Nos médias (N°44 / 27 mars 2007)

Davantage de pub pour les pré-ados?

Au menu, le « suivi » de trois de nos rubriques précédentes. Après l’impression d’un article, le labeur ne fait souvent que commencer pour l’auteur de la présente rubrique! Il faut écrire aux autorités politiques ou médiatiques, poursuivre l’investigation, tenter d’agir « pour le bien commun ».

« Dans une vision marketing… »

Stéphane Delhougne, le responsable des Programmes Jeunesse de la RTBF, a tenu à nous assurer que l’arrêt de la rubrique quotidienne de Rudy et Renaud ne signifiait pas du tout que la thématique de l’environnement ne serait plus abordée dans Les Niouzz(1). La perte du sponsor, le ministère de l’écologie wallonne, n’a pas réduit d’autant la durée quotidienne du JT des enfants: « Très courageusement, la RTBF autofinance la poursuite de ce temps d’antenne ».

Nous nous interrogions sur la tentation pour la RTBF d’éviter d’appliquer la règle qui lui interdit de diffuser de la publicité durant les 5 minutes qui précèdent et suivent les émissions spécifiquement destinées aux enfants de moins de 12 ans. Mr Delhougne a voulu nous rassurer: « S’il y a eu une époque… (NDLR: où ce fait fut possible), ce n’est plus du tout le cas actuellement. La règle des cinq minutes est bel et bien un atout! ». Pourtant, un fait nous intrigue. Les Niouzz proposent actuellement des reportages réalisés dans une dizaine de pays à propos des droits des enfants. Cette matière sera reformatée pour donner naissance à des magazines de 24 minutes, C ma planète, qui seront diffusés cet été sur La Deux, puis édités en DVD. Vers l’Avenir et La Dernière Heure du 02/03/2007 signalent que cette initiative s’adressera aux 12-15 ans. Pour éviter la règle des 5 minutes? Détaillant ce projet, Agnès Gorissen s’exclame dans Le Soir (19/03/2007): « Les enfants aussi ont droit à leur service public ». Ne confond-elle pas les enfants (sans pub) avec les pré-ados (avec pub)? Seul commentaire de Mr Delhougne : « N’y voyez pas malice! ». Soyons attentif pour découvrir si la RTBF va multiplier les initiatives en faveur des + de 12 ans afin de redéployer la présence publicitaire sur ses antennes. Il est vrai que la Ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan a accepté que, dans le nouveau contrat de gestion, ne soit plus chiffré le nombre d’heures minimum de programmes destinés à la jeunesse à diffuser en télévision: il était de 700 heures par an, jusqu’au 31 décembre dernier.

Le responsable des Programmes Jeunesse n’en démord pas: « Dans une vision marketing, la règle des 5 minutes est un très bon argument de vente! La RTBF est le seul lieu que les parents qui ne supportent pas la publicité peuvent proposer à leurs enfants ». Petit rappel: le 31/01/2003, Jean-Paul Philippot avait déjà dû affronter ce constat aux Grands Entretiens(2). Il y fut invité à commenter le constat suivant: lorsque la RTBF occupe des pages entières de publicité dans la presse écrite, c’est pour, le plus souvent, vanter des programmes (nouvelles émissions, films, etc.) et non pour expliquer ses différences. Elle aurait pu titrer: « Finies, les publicités pour des hamburgers entre Ici Bla-Bla et Les Niouzz: l’espace réservé aux enfants est sécurisé à la RTBF ». Le service public fait sa communication pour concurrencer RTL TVi, rarement pour s’en différencier. Pour reconquérir un public et le fidéliser, ne pensez-vous pas que vous devriez associer celui-ci au fonctionnement même de la RTBF, à ses enjeux? J.P. Philippot: « Notre volonté, demain, est de marquer notre identité par notre spécificité et pas par du mimétisme. C’est certain. Mais qu’on ne le communique pas de façon assez forte, j’accepte la remarque ». Il y a une différence entre accepter une remarque et en tirer les conséquences!

Vers une réglementation des balises?

Le 30/01/2007, dans la foulée de l’affaire Bye Bye Belgium, notre chronique Nos Médias détaillait comment et pourquoi les chaînes de télévision tardent à indiquer des balises afin que le public puisse mieux connaître la nature de leurs émissions avant de les regarder (direct-différé; réalité ou fiction; play-back ou « live »; etc.). Dans ce dossier, il me semble que le gouvernement devra légiférer après avoir reçu un avis du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA). J’ai demandé à la Ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan de m’associer à ces travaux. Le 13/02/2007, elle me répond: « Il serait intéressant que vous puissiez participer en tant qu’expert à la réflexion relative aux actions que nous avons entreprises en matière de signalétique. Je vous propose de prendre contact avec le CSA et de collaborer par le biais d’une participation écrite… ».

Le 21/02/2007, j’écris à la présidente du CSA: « …Je ne suis pas fort intéressé par cette idée de participation écrite qui me marginalisera. Beaucoup de travail, de la bonne conscience pour les autorités, et sans doute peu de résultats concrets, vu la composition de votre Collège d’avis. Par contre, pouvoir participer en tant qu’expert à l’ensemble des réunions, voilà qui m’intéresse davantage… ». Evelyne Lentzen, la présidente du CSA, répond le 28/02/2007: « …Je prends bonne note de votre insatisfaction par rapport à une participation écrite aux travaux du Collège d’avis telle que proposée par la Ministre. Le CSA n’a pour sa part pas d’objections à ce que, lorsque le sujet que vous évoquez sera abordé par le Collège d’avis, vous soyez entendu ». S’agira-t-il d’une simple audition ou d’une participation en tant qu’expert indépendant à l’ensemble des travaux liés à cette thématique? Affaire à suivre…

Le dernier mot pour l’usager

Notre article « RTBF: la fin des émissions de médiation? »(3) a non seulement inspiré une « question d’actualité » du parlementaire Philippe Fontaine à la Ministre Laanan(4) mais il a peut-être favorisé une évolution de Médias Première. La nouvelle émission de radio a enfin permis à deux auditeurs de dialoguer en direct avec des représentants de la RTBF et des éminences universitaires. Ils furent même invités à conclure la discussion (bien que l’arrivée intempestive de la pub cloua le bec au 2ème auditeur!).

Pour que pareille émission ne soit pas un simple bureau de gémissements, il convient, comme le pratiqua Jean-Jacques Jespers pendant deux saisons de Qu’en Dites-Vous?, de faire le suivi du dossier jusqu’à ce qu’une solution soit adoptée afin que le problème ne se représente plus. Le premier plaignant, Guy Haarscher, avait été un invité du C’est la vie en plus intitulé Fous de Dieu. À l’antenne, ne furent diffusées que 2h30 des 4 heures d’enregistrement et il avait l’impression que le montage était partial. La méprise vient sans doute du fait que ce débat de société n’est en fait qu’un talk-show qui s’apparente plus au divertissement qu’à une émission d’information. Les échanges plus conséquents n’ont pas résisté à l’écrémage des monteurs. François Hendericks (ULB) indiqua qu’il serait utile de clarifier à l’avenir le positionnement de cette émission aux téléspectateurs. Ne faudrait-il pas indiquer la nature de l’émission au démarrage de sa diffusion? Si sa direction le lui autorise, Sophie Moens, l’animatrice de Médias Première, possède tout le panache pour mener à bon port pareilles « médiations ».

Par contre, l’émission de médiation télé Décode qui abordait le même cas n’a pas permis la confrontation avec ses invités en studio et se contenta de la diffusion d’une interview préenregistrée de Mr Haarscher. Ce qui est désormais possible en radio ne le serait pas en télé?

Les prochains rendez-vous. Médias Première: vendredi 30 mars de 10H00 à 11H30 sur La Première (+ podcasting). Décode: samedi 31 mars, de 12H20 à 12H45 sur La Une.

(1) JDM, Nos Médias, 13/03/2007.
(2) Le Ligueur, 05/03/2003.
(3) JDM, Nos Médias, 20/02/2007.
(4) JDM, On ne vous l’avait pas dit?, 13/03/2007.

Un agenda… très liégeois!

Jusqu’au 30 mars, une dizaine d’associations liégeoises organisent uneSemaine Sans Télévision, avec débats, repas conviviaux, jeux de société, etc. Chaque jour, le wallon passe en moyenne 230 minutes devant sa télé: « Cette consommation massive a un impact majeur sur l’absence de solidarité et la résignation qui règnent aujourd’hui en maître. Elle détruit petit à petit tout tissu social ». Pour découvrir le programme: www.acontrecourant.be

Liège accueille également, ces 29 et 30 mars, le colloque Pigiste, Pas Pigeon!organisé par l’association des journalistes professionnels AJP, au 11, rue du Vertbois, dès 9H15. Les thèmes des quatre tables rondes sont explicites: « Des tarifs de misère? Ce qu’en pensent les responsables des médias »; « Précarité: le journalisme en danger? »; « Dix diplômes pour un emploi… On continue? »; « Et du côté des responsables politiques? Engagement pour la prochaine législature ».

Entrée gratuite mais inscription obligatoire: www.pigistepaspigeon.be
Courriel: info@ajp.be