De larges extraits de cette lettre sont parus dans l’hebdomadaire « Le Vif/L’Express » du 28 avril 2006

Une proposition concrète, à la mémoire de Joe

Puisse au moins l’assassinat de Joe dans le hall de la gare centrale par des adolescents faire naître une évolution positive et concrète dans notre environnement médiatique.

Est-ce le cas ici? Attendons que les coupables soient retrouvés et jugés… Mais l’une des causes de ce drame peut provenir d’un relâchement dans l’éducation des jeunes criminels et, peut-être, du fait que leurs parents n’ont pas eu la possibilité de se former à leur tâche d’éducation.

Il existe un outil pour commencer à enrayer pareille situation. Que les médias publics remplissent au moins des missions de formation destinées aux pères et mères souhaitant apprendre à exercer leurs responsabilités! Si les initiatives de prévention à la violence mais aussi à l’endettement ou à l’obésité y étaient expliquées et analysées de manière critique, quelle rentabilisation des « politiques » menées par la Communauté française ou notre Etat fédéral!

Les auteurs de la pétition diffusée actuellement et intitulée « Un autre traitement pour l’éducation »(1) constatent que leur thématique est bien moins traitée que l’habitat, la météo ou les questions d’argent, alors qu’elle est diversifiée et concerne un vaste public: « Éducation physique, artistique ou sexuelle… Des familles aux mouvements de jeunesse, des écoles aux plaines de jeux. Que de terrains à investiguer! Que d’acteurs mobilisés et passionnés! ». La politique éducative mérite mieux qu’un feuilleton sensationnaliste dans les JT, lorsqu’une irruption de violence embrase une école.

Cette revendication concrète s’est affirmée alors que les parlementaires préparent actuellement les obligation que devra appliquer la RTBF de 2007 à 2012. Peu d’entre eux semblent actuellement s’intéresser à cette proposition.

Or, il me semble qu’avec la ministre de l’audiovisuel, ils se doivent de définir régulièrement l’évolution de nos besoins sociétaux et d’y adapter les contenus éditoriaux de la RTBF car si on laisse les coudées franches à la direction de cette dernière, on voit bien qu’elle préfère miser au prime time (et sur la Une plutôt que sur la Deux si peu regardée) sur des clones des chaînes privées: « C’est du belge », « Femmes de cristal », etc.

La situation est récurrente. Il faut absolument rappeler ici que pendant trois ans, la direction de la RTBF refusa de prendre en compte la demande de créer un journal télévisé des enfants dans la foulée de l’affaire Dutroux et consorts (les enfants étant obligés de découvrir ces dossiers horribles dans les JT des adultes), lui préférant la mise sur orbite d’un JT du matin, projet qui aurait favorisé l’accroissement de la présence publicitaire dès l’ouverture de l’antenne. Poussé par le secteur associatif, le gouvernement a finalement inscrit cette exigence dans le contrat de gestion, ce qui a permis la naissance des « Niouzz », l’un des fleurons ertébéens. Il en sera de même pour « Qu’en Dites-Vous? », l’émission de médiation naguère présentée par J.J.Jespers, ou « Ça bouge », l’agenda associatif.

Il convient donc à nos élus, en hommage à Joe dont la mort a pris par sa large médiatisation valeur de symbole, d’imprimer concrètement dans le texte du contrat de gestion la volonté des auteurs de la pétition « Un autre traitement pour l’éducation ».(2)

> Voir également à ce sujet l’article « Impulser de nouveaux programmes publics« .

(1) Cgé, Le Grain, Ligue de l’Enseignement et de l’Éducation Permanente, La Ligue des Familles.
(2) Pétition en ligne.