Nos médias (N°31 / 28 novembre 2006)

Le JEP, maître du « bon goût »?

Le Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs (CRIOC) est une fondation d’utilité publique, une structure de type fédérale comme la Fondation Roi Baudouin. Selon ses statuts, il a pour but de « fournir une aide technique aux organisations de consommateurs, de valoriser la fonction de consommation et de promouvoir la protection des consommateurs »(1). L’une de ses campagnes d’information vient d’être condamnée… par le Jury d’éthique publicitaire (JEP), l’organe d’autodiscipline du secteur de la publicité en Belgique. Celui-ci a été créé par le Conseil de la Publicité, une asbl qui groupe les associations représentatives des annonceurs, des agences de communication et des médias et dont l’objectif est clairement de promouvoir la publicité(2).

Quel est l’objet du délit? En mai dernier, la plate-forme Safer Internet Belgique dont le CRIOC assume la coordination lançait un nouveau site pour adolescents concernant les dangers d’internet. Pour sensibiliser ce public peu ou pas réceptif aux messages d’information traditionnels, un piège avec un clin d’œil éducatif a été développé. Une bannière l’invite à surfer sur le site de ce qui semble être un nouvel opérateur en télécommunication (CelBel) qui lui propose, en tant qu’offre de promotion, un contrat d’essai gratuit. Le jeune qui s’est laissé ainsi séduire atterrit sur un site(3) qui l’informe du piège dans lequel il est tombé, lui explique que pareilles offres alléchantes sont souvent sujet à risques et lui propose différentes pistes pour surfer en sécurité ainsi qu’un formulaire à remplir dans le cas où il serait l’objet d’autres arnaques.

Que la loi régule!

Le JEP estime que le CRIOC doit respecter les règles en matière d’éthique publicitaire parce qu’il a utilisé des techniques commerciales pour cibler les jeunes consommateurs. Comme le message initial de cette campagne n’est pas véridique, il abuse donc de la confiance du public auquel il veut s’adresser: « Le Jury est d’avis que cela ne témoigne pas, dans le chef du CRIOC, de bon goût et estime donc devoir formuler un avis de réserve ».

Ce jugement devrait décridibiliser une fois pour toute le JEP, ne fut-ce que pour avoir osé se référer à une notion aussi subjective que « le bon goût » pour assurer une condamnation publique d’un organisme au service de l’intérêt des consommateurs. Il nous semble également qu’il y a là confusion entre une campagne publicitaire à but lucratif et un travail d’éducation permanente mené sans goût de lucre par un organisme d’utilité publique!

Le CRIOC vient d’envoyer, ce 21 novembre, un droit de réponse qu’il demande au JEP d’afficher sur son site à côté de l’avis de réserve le concernant. Il y rappelle qu’il n’est pas membre du Conseil de la publicité et qu’il n’a jamais adhéré au Code d’éthique produit par celui-ci. Et de rappeler: « …Les organisations de consommateurs ont souligné la limite de l’autorégulation et le fait que les codes ne sont pas opposables à des tiers qui ne les ont pas signés. C’est la raison pour laquelle, les organisations de consommateurs défendent les mécanismes de protection légaux ».

Cette bataille « de bac à sable » a l’intérêt de démontrer une fois de plus que l’autorégulation et les codes de bonne conduite concoctés par les secteurs concernés n’ont souvent comme objectif que de retarder, au profit d’intérêts commerciaux, la régulation par la législation. La création d’une instance indépendante et officielle, tel un Conseil fédéral de la publicité, capable de réguler tout le secteur publicitaire, s’avère donc nécessaire et urgente.

(1) CRIOC (en flamand: OIVO):
Boulevard Paepsem, 20
1070 Bruxelles
Tél: 02/547.06.11
www.crioc.be
crioc-oivo@crioc.be

(2) JEP:
Avenue Louise, 120 Bte 5
1050 Bruxelles
Tél: 02/502.70.70
www.jepbelgium.be
info@jepbelgium.be

(3) www.web4me.be