Nos médias (N°33 / 9 janvier 2007)

Pourquoi tant parler de la RTBF?

Depuis le 1er janvier, la RTBF applique son nouveau contrat de gestion. Les obligations y sont multiples et le public à tout intérêt à les connaître afin d’être attentif au fait qu’elles soient appliquées.

Sans pression extérieure, le service public peut tarder à concrétiser certaines de ses tâches, surtout si elles ne lui apparaissent pas comme pourvoyeuses d’audimat! On se rappellera que le précédent contrat de gestion applicable dès début 2002 prévoyait la création d’une émission, tant en radio qu’en télévision, « présentant l’agenda des manifestations d’éducation permanente ». On considère comme normal d’annoncer les activités culturelles. Pourquoi les initiatives sociales ou associatives n’auraient-elles pas droit au même traitement? Le 20 février 2003, le Conseil supérieur de l’éducation permanente dénonçait la non-concrétisation de cet agenda associatif. Ça Bouge naîtra finalement en télévision(1) avec un retard de plus de 26 mois, ce qui équivaut pour le secteur associatif à un préjudice de plus d’un millier d’activités non annoncées.

Sauf les pétitions

Pour que les auditeurs et téléspectateurs puissent entreprendre pareille veille, il faut qu’ils soient informés correctement des missions de la RTBF.

Celle-ci vient de placer le texte intégral de son contrat de gestion sur son site www.rtbf.be. Pour le découvrir, il faut cliquer sur le mot entreprise, au bas de la page d’accueil.

Mais est-ce suffisant? Ce texte très serré de 46 pages n’est pas d’un accès aisé d’autant plus qu’il renvoie souvent à d’autres textes législatifs.

Hélas, personne n’a entamé jusqu’à présent un travail pédagogique pourtant essentiel auquel le public a droit. La presse écrite traditionnelle s’est globalement contentée de n’aborder que quelques thèmes liés aux intérêts des publicitaires, des radios privées ou des créateurs audio-visuels. Elle n’a donc n’a pas vraiment joué son rôle de contre-pouvoir qui favoriserait un meilleur fonctionnement de la collectivité en permettant à ses lecteurs de faire pression pour que pareilles règles édictées en Communauté française soient vraiment appliquées.

Ceci n’est pas un vœu pieux. En effet, beaucoup d’usagers s’intéressent à la RTBF et écrivent déjà à son service de médiation, déposent plainte au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) ou s’adressent aux « courriers des lecteurs » de la presse écrite. Mieux conscients des enjeux et de leurs droits, ils pourraient le faire de manière bien plus pointue et donc, efficace.

Relevons ici un point parmi d’autres qui ne les laissera pas insensibles mais qui est passé inaperçu jusqu’à présent. Alors que la signature du contrat de gestion date du 13 octobre dernier, la presse écrite n’a encore publié aucun article, ni aucune « carte blanche » s’étonnant du fait que la RTBF n’est plus obligée de répondre aux pétitions.

Le nouveau texte indique que le service de médiation de la RTBF doit répondre dans les 30 jours ouvrables « de manière circonstanciée aux courriers et courriels des usagers portant sur des demandes de renseignement ou sur des plaintes à l’exception des pétitions ». Quel mépris vis-à-vis du public qui tente de s’organiser pour faire valoir ses droits ou ses points de vue! Le service public n’est-il pas justement chargé d’informer et d’ouvrir le débat avec la population?

On pourrait admettre que le nouveau contrat allège la tâche de la RTBF qui doit parfois encoder plusieurs centaines de signatures en légiférant dans le sens où elle ne devrait plus répondre qu’aux initiateurs de ces requêtes. Supprimer cette obligation peut enclencher une atténuation du sentiment d’appartenance du public à ces chaînes de radio et de télévision essentiellement financées par la dotation. Or, pareil lien entre l’émetteur et ses usagers devrait au contraire constituer un facteur essentiel qui le différencie des opérateurs privés.

La médiation enfin obligatoire

Le public doit être également informé des bonnes surprises que recèle le nouveau contrat. Par exemple, celui-ci précise à plusieurs reprises que la RTBF dispose désormais d’un « service de médiation », ce qui n’était pas le cas auparavant. On est donc en droit d’exiger qu’elle s’attelle à cette nouvelle tâche en s’inspirant des travaux des autres services de médiation existants. Un médiateur ne se contente pas d’accuser réception d’une plainte, il tente une conciliation et propose la mise en place d’une évolution permettant au problème de ne plus jamais se poser.

Ce n’était pas ce qui se passait avant ce 1er janvier 2007. Le texte du contrat précédent était mal fagoté: la RTBF devait réaliser « des émissions de médiation » mais elle n’était pas obligée de mettre en place un service de médiation. Elle devait simplement assurer le suivi des plaintes ou « veiller à accorder une attention particulière aux avis et demandes d’information » du public. Assez maladroitement, la RTBF brouilla les cartes en appelant « service de médiation » son équipe qui traite le courrier. Lorsque des usagers lui reprochaient de ne pas mener une réelle médiation, la direction de la RTBF s’abritait derrière les textes légaux dont elle préfère souvent n’appliquer que la lettre.

Et la pub?

Dans la présente rubrique du Journal du Mardi, je reviendrai périodiquement sur ces multiples obligations de la RTBF et tenterai de vous en définir les enjeux à partir d’exemples concrets. À ceux qui se demandent pourquoi je traite si souvent du service public, je répondrai que la priorité d’une rubrique qui s’appelle Nos médias est d’offrir des pistes au public pour qu’il puisse influer sur les médias afin que ceux-ci se mettent davantage au service du « bien commun ». Il est logique que pareilles pistes soient bien plus nombreuses, concrètes, voire fiables, lorsqu’on aborde des médias financés essentiellement par l’argent public, et donc censés être au service de la collectivité.

Impossible pour Madame Irma de se tromper en prédisant que Nos médias traitera également en 2007 jusqu’à plus soif des causes et des effets de l’omniprésence publicitaire. Depuis ce 1er janvier, les Carrefour, Intermarché et autres Leclerc peuvent en tant qu’hypermarchés avoir accès aux spots publicitaires des télés en France. Au niveau Européen, il y a de fortes (mal)chances que les annonceurs vont conquérir prochainement la possibilité d’introduire leur promotion des marques ou des produits dans les émissions elle-mêmes, à l’exception des programmes d’information ou pour enfants.

Et puis, revoilà notre chère RTBF! Ce 2 janvier 2007, Le Soir confirmait ce que le JDM annonçait dans son dossier de couverture « RTBF: Raz-de-marée publicitaire? » publié le 21/11/06: alors que le nouveau contrat de gestion commence à s’appliquer, ses ouvertures pour davantage de publicité sont actuellement bloquées car leurs applications dépendent de modifications qui n’ont toujours pas été apportées à deux décrets votés en 1997 et 2003. Selon le journaliste du Soir, Jean-François Lauwens: « le débat aura lieu dès le début de l’année et l’opposition a déjà promis qu’elle n’attendait pas se plier au fait accompli ». La charrue avait été placée avant les bœufs.Pour rappel, le contrat de gestion a été signé avant que ces décrets qui régulent la publicité ne soient révisés par les parlementaires. Ainsi, le débat démocratique qu’il revenait à ces derniers de mener sur la place de la publicité dans les chaînes de la Communauté française (la RTBF, mais aussi les télévisions locales, etc.) a été confisqué. Espérons que la presse écrite relaiera correctement cette activité parlementaire non pas par intérêt personnel (en effet, davantage de budgets publicitaires dans l’audiovisuel pourraient avoir des retombées négatives sur ceux de la presse écrite) mais pour contrecarrer le refus de la direction ertébéenne d’aborder cette thématique d’une manière impartiale sur ses antennes.

Au moment où nous devons nous interroger sur notre surconsommation et nous résoudre à adopter de nouvelles habitudes de vie pour échapper au pire, ouvrir les vannes publicitaires à tout crin semble suicidaire et mérite au moins un large débat. Puissent nos parlementaires lire la « carte blanche » de l’association Respire publiée dans la dernière livraison de Régulation (N°30), la « lettre » trimestrielle du CSA. C’est d’ailleurs significatif que le sévère régulateur offre ses colonnes à ces jeunes qui planchent sur l’avenir de la planète(2). Leur conclusion: « Le développement de la publicité commerciale à la RTBF et de sa logique met sérieusement en danger la diversité de l’offre audiovisuelle et pose de nombreux problèmes démocratiques. Il incombe au législateur de se saisir de cet enjeu et de fixer des limites strictes, claires et applicables à ces messages commerciaux non sollicités »(3).

(1) L’émission de radio n’a jamais vu le jour.
(2) www.respire-asbl.be
(3) Pour s’abonner gratuitement à cette (intéressante) revue, envoyez votre adresse postale à:
CSA
Rue Jean Chapelié, 35
1050 Bruxelles
ou à info@csa.be