Nos médias (N°12 / 6 juin 2006)

« Libé » induit en erreur ses lecteurs étrangers

Quatre pages du « Libé » publié le vendredi 12 mai sont consacrées à la présentation du nouveau supplément hebdomadaire « Ecrans » de 48 pages en couleurs à paraître dès le lendemain. Elles sont intitulées « Demain, vous allez lire ce que vous allez voir ». Le lendemain… ils ne verront rien, les nombreux lecteurs belges. En effet, le nouveau-né ne franchira pas nos frontières, ni pour les abonnés, ni pour la distribution en librairie, avant la fin des prochaines grandes vacances! À ce moment-là, le prix du quotidien sera majoré le week-end de 1,2 à 2 euros, tant en France que chez nous et alors seulement, nous pourrons enfin découvrir ce supplément.

Pour le moment, il s’agit d’une « offre spéciale de lancement » qui permet à « Ecrans » de ne pas être facturé au public français mais cet avantage n’est pas prévu pour les autres lecteurs. Jean René Aucouturier, du Service abonnements de « Libé », nous explique: « Les frais de distribution à l’étranger sont trop importants pour pouvoir être absorbés dans le cadre d’une diffusion gracieuse ».

La presse écrite est bien entendu libre de mener la politique éditoriale qu’elle souhaite mais à condition de respecter ses usagers, ce qui n’est pas le cas ici. En effet, en couverture, chaque samedi depuis le 13 mai, apparaît un bandeau indiquant aux lecteurs français et étrangers:  » Avec ce numéro, notre hebdo Ecrans ».

Mr Aucouturier n’a pas répondu à cette remarque: « Il convient au minimum que les annonces en couvertures ne soient pas trompeuses. Pourquoi ne pas y mentionner explicitement que ce supplément n’est disponible qu’en France métropolitaine? »

J’ai donc contacté le Centre Européen des Consommateurs(1) pour découvrir nos droits de lecteurs : « De manière générale, les biens (dont les biens culturels) vendus en Belgique sont soumis à la législation belge. D’autre part, la directive sur les pratiques de commerce déloyales a été adoptée le 11 mai 2005 par le Parlement européen. Elle doit être transposée dans tous les pays membres endéans un délai de deux ans et demi, ce qui n’est pas encore le cas chez nous. Actuellement, en Belgique, la publicité trompeuse est régie par l’article 23 de la loi sur les pratiques du commerce. Est interdite toute publicité qui comporte des affirmations ou indications susceptibles d’induire en erreur sur l’identité, la nature, la composition, l’origine, la quantité,… d’un produit. Toute information reprise dans une publicité est contraignante pour les différentes parties concernées. Ainsi, si la publicité émise dans un pays x indique que le bien fait l’objet d’une promotion et que cette publicité ne se limite pas à certains pays, le consommateur achetant le bien dans ce pays x a le droit de bénéficier de cette promotion. Les consommateurs ne peuvent être induits en erreur par les informations qui concernent les promotions. Dans le cas que vous soulevez, nous conseillons aux consommateurs de prendre contact avec « Libération » afin d’avoir des explications et de demander une compensation pour le préjudice subi. S’ils n’obtiennent pas gain de cause, le CEC peut soutenir leur demande et tenter de trouver une solution à l’amiable ».

Les lecteurs belges de « Libé » savent ainsi comment tenter de se faire respecter.

Il faut signaler que nombre d’autres journaux français agissent d’une manière analogue, c’est pourquoi une régulation globale de cette problématique devrait être initiée par nos associations de consommateurs.

Le 29 mai, « Libé » aggrave son cas en remettant le couvert: toujours annoncé en couverture, un hors-série gratuit de 40 pages « Pourquoi la hausse du pétrole est une chance pour bouger notre monde » n’a pas disponible aux lecteurs belges, à l’inverse de ce qui se passait autrefois pour des initiatives analogues.

Comme « Ecrans » n’est toujours pas disponible chez nous, je n’ai pu résister de proposer pour illustrer cette chronique la couverture d’un autre supplément également de 48 pages diffusé le samedi par « Libé »! Dans les années ’80, « Sandwich » publiait les annonces des lecteurs , alors gratuites et pas limitées en nombre de signes: Chéri(e)s, Mariages blancs, En route, Coopératives, Communautés, Gri-gri, Taulard(e)s, Meubles, Fringues, 2 roues, Musiciens, etc.

(1) info@cecbelgique.be