Carte blanche parue dans La Libre Belgique du 22 septembre 2007
suivie de mon analyse de la réaction de la RTBF, et de trois questions parlementaires à la Ministre Laanan

Bla-Bla confisqué

16H05: « Ici Bla Bla » commence. Quel public à cette heure de l’après-midi? Les 4-12 ans ne sont pas encore rentrés. La RTBF récidive en reprogrammant l’émission trop tôt dans l’après-midi pour gagner des annonceurs plus tard.

L’un des actes les plus cyniques qu’une chaîne de télévision puisse commettre consiste à dépenser des budgets conséquents pour produire une émission de qualité et programmer celle-ci à un horaire dont elle sait pertinemment bien que le public potentiel est dans l’impossibilité matérielle de la regarder.

En 2004, la RTBF avait agi ainsi. Une question posée à Fadila Laanan, la Ministre de l’audiovisuel, par la parlementaire Véronique Cornet (MR) et la mobilisation de groupes de pression l’avaient fait reculer mais ces jours-ci, trois ans plus tard, le service public ose remettre le couvert comme si de rien n’était!

Myriam Katz, la rédactrice en chef du « Ligueur » avait lancé le brûlot dans l’hebdo de La Ligue des Familles daté du 16 juin 2004 et ses propos gardent, trois ans plus tard, toute leur actualité: « Seize heures quarante-cinq: Bla-Bla a commencé. De nombreux enfants n’en verront que la fin, faute de rentrer suffisamment tôt à la maison… Certaines mauvaises langues disent qu’en glissant Bla-Bla plus tôt dans l’après-midi, notre service public libérait ainsi une tranche horaire plus intéressante pour les annonceurs commerciaux –l’après 18H– puisque, à ce moment-là, le public est d’office collé au petit écran… Il y a peu, les émissions pour enfants sont passées de La Une à La Deux (qui ne se capte pas partout en Belgique), aujourd’hui, elles ont changé de tranche horaire et sont plus tôt dans l’après-midi… Jusqu’où va-t-on les reléguer? Le jeune public faute d’être accessible aux annonceurs, ne compterait-il plus que pour de la roupie de sansonnet? ».

Le 19 octobre 2004, la Ministre Laanan explique au Parlement que ,dès janvier 2005, «  »Ici Bla Bla » retrouvera son horaire d’origine, c’est-à-dire aux environs de 17H15 et « C’est pas sorcier » occupera le créneau actuel de « Ici Bla Bla », vers 16H30″, rappelant qu’il s’agit bien là d’une émission éducative et qu’ainsi, la mission de la RTBF sera rencontrée.

Pour la rentrée 2007-2008, depuis le 10 septembre dernier, La Deux programme à 15H40 (au lieu de 16H30) « C’est pas sorcier » et à 16H05 (au lieu de 17H15) « Ici Bla Bla », deux émissions que ne risquent pas de voir les jeunes encore à l’école ou sur le chemin du retour à la maison!

Si « Ici Bla Bla » ne s’adressait qu’aux bébés, on pourrait comprendre sa programmation en pleine journée pendant les heures « scolaires » mais il n’en est rien puisque son équipe a toujours considéré que l’émission s’adressait aux 4-12 ans.

Les premières audiences conséquentes de cette programmation aberrante sont –logiquement– inquiétantes: à peine 10.000 spectateurs et donc une baisse de près de 50% par rapport à septembre 2006.

Quel dose d’esprit de service public subsiste-t-il donc à cette direction de la RTBF qui, dans une matière aussi prioritaire et sensible que ses missions à destination des enfants, refaute comme si de rien n’était, après avoir une première fois dû plier aux critiques unanimes du monde politique et du secteur associatif. Aucune leçon n’a été tirée d’un passé récent et la Ministre Laanan n’a pas considéré utile d’indiquer, dans le nouveau contrat de gestion de la RTBF signé entretemps, dans quels types de créneaux horaires les émissions fragilisées par l’interdiction de la règle « des 5 minutes » devraient être proposées. Le service public se prépare en effet à engranger davantage de recettes publicitaires puisque le Parlement lui en a donné le feu vert en plein mois de juillet dernier. Or, « Ici Bla Bla » comme les autres émissions destinées aux moins de 12 ans ne peut être entouré de publicités durant les 5 minutes qui la précède ou la suive. La RTBF préfère donc faire glisser le plus tôt possible ce type de programmes non rentables économiquement en après-midi pour développer, à la sortie des classes et des bureaux, des programmations pour adolescents ou adultes qui sont susceptibles d’attirer les annonceurs. Les adolescents (et le marché publicitaire qu’ils induisent) pourraient d’ailleurs devenir des interlocuteurs de plus en plus prisés. En effet, le nouveau contrat de gestion valable jusqu’en 2012 indique bien que la RTBF doit continuer à programmer des émissions destinées aux enfants mais le quota annuel minimum a été supprimé. Il était de 700 heures par an, jusqu’au 31 décembre 2006.

Va-t-on, en toute légalité, vers de moins en moins de programmes pour les -12 ans diffusés sur des créneaux désertés par les publicitaires? La RTBF préfèrerait-elle appliquer la lettre plutôt que l’esprit de ses obligations, lorsque celles-ci ont été si mal rédigées avec l’imprimatur de l’actuel gouvernement PS-CDH de notre Communauté française? À la plus grande joie du lobby publicitaire.


Nombreuses réactions après la publication

À propos de la réaction de la RTBF

J’affirme que nombre d’enfants ne seraient donc pas encore rentrés de l’école à 16H05 pour avoir la possibilité matérielle de regarder « Ici Bla Bla » sur la RTBF. Le Service public répond que c’est « faux », dans La Libre Belgique du 29 septembre 2007.

Mais qu’en pensent donc les parents et les enseignants? À 16H05, une majorité des moins de 12 ans a-t-elle la possibilité d’être à la maison? Et comment réagir au fait que « C’est pas sorcier » est programmé désormais à 15H30!

L’argument de la RTBF est: « En fixant rendez-vous aux jeunes plus tôt, Bla Bla gagne du public: sa part d’audience sur les 4-14 ans passe de 8,22% à 12,9% ».

Les parts de marché ne chiffrent pas le nombre de spectateurs qui ont leur télé allumée sur telle ou telle chaîne. C’est un renseignement qui permet seulement de voir à un moment précis comment se comportent en pourcentage les différentes chaînes les unes vis-à-vis des autres. Ce résultat est surtout utile aux annonceurs.

Le changement d’horaire peut augmenter les parts de marché sans forcément augmenter le nombre de téléspectateurs.

Il ne s’agit que d’un pourcentage. Or, globalement, dans ce nouveau créneau en après-midi, il y a de manière générale beaucoup moins de téléspectateurs qui regardent la télé…

Et je vois que la RTBF ne remet pas en question cet autre constat: « Les premières audiences conséquentes de cette programmation aberrante sont inquiétantes: à peine 10.000 spectateurs et donc une baisse de près de 50 pc par rapport à septembre 2006 » (ces données ont été révélées par les journaux du groupe Sud Presse, le 14/09/2007).

La RTBF ne diffuse le plus souvent que les chiffres qui lui sont favorables et trompe ainsi le public qui n’a pas bien conscience de la portée des résultats partiels ainsi dévoilés.

Les journalistes de la presse écrite et le public devraient pouvoir disposer de l’ensemble de ces données chiffrées, ce qui n’est pas le cas actuellement. En plus, il convient de remettre en question la manière dont l’audimat est réalisé.

La seule question utile à poser: y aurait-il aujourd’hui davantage d’enfants de moins de 12 ans pour « Ici Bla Bla » si l’émission commence à 16H05 ou à 17H15?

Il est à parier que si la RTBF pouvait diffuser de la pub durant les 5 minutes qui précèdent et suivent les programmes pour les –12 ans, jamais elle n’aurait avancé à ce point l’horaire de  » Ici Bla Bla » et de « C’est pas sorcier ». Pareille « prise d’otage » des enfants par le service public est honteux.


Trois questions parlementaires à propos de « Bla Bla »

Fait assez rare: concernant cet horaire de diffusion de « Bla Bla » (mais aussi de « C’est pas Sorcier »), trois parlementaires posent leur « question orale » à la Ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan, le mecredi 10 octobre 2007 à 14H en séance publique de la Commission de la culture et de l’audiovisuel, au parlement de la Communauté française (rue Royale, 72 à Bruxelles, métro Parc; votre carte d’idendité est demandée à l’entrée; vous pouvez assister mais pas vous exprimer).

Il s’agit des questions des parlementaires Jean-Paul Procureur (CDH), Yves Reinkin (ECOLO) et Jean-Paul Wahl(MR).

Texte de la question de Jean-Paul Procureur, parlementaire CDH (majorité)

Madame la Ministre, le 10 septembre 2007, la RTBF déplaçait deux programmes destinés à la jeunesse à des tranches horaires rendant difficile leur visualisation par le public intéressé. En effet, « C’est pas sorcier » et « Bla-Bla » sont déplacés respectivement à 15h40 et à 16h05, heures auxquelles les enfants sont encore pour la plupart à l’école.

Le contrat de gestion, en son article 27, précise que « La RTBF programme et diffuse des programmes réguliers, au moins du lundi au vendredi, aux heures d’écoute appropriées, et, dans la mesure du possible, offre à la demande des contenus audiovisuels, adaptés, originaux, de qualité et qui permettent notamment d’éveiller les consciences et de susciter la réflexion à destination de la jeunesse, et plus particulièrement des enfants de moins de douze ans, en faisant appel, dans la mesure du possible, aux talents artistiques de la Communauté française ».

Par le déplacement de ces deux émissions, le jeune public se voit priver de facto de deux programmes dont le contenu correspond aux termes du contrat de gestion. Son prescrit indique pourtant clairement qu’elles sont accessibles à une « heure d’écoute appropriée ».

J’en viens à mes questions.

  1. Comment définir la portée d' »heure d’écoute appropriée » pour des émissions de jeunesse? Par ce déplacement de deux émissions destinées à la jeunesse, la RTBF remplit-elle encore les obligations contenues dans le contrat de gestion?
  2. Le problème du déplacement de « Bla-Bla » et de « C’est pas sorcier » s’était déjà posé en 2004. Soulignant le caractère éducatif de « C’est pas sorcier » et l’intérêt que suscitait Bla-Bla auprès du jeune public, vous aviez annoncé que, dès 2005, ces émissions retrouveraient un créneau horaire plus approprié. Quels sont les éléments qui justifient aujourd’hui qu’on déplace à nouveau ces émissions?
  3. Le fait que la RTBF ne puisse diffuser de la publicité moins de cinq minutes avant et après les programmes de radio et de télévision spécifiquement destinés aux enfants de moins de 12 ans justifie-t-il le déplacement de ces émissions à une heure ou les annonceurs ne se pressent pas pour diffuser leurs annonces commerciales? En déplaçant ces deux programmes, ne doit-on pas craindre que la RTBF développe des émissions qui sont susceptibles d’attirer les annonceurs en ciblant un public d’adolescents à destination duquel le marché publicitaire est plus porteur financièrement?
  4. Quid également de l’avenir des émissions pour enfants à la RTBF? Le contrat de gestion impose de programmer des émissions destinées aux enfants mais le quota annuel, qui prévalait dans l’ancien contrat de gestion, a été supprimé. Doit-on s’attendre à moins de programmes pour les enfants de moins de 12 ans au profit d’un créneau horaire plus favorable au plus de 12 ans avec les conséquences commerciales que je viens d’évoquer?

Je vous remercie de vos réponses.

Texte de la question de Yves Reinkin, parlementaire ECOLO (opposition)

Madame la Ministre, lors de la rentrée 2004, vous avez été interpellée à propos de l’heure de diffusion d’une émission bien connue des moins de 12 ans, l’émission « Bla Bla », qui avait été avancée de 17h15 à 16h30. Vous aviez confirmé votre satisfaction d’observer que La Deux avait décidé, en toute autonomie, de modifier sa grille-programme afin que les enfants puissent effectivement profiter de cette émission de qualité qui leur est destinée.

Or, la grille de programmation 2007-2008 de La Deux prévoit une programmation de « Bla Bla » à 16h05. Vous conviendrez aisément qu’à cette heure de diffusion, la majorité des jeunes de moins de 12 ans n’est pas encore rentrée à la maison. À cette heure, ces jeunes se trouvent soit en garderie, soit ont des devoirs à faire.

Dans le cadre du nouveau contrat de gestion de la RTBF, vous avez choisi de ne pas indiquer les créneaux horaires dans lesquels devaient se situer les émissions pour enfants de moins de 12 ans. Vous avez également décidé de supprimer le quota annuel minimal d’émissions pour enfants. Vous avez enfin autorisé la RTBF à lever plus de recettes publicitaires. Votre optique était de faire confiance à l’entreprise et de juger celle-ci sur base d’atteinte d’objectifs.

Certains estiment que ce glissement d’heure de diffusion répond à des impératifs publicitaires: étant donné le verrou des 5 minutes sans publicités avant et après les programmes pour enfants, il conviendrait de laisser libres les plages horaires bénéficiant de plus grandes audiences pour des programmes non contraignants en termes de limitations publicitaires.

Tout en sachant que la détermination des grilles programme relève de la compétence du Conseil de gestion de la RTBF, j’aimerais néanmoins vous entendre:

  • Avez-vous consulté le Conseil de gestion de la RTBF afin de prendre connaissance des arguments ayant présidé à ce glissement d’horaire? Quels sont ces arguments?
  • Estimez-vous approprié d’avancer l’heure de diffusion de « Blabla » à 16h05?
  • Si ce n’est pas le cas, quelles mesures comptez-vous adopter? Il ne semble en effet pas nécessaire d’attendre une évaluation générale du contrat de gestion afin de se rendre compte que l’heure de diffusion ne convient pas aux horaires des enfants.

Je vous remercie pour vos réponses.

Texte de la question de Jean-Paul Wahl, parlementaire MR (opposition)

Madame la Ministre,

Lors de cette rentrée, la RTBF semble avoir fortement modifié sa grille d’émissions enfantines. L’émission Ici Blabla se trouve désormais programmée à 16 heures 10. Cette émission, très appréciée par les enfants… et par les parents pour son contenu éducatif, est donc diffusée à un moment où le public auquel elle s’adresse spécifiquement n’est généralement pas rentré de l’école. Selon ses concepteurs, Ici BlaBla s’adresse en effet à un public compris entre 4 et 10 à 12 ans. Et si vous visitez certains forums de la presse écrite, vous constaterez déjà les réactions négatives des parents. L’émission aurait déjà perdu près de la moitié de ses téléspectateurs par rapport au mois de septembre 2006. Sans parler de la reprogrammation de l’émission « C’est pas sorcier », extrêmement intéressante et didactique pourtant, à 15 heures 40. Concernant Ici BlaBla, une telle modification de programmation s’était déjà produite en 2004, vous vous étiez alors émue de la situation, et la RTBF avait rétabli l’émission dans une tranche horaire adaptée à son public, reconnaissant donc implicitement qu’une modification de la programmation n’était pas opportune.

Votre sentiment aujourd’hui face à cette situation rejoint-il votre réaction de 2004?

Par quelles raisons –non commerciales– la RTBF justifie-t-elle cette modification de programmation?

La RTBF vous paraît-elle remplir sa mission de service public en procédant de la sorte?

À combien s’élève le coût de production de l’émission BlaBla et à quoi sert de produire une émission pour la programmer dans une tranche horaire non adaptée à son public-cible?

Doit-on craindre une évolution de la programmation vers de plus en plus d’émissions destinées aux ados, qui peuvent être entourées de publicité, au détriment des émissions éducatives pour plus petits?

Pourquoi le contrat de gestion n’inclut-il pas des garanties à cet égard?

S’agit-il d’un premier effet du vote par la majorité du décret levant le plafond autorisé des recettes publicitaires à la RTBF?

Enfin, la RTBF pourrait-elle revenir à une programmation adéquate de l’émission Ici Bla Bla? L’y encouragerez-vous?

Je vous remercie.

Quelques réflexions

J’ai écrit le texte suivant le 10 octobre 2007, avant la séance parlementaire, suite à la lecture des articles parus dans “La Libre Belgique” (le10/10/2007), “Le Soir” (le 10/10/2007) et “Vers l’Avenir” (le 09/10/2007):

Bla-Bla en route pour Hollywood!

Il faut donner la parole non pas aux chiffres d’audience (non fiables à ces heures-là si l’on s’attache uniquement à, comme ils disent, la “cible” des 4 – 12 ans) mais aux parents, aux éducateurs, aux pédagogues.

Faut-il un Bla-Bla qu’on commence plus tôt pour plusieurs raisons dont celle liée à une stratégie de continuité d’audience entre le public d’adultes de l’après-midi et celui de la tranche jeunesse, un Bla-Bla qu’on se déchire à coup de “part de marché”, un terme qui sonne toujours faux dans la bouche de représentants du service public dont la particularité ne devrait pas être de s’adresser en priorité aux annonceurs à qui ils veulent faire croire qu’ils sont les plus forts mais bien à ses publics… Ou faut-il, et ici se trouve le vrai sujet, s’attacher à un jeune héros qui aborde et transmet la culture, le savoir-être ensemble de notre Communauté française?

Ceux qui regardent régulièrement Ici Bla Bla savent qu’ils raconte une histoire. En essayant de conquérir une audience forte à un moment donné pour faire croire qu’on concurrence Nickelodeon ou Club RTL, on passe à côté du seul challenge utile: chercher à ce que les enfants découvrent l’ensemble de l’histoire du jour de Bla Bla.

C’est sur le contenu qu’il faut débattre et on ne le fait nulle part. Aucune comparaison n’est possible entre Bla Bla et les dessins animés de Nickelodeon ou de Club RTL car ils ne font pas la même chose, ils n’ont pas les même objectifs pédagogiques. La RTBF parle “de résister à concurrence”. Il ne devrait pas y en avoir.

Le souci de toujours mieux rentabiliser qui aiguillonne la RTBF et la Ministre de l’Audiovisuel vont peut-être miner la valeur pédagogique de Bla Bla par une série de concessions, d’adaptations. Que restera-t-il de l’esprit de notre marionnette locale lorsqu’elle deviendra la poule aux œufs d’or d’une coproduction internationale en 26 épisodes de 13 minutes? S’adressera-t-elle encore de manière aussi pointue à nos enfants? Cette évolution mettra-t-elle fin à la présence du lundi au vendredi durant toute l’année scolaire à la RTBF, avec de nouveaux épisodes quotidiens ou se contentera-t-on de rediffusions? Va-t-on vers une “collection” ( comme pour “Génies en herbe”…) de quelques épisodes diffusés en rafale ou non, plutôt que de maintenir l’utile rendez-vous quotidien qui existe actuellement? Bien sûr, la série à vocation internationale permettra d’accélérer le développement du marchandising. À quand une layette Bla Bla?

Prépare-t-on un enterrement progressif pour le héros antipublicitaire (qui n’arrête pas de gêner)? La relève va être assurée par de nouveaux personnages bien sûr “de bandes dessinées belges” (Bla Bla est-il chinoisou italien?) à Charleroi grâce au mariage forcé entre Dupuis et la RTBF voulu par l’ancienne gouvernance communale qui ne décolèrait pas depuis que les services sportifs de la RTBF avaient fait bloc pour ne pas s’installer au Centre RTBF Carolo comme promis!

Soyons beaucoup plus humble… et efficace! Quand demanderons-nous aux pédagogues et aux initiateurs de la marionnette de réfléchir au rôle de Ici Bla Bla et comment le faire évoluer en Communauté française. Quand prendrons-nous le temps de les écouter et de diffuser leurs propos pour notre réflexion et celles des parents?

En 2004, à une question de Véronique Cornet, parlementaire MR, la Ministre Laanan avait répondu qu’elle “était personnellement satisfaite de la solution qui permet à un maximum d’enfants de regarder” Ici Bla Bla alors repositionné vers 17H15 et C’est pas Sorcier, vers 16H35. Aujourd’hui, Ici Bla Bla est diffusé à 16H05 et C’est pas Sorcier, à 15H40. Et le nouveau contrat de gestion est arrivé.

La séance au Parlement du 10 octobre 2007

Le 10 octobre, événement au Parlement: trois parlementaires (CDH, ECOLO et MR) posent chacun une question dite “orale” à la Ministre Laanan sur un même thème: pourquoi “Ici Bla Bla” et “C’est pas Sorcier” sont diffusés par la RTBF à des heures où la majorité des moins de 12 ans sont dans l’impossibilité matérielle de les regarder?

Le dialogue avec la Ministre durera près d’une heure.

Celle-ci lira le positionnement de Jean-Paul Philippot sur cette thématique, continuera de soutenir l’Administrateur général et expliquera que, dans sa vie privée, elle magnétoscope ces émissions et les regarde en différé avec ses enfants.

Deux journaux aborderont ce débat, après coup. “Vers l’Avenir” titrera le 11 octobre “Bla Bla: Fadila Laanan enregistre”.
Marc Moulin citera la Ministre dans sa rubrique de “Télémoustique” du 17 octobre: “Monsieur Philippot m’a répondu que la nouvelle heure de diffusion de l’émission Bla-Bla était le fruit d’une réflexion de trois ans”.

Mon opinion: C’est à nouveau une question d’audimat.

La direction de la RTBF cherche à faire du chiffre, attirer et fidéliser le plus grand nombre de téléspectateurs, et tenter de triompher de la concurrence commerciale de Nickelodeon et de Club RTL.

Il y a une autre manière “service public” de voir les choses. Il faut peut-être sacrifier ce nombre record. Toucher moins d’enfants mais de manière qualitative. Qu’ils regardent l’ensemble de Bla Bla. L’émission est formée de quatre interventions de la marionnette entre-coupées par la diffusion de dessins animés. Or, ces différentes prestations de Bla Bla racontent, chaque soir, une histoire différente, impliquée dans notre imaginaire, dans notre réalité. De l’éducation permanente pour les plus jeunes. Et donc le seul succès que devrait rechercher la RTBF, c’est celui de conquérir l’attention des lardons pendant toute l’émission. C’est raté quand la majorité d’entre-eux seront encore sur le chemin du retour de l’école alors que Bla Bla occupe déjà le petit écran…

Vous pouvez découvrir le compte-rendu officiel (voir pages 3 à 9 du PDF).


J’ai pris des notes pendant cette séance des questions parlementaires, les voici:

Mercredi 10 octobre 2007, de 14 à 15 heures, pendant près d’une heure, trois parlementaires questionnent la Ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan sur le changement d’horaire de “Bla Bla” et de “C’est pas Sorcier” à la RTBF.

Extraits des trois interpellations:

Jean-Paul Procureur (CDH, majorité):

  • Quand la télévision est gérée par des gens qui font des graphiques (allusion aux déclarations dans la presse basées sur les courbes d’audiences) et pas de la télé, on frôle la catastrophe.
  • C’est une hérésie de dire qu’une majorité des jeunes peuvent être devant leur écran à 16H05.
  • Qu’est-ce que la Ministre entend par le fait que ces émissions doivent être accessibles “à une heure d’écoute appropriée”, comme le prévoit le contrat de gestion? Comment définir ce principe pour la diffusion d’émissions destinées aux 4-12 ans? (NDLR: je ne pense pas que la Ministre a répondu à cette question pourtant essentielle…).

Jean-Paul Wahl (MR, opposition):

  • Nous sommes quand même trois parlementaires de groupes différents à nous interroger. Il y a un vrai malaise…
  • Il est regrettable que le texte du contrat de gestion ne soit pas plus précis sur ce type de sujet.
  • La RTBF annonce de nouveaux projets, de nouvelles émissions… Fumée, tout cela!

Yves Reinkin (ECOLO, opposition):

  • Votre optique, c’est faire confiance à l’entreprise RTBF. C’est votre credo. Mais…
  • Que doit-on mettre en place, et à quelle place? Quel type d’émissions de jeunesse faut-il produire? Et surtout ne pas faire comme “Nickelodeon”.
  • 15H40 (heure où commence “C’est pas Sorcier”): c’est une très bonne idée… pour les 50 ans et plus.
  • Les taux d’audience, on leur fait dire ce que l’on veut…
  • Nous devons réfléchir ici à comment faire pour qu’il y ait plus d’enfants qui regardent “Bla Bla” et que cette émission soit un réel soutien à l’éducation permanente. Et pourquoi pas le reprogrammer sur la Une? Et pourquoi pas juste avant le JT? Vous souvenez-vous de Bébé Antoine? (le président de séance Richard Miller ironise dans sa barbe: Hé hé… André Antoine…).
  • L’heure de diffusion actuelle ne convient pas à l’horaire des enfants.

Extraits de la réponse de la Ministre Fadila Laanan:

  • Je peux vous rassurer: le groupe PS aime aussi “Bla Bla” (NDRL: mais alors, pourquoi aucune question émanant de ce groupe?).
  • Je regarde ce programme avec me enfants. J’ai été surprise par le changement d’horaire en septembre. J’ai interpellé l’Administrateur général qui m’a répondu (NDRL: suit la lecture assez longue de la réponse de direction de la RTBF publiée le matin même par bribes dans Le Soir et La Libre Belgique).
  • Mon expérience personnelle: j’ai pas envie qu’à 17H mes enfants se jettent sur la télé , alors je magnétoscope pour regarder plus tard avec eux. Je considère que Bla Bla fait travailler l’intelligence des enfants.
  • J’ai entière confiance dans la RTBF même si j’ai choisi de magnétoscoper pour regarder avec mes enfants.

Droit de réplique des trois questionneurs:

Jean-Paul Procureur:

  • Votre réaction en tant que mère est plus éclairante. C’est ce type de réflexions qui doivent nous guider plutôt que ces études, ces courbes, ces graphismes..
  • Malheureusement, “Bla Bla” marchait bien… avant!

Jean-Paul Wahl:

  • Magnétoscoper, pour le public, ce n’est pas une solution. Ou alors, la RTBF n’a qu’à programmer “Bla Bla” à 2 heures du matin!
  • En 2004, alors qu’il y avait déjà un problème avec les horaires de “Bla Bla”, vous vous inquiétiez… Et maintenant, vous recevez des études de la RTBF qui semblent vous satisfaire. Qu’est-ce qui a changé entre ces deux périodes?
  • La RTBF vous écrit qu’elle va maintenir ses “émissions de jeunesse” jusqu’à 18H . Cela m’inquiète, car “émissions de jeunesse” ne veut pas dire “émissions pour enfants” (NDRL: l’intervenant laisse entendre que la règle des 5 minutes s’applique qu’aux émissions pour enfants , et pas “de jeunesse”). Cela me confirme les contraintes liées à la publicité dans ce dossier.

La Ministre réagit: La différence entre 2004 et aujourd’hui? En 2004, on pensait que la RTBF voulait faire sauter “Bla Bla”. Et ce n’est plus le cas maintenant puisque la RTBF explique vouloir investir beaucoup de moyens dans l’avenir de “Bla Bla”.

Yves Reinkin:

  • Vous dites que les décisions de la RTBF se basent sur des études “jeunesse”. Je voudrais pouvoir disposer de ce document. Les parlementaires pourront-ils y avoir accès? (NDRL: aucune réponse ne sera donnée à cette demande).
  • Vous nous avez parlé du projet “Bla Bla.net”. Il y a le mot “net”. C’est sûrement un beau projet mais vous le savez bien: lorsqu’on débouche sur le net, les régles concernant la publicité sont plus évasives, il n’y a plus de “règle de 5 minutes”… C’est pour le moins délicat!
  • Je résumerai ainsi l’intervention de la Ministre: “sa” solution, c’est qu’il faut dire aux parents: magnétoscopez!