Nos médias (N°59 / 7 août 2007)

Le grand bazar des petites tromperies

Les dérégulations des « produits culturels » sont multiples et se renouvellent sans cesse, les organisateurs ou les créateurs rivalisant parfois d’imagination!

Le mois dernier, nous vous avons présenté le code de respect en faveur des usagers culturels imposé par la Communauté française aux organismes culturels avec lesquels elle a signé des conventions ou des contrats programmes (voir JDM du 3 juillet 2007, pages 30 à 35).

Il conviendrait qu’à un niveau international, un mouvement de consommateurs collecte les différentes plaintes et entame une réflexion globale sur cette thématique. Et que celle-ci ne s’axe pas uniquement les initiatives proprement culturelles mais également sur les méfaits de l’industrie commerciale.

Voici quelques exemples de dérapages relativement récents (relevés en 2006 et 2007) et significatifs… parmi tant d’autres!

Une (avant) dernière pour Aznavour…

Dans Le Nouvel Observateur du 1er mars 2007, Charles Aznavour justifie sa prochaine rentrée au Palais des Congrès: « J’ai fait des adieux, j’en ferai d’autres! J’ai déjà fait deux fois mes adieux au Japon, par exemple. Ça m’amuse tellement. Je suis quelqu’un de bien élevé: je reviendrai tant qu’on me réclamera ». L’artiste peut certes continuer à chanter mais qu’il n’annonce pas pour autant qu’il s’agit de sa dernière tournée. Certains spectateurs de bonne foi assistent à pareils concerts, se disant qu’ils ne pourront plus jamais revoir autrement leur idole sur scène. De plus, Aznavour est l’un des chanteurs dont les prix des places en Belgique sont particulièrement élevés, et dont le début de la réservation d’entame bien plus d’un an à l’avance! À qui profitent donc les intérêts bancaires de ces sommes ainsi immobilisées de plus en plus tôt? En cas d’annulation, ne serait-il pas logique qu’elles soient ristournées à l’usager?

Projection interrompue

Le 18 septembre 2006, Gilles L. visite l’expo Ron Mueck au Royal Scottish Academy Building à Édimbourg. À la fin du parcours, avec une trentaine de spectateurs, il découvre un reportage en vidéo. À 17H, l’heure de la fin des visites, la projection est interrompue brutalement, sans avertissement, ni explication. Si l’on respecte le public, soit on n’entame pas une projection, soit on la propose jusqu’à son terme.

Le musicien joue pour qui?

Le 15 mars 2006, à l’Aula Magna de Louvain-la-Neuve, Le Soir proposait une innovation pour sa quatrième Nuit: s’agissait-il d’une vente couplée? Pour 9 euros: quatre concerts et, précisent les annonces publicitaires, « + 1 bière gratuite » (de l’un des sponsors de l’événement).

Un « ingrédient » ne figurait pas dans les encarts publiés dans la presse: le fait que les différents concerts seraient filmés par la RTBF. Thierry Coljon note dans le compte-rendu: « Les caméras de la RTBF font partie du show, que ce soit en travelling ou en perche louma… ». Cette information est sans doute considérée comme un bonus par certains. D’autres savent que l’artiste dans son jeu de scène ou dans le choix de son répertoire peut s’intéresser davantage aux futurs téléspectateurs qu’au public qui se trouve dans la salle et qui devient ainsi malgré lui un figurant… qui paie pour officier! Il est ainsi arrivé que des artistes jouent en rappel non pas un morceau initialement prévu mais une chanson dont ils ont été prévenus qu’elle avait été mal filmée durant le concert! Dès lors, la présence d’un média qui enregistre une prestation constitue un élément que le public devrait avoir le droit de connaître avant d’acheter son ticket.

Des sièges pliables!

Leila L. achète deux places parmi les plus chères (le parterre M à 60 euros environ) pour le spectacle Bahatari du 19 novembre 2006 à Forest-National. Le soir même l’hôtesse lui proposera des sièges pliables rajoutés par les organisateurs à un mètre de la scène « où l’on voit les rideaux et le socle de la scène plutôt que le spectacle lui-même ». Après réclamation, elle réussira à obtenir des fauteuils B qui sont d’une classe inférieure aux places achetées: « Ayant lu les conditions générales de vente, je ne constate aucune clause prévoyant une telle possibilité de changement qui s’avère donc illicite ». Forest-National et le service billetterie de la Fnac lui répondront aimablement qu’ils ne sont pas les interlocuteurs aptes à résoudre ce problème. Par contre, Leila L. ne recevra aucune réponses aux courriels qu’elle enverra à la société organisatrice.

Un « ingrédient » non annoncé et inadapté

La maman de Margot (4 ans) écrit à La Dernière Heure, le 27 février 2007, qu’elle est scandalisée par ce cinéma du Namurois qui, devant une salle remplie d’enfants, a diffusé un spot de prévention très violent pour une campagne concernant l’alcool au volant. Sa fillette a été choquée: « De nombreux parents, comme moi, ont été indignés. Les responsables du cinéma ont été avertis de notre mécontentement. Je suis retourné cette semaine au cinéma avec ma fille. Première pub diffusée: la même! ».

Sacrées jaquettes de DVD

La rubrique DVD Vidéo de l’hebdo Télémoustique ne sert pas de simple faire-valoir aux nouveautés. Depuis de très nombreuses années, elle traque les petits mensonges (réels ou par omission) des jaquettes.

Fin 2006, réédition avec une couverture toute différente de l’ancien document Le Palais Royal de Bruxelles déjà paru en 2001. Combien d’amateurs de cette thématique auront par mégarde acheté ces deux productions quasi identiques ( à part un « bonus » dans la nouvelle parution)?

Dans la Saison 4 de la série Lois & Clark, le bonus annoncé sur la jaquette du dernier disque reste introuvable…

Le boîtier double DVD de Basic Instinct 2 présente deux éditions de la suite des aventures de la sulfureuse Catherine Tramell: celle sortie en salle et une autre annoncée comme « non censurée ». La différence entre les deux versions se résume à moins de deux minutes et les fameuses scènes chaudes dont des clichés avaient circulés en prélude au lancement du film y brillent par leur absence!

Ne vous fiez pas à la jaquette de Fêtez Noël avec Mickey et ses amis. L’autocollant prétendant qu’il s’agirait d’un nouveau produit risque de vous induire en erreur puisque cet arrivage de Disney ne regroupe que sept dessins animés anciens, voire très anciens… dont l’un n’a rien à voir avec la Fête de Noël et s’appelle Ferdinand le taureau!

Le droit de savoir… avant de payer

Le contenu de nombre d’activités culturelles peut évoluer rapidement, ce qui est loin d’être négatif mais leurs organisateurs devraient donc se faire un devoir d’annoncer ces changements clairement et le plus tôt possible au public, si possible avant qu’il ne réserve ou n’achète ses tickets. Même en cas d’accès gratuit, cette obligation d’informer préalablement doit être considérée comme un droit de l’usager.

Jardins en rénovation

Dans le plan qui est donné au visiteur des Jardins d’Annevoie, un feuillet explique que ceux-ci seront en rénovation jusque fin 2008: « Veuillez nous excuser pour les désagréments causés par ces rénovations… ».

Hélas, cette information, le public n’y a droit qu’après avoir payé son entrée. Pourquoi ce texte ne figure-t-il pas sur un panneau accessible avant que le public n’entame la file ou au moment où il accède à la caisse? Est-il normal que le site internet ne fasse pas mention de cette donnée?

Allemand et/ou anglais

Parfois, l’annonce d’un de ces désagréments se fait bien avant l’achat des tickets… mais dans quelle(s) langue(s)?

Selon le Routard, le Musée des Arts Décoratifs d’Hambourg possède « la plus complète collection du Jugendstill, de l’Art nouveau. La Pariser Zimmer achetée à l’expo universelle 1900 à Paris, avec ses meubles d’Hector Guimard, et les 18 danseuses d’Agathon Léonard de la Manufacture nationale de porcelaine de Sèvres attirent amateurs et connaisseurs du monde entier ».

Un feuillet en allemand et en anglais explique que ces éléments du musée ne sont pas visibles pendant les travaux de réaménagement. Il est inséré dans le plan donné au visiteur après que celui-ci s’est acquitté de son entrée.

Heureusement, un panneau situé avant l’accès aux caisses annonce clairement cette information mais… en allemand uniquement! Alors que les dépliants de présentation sont également proposés en allemand et en anglais!

Les organisateurs culturels ne devraient-ils pas rédiger des avis qui indiquent les évolutions du contenu de leurs activités dans toutes les langues qu’ils ont utilisées dans leurs documents promotionnels? On tente d’attirer… et puis on accueille sérieusement, non?