Nos médias (N°26 / 24 octobre 2006)

Sur France Inter et sur La Première: deux émissions dépeuplées!

« Vous écoutez « Là-bas si j’y suis » et d’autres aussi dans votre coin! Alors pourquoi ne pas vous retrouver dans un bistrot sympa pour discuter de tout et refaire le monde? Pour signaler l’existence d’un repaire, indiquez à l’équipe de l’émission le nom du bistrot, celui du patron, le jour et l’heure choisie ainsi que vos coordonnées. »

Cet appel de la célèbre émission de France Inter a été entendu même par Jacques, un auditeur de Tournai, qui a convaincu Matthieu, le patron des « Amis Réunis », de transformer son café en tanière pour abriter ces discussions, chaque second jeudi du mois à 19 heures, au 89, rue St Martin. Plusieurs centaines de débits de boissons ou de restaurants dans nombre de départements français sont devenus ainsi des lieux de résistance pour l’émission de Daniel Mermet: « Les Comtes de Flandres » à Lille, « Les Chantiers de la Lune » à La Seyne sur Mer ou « Au Caveau de la Tartine » à Crest. Voilà la preuve que lorsqu’ils en ont l’occasion, les auditeurs peuvent devenir entreprenants et qu’ils savent se mobiliser pour défendre une parcelle de la liberté d’expression lorsque celle-ci est mise en danger.

Cet activisme radiophonique a été enclenché par la décision de la direction de France Inter de reléguer le démarrage de Là-bas si j’y suis de 17H à 15H, un horaire beaucoup moins favorable (on considère qu’il mène à une amputation de plus de la moitié des auditeurs acquis) alors que l’émission fédérait justement un très vaste public! Une pétition mise en ligne entre le 16 juin et le 9 juillet a reçu plus de 10.000 signatures par jour: en tout, 215.972 pendant cette période pourtant peu mobilisante de la Coupe du Monde. La direction du service public n’est cependant pas revenue sur sa décision, ce qui montre que parfois la normalisation d’une émission rebelle, peu importe si son équipe est gagnante, l’emporte sur l’intérêt audimatique.

Pour découvrir les archives de « Là-bas si j’y suis »: www.la-bas.org

Lâchage de plus de 100.000 auditeurs!

La chaîne française n’a pas le monopole de ces changements d’horaires à motivation politique! Francis Goffin, l’ancien patron de Bel-RTL recyclé directeur de la radio à la RTBF, a également fait cet été le grand nettoyage des contenus interpellants.

Sur La Première, les chroniques (im)pertinentes de Matin Première diffusées du lundi au vendredi vers 7H20 sont, depuis la rentrée, reléguées à la fin du journal parlé de 13H00. Bien entendu, beaucoup plus d’auditeurs ont la possibilité d’écouter la radio le matin que le midi: on passe allègrement d’un public potentiel de 200.000 personnes à 90.000 environ!(1)

Avec le développement du podcasting, ces problèmes d’horaires deviendront sans doute broutilles dans quelques trimestres ou années. Mise à part sans doute un élément important que devrait prendre en considération le service public: il restera toujours une masse d’auditeurs à l’écoute en se lavant les dents et parmi ceux-ci, les décideurs. Or, si pareilles rubriques concernent tous les auditeurs, il est essentiel qu’elles alimentent aussi la réflexion des responsables politiques, culturels ou économiques, un peu comme les « cartes blanches » publiées dans la presse écrite constituent des vaisseaux sanguins qui alimentent l’évolution humaniste de notre société. Or, ces décideurs, après leur toilette, ils vont travailler jusqu’au soir… Dommage que la RTBF les prive désormais des réflexions de ses chroniqueurs! Si la dotation finance tant notre service public, c’est pour que celui-ci respecte également d’autres besoins sociétaux tels que celui-ci dans ses choix éditoriaux.

Heureusement, le changement d‘horaire n’a nullement altéré la liberté de parole des chroniqueurs « extérieurs » (même si certains ont naguère travaillé à la RTBF): Paul Hermant (le lundi), Jean-Paul Marthoz (le mardi), Jean-François Dumont (le mercredi), Hugues le Paige (jeudi) et Pierre Delrock (le vendredi). Les marches en retrait programmatiques ont parfois aussi étonnamment pour conséquence d’autres avancées démocratiques, ainsi va de temps en temps l’évolution médiatique! On ne va pas bouder notre plaisir de vous rappeler que le journal parlé de 13H du samedi se conclut désormais par une rubrique « café du commerce »: Regards Croisés rassemble 3 ou 4 des chroniqueurs qui échangent, entre 13H10 et 13H35, leurs réflexions concernant les événements qui ont marqué la semaine écoulée, et souvent ils s’y livrent à une analyse pertinente de la médiatisation de ceux-ci. Des points de vue plutôt inédits qui poussent l’auditeur à une réflexion agréable et ressourcée de l’actualité tant politique que culturelle(2).

(1) La chronique culturelle a également été transférée de 7H15 vers des horaires moins fréquentés, comme si l’actualité à débattre au petit matin, ce n’était que la vie politique et économique…
(2) Sur le site www.rtbf.be, vous pouvez réecouter, dans les émissions de La Première, les JP de 13H, qui se terminent par ces différents Regards Extérieurs (du lundi au vendredi) et par Regards Croisés (le samedi).