Nos médias (N°51 / 15 mai 2007)

L’Administeur délégué de RTL TVI nous écrit – Delusinne sera-t-il écouté par son personnel?

Entre la diffusion de deux reportages dans les journaux télévisés, les rédactions placent parfois des séquences préenregistrées que, logiquement, le public imagine être en direct.
Pour que celui-ci n’y voit que du feu, il suffit que le journaliste qui présente l’émission porte sur lui, lors de ces tournages, les mêmes vêtements que ceux affichés lors du déroulement du JT lui-même…

De midi à dix-neuf heures!

Ainsi, le 25 avril dernier, pendant le temps de midi, depuis la Bibliothèque Solvay à Bruxelles, Les techniciens enregistrent un faux direct durant lequel Laurent Haulotte était interrogé par Florence Reuter en studio. On y fit croire au téléspectateur que peu de temps avant le lancement du Le Grand Débat National entre Elio Di Rupo et Yves Leterne (diffusé vers 19H45) « la tension monte… à moins d’une demi-heure du débat ». Cette séquence sera insérée dans le 19H.
Même si Florence Reuter y indiquera brièvement à un autre moment que le débat a été mis en boîte en début d’après-midi, c’est la force de ce duplex préenregistré qui prévaudra sans doute, d’autant plus que durant le déroulement du Grand Débat lui-même, aucune incrustation n’indiquera qu’il est diffusé en « différé »!

Le direct, c’est l’essence même de la télévision et le public y est sensible. Les chaînes sont donc tentés de faire croire qu’il y en a là où ce n’est pas le cas, dans leur course effrénée à l’audimat et à la hausse du tarif des publicités qui peut en découler.

Le faux direct de la Marche Blanche

RTL TVI peut céder à pareille tentation, surtout en cas de diffusion de programme exceptionnels. Ainsi, lors de la journée historique de la Marche Blanche: la chaîne privée et la RTBF avaient conscience que ce jour-là, la plus performante d’entre-elles pourrait renforcer son image peut-être pour très longtemps auprès des téléspectateurs et des annonceurs (ce qui fut le cas). Le débat politique du dimanche midi de ce 20 octobre 1996, servit de rampe de lancement pour la suite de la journée comme en témoigneront les audiences. À la RTBF, Mise au Point n’attirera que 108.000 téléspectateurs et ils furent environ 250.000 au JT de la mi-journée. Par contre, Controverse séduira 320.000 personnes et le 13H, plus de 575.000!

En fait, RTL TVI réussit à rassembler toutes les familles des enfants disparus autour de la table de Controverse et la RTBF dût se rabattre sur un contenu analogue mais d’une piètre facture technique: Mise au Point proposa un filmage approximatif d’une émission de radio qui s’était déroulée la veille dans un petit studio du Centre de Liège de la RTBF (Samedi Première animée par Jean Rosoux). Comme les proches des enfants disparus devaient se retrouver au plus tard à 13H15 sur le podium en plein centre ville particulièrement embouteillé, Pascal Vrébos a dû enregistrer son émission en matinée. S’il avait respecté son public, il le lui aurait signalé. Au contraire, dès ses premiers mots, vers 12H, il laisse croire qu’il est en direct: « Madame, Monsieur, Bonjour. Dans deux heures commencera à Bruxelles la Marche Blanche… ».En fait, c’est un reportage réalisé par Télé-Bruxelles qui trahira involontairement la manoeuvre. La télé locale réalisait un portrait de Nabela Benaïssa qui était également l’une des invitées de Pascal Vrebos. Une image de ce reportage permet de découvrir pendant l’enregistrement de Controverse l’horloge de la régie où il était indiqué 10H19…

Un élément technique renforcera l’illusion du direct. La diffusion de cet enregistrement sera en effet habilement interrompu pour faire place à une séquence en vrai direct: à la fin d’une intervention de Pol Marchal, la régie stoppera la bande et passera immédiatement la parole en temps réel, dans un plan rapproché, à Pascal Vrébos, alors tout seul en studio, qui fera un geste furtif de la main comme s’il s’adressait aux représentants des familles (qui, en fait, sont partis depuis plusieurs heures…) en leur suggérant: « Je vous propose d’interrompre le débat quelques instants pour un flash spécial ». Ce qui permettra à Frédéric Ries, alors journaliste-star de la chaîne privée, de faire un point en vrai direct également sur l’arrivée de la foule près de la place Rogier. À la fin de son intervention, la bande enregistrée du débat redémarrera sur une question posée par Pascal Vrébos à Jean-Denis Lejeune.

Pas de contenu éditorial? Et alors!

Le Grand Débat National du 25 avril dernier constituait lui aussi un moment fort pour RTL TVI. Pour La Libre Belgique, il devait être « le » coup télé de la future campagne (25/04/2007). Et pour Le Soir: « C’était l’événement de l’année, celui qui rendait si fier RTL-TVI, qui, en l’organisant avec VTM, en privait son concurrent, la RTBF »(27/04/2007). Un petit piment de direct pouvait relever encore davantage la sauce et l’on sait comment la chaîne privée est habile pour suggérer ainsi au téléspectateur l’inverse de la réalité. Si elle prend ce risque de biaiser la vérité, c’est sans doute que l’enjeu en vaut la chandelle, probablement en terme d’audience et de réputation. Pour Stéphane Rosenblatt, directeur de l’information et des programmes, cet estompement du réel ne semble pas vraiment condamnable car « C’était un teaser, un lancement enregistré le midi pour rendre le dialogue plus dynamique. Il n’y avait aucun contenu éditorial dans cette séquence… ». Néanmoins: « …À l’avenir, on évitera totalement ce genre de choses » déclara-t-il à Jean-François Lauwens (Le Soir, 27/04/2007). Les dérégulations hors contenu éditorial seraient donc permises sur la chaîne privée, selon l’une de ses plus hautes autorités directoriales!

Delusinne répond: pour du beurre?

Etonnant hasard! Le 25 avril, le jour même où RTL TVI diffusait son Grand Débat National, l’administrateur délégué de TVI, Philippe Delusinne, signait sa réponse à notre interpellation qui faisait suite au fait que le Controverse du 08/04/2007, bien qu’enregistré, avait affiché pendant plusieurs minutes à l’écran une voyante incrustation « direct ». Nous lui demandions: « Pouvez-vous vous engager à ce que TVI s’accorde à annoncer systématiquement au début de ses émissions celles qui sont enregistrées et préciser également ce qu’il en est d’un montage éventuel? »(1).

Chaque mot de la réponse de Mr Delusinne semble pesé. Celle-ci constitue une balise concrète à partir de laquelle désormais les téléspectateurs pourront réagir en cas de nouvel errement: « Le principe absolu de l’ensemble de nos émissions est de ne pas cacher qu’une diffusion puisse se faire en différé. Nous informons systématiquement nos téléspectateurs lorsque tel est le cas, mais nous sommes hélas à la merci de négligences ou de check list de routine. Sachez en tous cas qu’il est clair que nous ne voulons jamais tromper nos téléspectateurs, et que les instructions sont tout aussi claires quand il s’agit d’informer d’une diffusion en différé ».

On peut espérer que Mr Delusinne a envoyé copie de ce courrier à Stéphane Rosenblatt et à Pascal Vrébos! Le site internet de TVI parlait d’un « direct » en ce qui concerne le Grand Débat National. Quant au mentor de Controverse, il n’annonça pas d’entrée de jeu que son émission diffusée le 29/04/2007 était préenregistrée… Elle traitait de l’élection présidentielle française et au moins cinq de ses intervenants participaient également à la même heure, ce jour-là, à un débat « en direct » axé sur le même thème à la RTBF… On sera donc attentif au fait de savoir si, à l’avenir, l’Administrateur délégué de TVI saura faire respecter par son personnel les règles qu’il a défini dans le courrier qu’il nous a adressé.

(1) Voir JDM, 17/04/2007.

Comment la RTBF se moque de ses usagers

Avant, l’émission de médiation était hebdomadaire. Aujourd‘hui, il ne s’agit plus que d’un rendez-vous mensuel et la RTBF n’arrive même pas à le diffuser à l’heure annoncée aux hebdomadaires télé!

Décode est parfois proposé plus tôt que prévu. Le Service public peine à trouver une solution. Le 29 avril 2006, l’émission fut diffusée avec 9 minutes d’avance. Ce 24 février, annoncée pour 12H20, elle s’entama à 12H15. À chaque fois, c’est parce que la durée de l’émission a dépassé le nombre de minutes prévues dans son format et on ne va pas, bien entendu, racourcir le tunnel de publicité d’avant 13H pour rééquilibrer l’horaire! Il suffirait une fois pour toute de changer le format de cette émission qui s’avère trop étriqué: passer de 26 à 30 ou 35 minutes…

La direction de la RTBF semble peu se soucier du confort d’écoute de son public. À moins que cette émission la gêne? On finirait par le croire…

Le numéro d’avril n’a pas été diffusé et fut remplacé par une transmission du débat Bayrou-Royal.

Ce programme était au demeurant passionnant mais est-ce là une mission prioritaire du service public de la Communauté française que de devenir le relai de cet enjeu politique d’un pays voisin ou est-ce une lubbie de plus de son directeur des antennes, Yves Bigot, qui est français?(1) En tous les cas, tous les spécialistes vous indiqueront que ce n’est pas ainsi que l’on fidélise le public d’un magazine mensuel…

Coupant vers 12H49 les dernières minutes de cette conversation préélectorale pour lancer le tunnel publicitaire (est-il déontologique de ne pas diffuser un débat en intégralité? Il est très frustrant d’être privé de son aboutissement!), l’un des journalistes-maison de la RTBF joua en direct sa speakerine pour dénannoncer l’émission. S’il y avait un quelconque respect pour les téléspectateurs, il aurait eu l’occasion d’indiquer à ce moment-là au public de Décode la date où la diffusion de l’émission d’avril serait reportée. Ce sera le cas le samedi 5 mai mais l’annonce ne sera pas faite.

Le changement de programme avait été décidé suffisamment tôt pour que la presse quotidienne de ce samedi-là puisse l’annoncer. À quoi servent donc le télétexte et le site internet de la RTBF? Leur rôle ne serait-il pas de rectifier les horaires en dernière minute pour que nous puissions organiser ses choix télévisuels? Le télétexte ertébéen n’annonçait pas le changement de programme et sur le site de la RTBF, au moment précis où les deux candidats français dialoguaient, on pouvait lire « Maintenant: Décode » (voir illustration).

(1) Voir Une RTBF « made in France », JDM du 24/04/2007.