit qu’il faut « …fournir aux usagers – avant le déroulement de l’activité envisagée et si l’accès est payant, avant le paiement du billet d’accès – une information la plus complète qui ne comporte pas d’indications ou de représentations susceptibles de les induire en erreur, notamment sur la nature de l’activité » (point 2).

Pratiquer concrètement ce « Code de respect des usagers culturels » permettra à Michel Draguet et à ses équipes de mettre fin à ces petites dérégulations et de mieux accueillir leurs visiteurs. Il lui reste désormais à passer aux actes et s’affirmer comme, l’ambassadeur du public auprès des autres établissements scientifiques fédéraux.

Promotionnons les « gratuités » muséales!

Un certain nombre de musées belges pratiquent la gratuité du premier dimanche du mois mais aucune information récurrente de cet avantage n’est proposée au public, ce qui limite le succès de cette initiative (seulement 20% de la fréquentation en moyenne en plus).

Le 3 février à la Fonderie

Consoloisirs a décidé de combattre cette non-médiatisation à sa façon. Dès le mois prochain, le public est invité à se rassembler, mois après mois pour découvrir ensemble à 14H30 telle ou telle collection et après, partager le verre de l’amitié.

Chaque mois, une newsletter sera envoyée aux visiteurs intéressés. Un service de covoiturage sera élaboré progressivement car ce sont des musées disséminés dans tout le pays qui seront choisis.

Pour le premier rendez-vous fixé au dimanche 3 février 2008 à 14H, sera visitée l’exposition Tout feu, tout flamme! à La Fonderie, le musée bruxellois de l’industrie et du travail, situé au 27, rue Ransfort (métro Comte de Flandre).

(1) www.laanan.cfwb.be (rubrique « documents de référence »).
(2) Lors d’une expo Van Gogh à Amsterdam, il y avait tellement de monde dans les travées du musée qu’il était presque impossible de voir les œuvres!
(3) Le Ligueur, 28 janvier 2004.