Rebondissements à propos de la « règle des 5 minutes »

La ministre de l’audiovisuel Fadila Laanan a annoncé au Soir, le 21 mars 2006: « Il n’est pas impossible que nous revoyons notre position », à propos de sa volonté de supprimer la « règle des 5 minutes » qui interdit la présence de la publicité durant les cinq minutes qui précèdent ou qui suivent les émissions pour enfants à la RTBF.

C’est la conséquence de trois événements: la diffusion de ma précédente newsletter « spéciale », la présentation du communiqué de presse de « Respire » intitulé « Quand la politique détourne le travail des savants au profit des marchands » ainsi que la publication de l’article de « Vers l’Avenir » qui annonçait que Joëlle Milquet avait décidé que le CDH prenait position pour le maintien de cette règle.

Philippot s’entête

S’ensuit, deux jours après, dans La Libre Belgique, le 23 mars 2006, de la réaction immédiate de l’administrateur général de la RTBF, Jean-Paul Philippot, qui continue à s’opposer au maintien de cette règle qui n’est, selon lui, qu’une affaire de « bonne conscience ». Il préfère opter pour du décryptage de la publicité.

Alors, on protège comment les enfants qui regardent « Les Niouzz » ou « Bla Bla »? En y replaçant quelques spots pour de succulents hamburgers financés par des publicitaires qui croient en l’efficacité de leur marketing?

Bien entendu, le maintien de la règle des 5 minutes et le décryptage de la pub sont complémentaires.

De plus, Jean-Paul Philippot ne précise pas ce qu’il entend par décryptage. Ira-t-il jusqu’à analyser de manière critique les campagnes des grands annonceurs du Service public? On sait qu’en ce qui concerne les émissions de médiation de la RTBF, il les a transformées en outils de communication, y chassant du plateau les téléspectateurs, pour les y remplacer par des spécialistes dont des représentants du monde publicitaire…

Bon père de famille?

Dur de s’opposer à « la règle des 5 minutes » quand on ne peut plus affirmer que la scientifique Claude Pécheux la trouve inefficace (voir, ci-dessus, le communiqué de « Respire »)! Est-ce pour cette raison que l’administrateur général, dans l’interview du Soir, se sent obligé de parler de sa vie privée: « Comme père de deux jeunes enfants, cette question me préoccupe »?

Nous préférions que ce sujet, il le traite simplement en tant que patron responsable d’un vrai service public. Est-ce possible? C’est ce même « père de famille » qui a, naguère, laissé la RTBF changer l’horaire de « Bla Bla » afin que ladite émission pour enfants soit diffusée à une heure où ceux-ci étaient encore à l’école ou sur le chemin de retour à la maison! Diffuser un programme quand son public potentiel n’est pas à l’écoute, c’est une faute professionnelle non négligeable! Il a fallu une réaction très vive des associations et de la presse écrite pour qu’un horaire plus favorable soit enfin réattribué.

Quelques points utiles à préciser

Dans Le Soir du 24 mars 2006, Jean-Paul Philippot propose que cette rubrique « décryptage de la pub » soit diffusée, une fois par semaine, dans « Les Niouzz ». Donc, dans le même créneaux que celui où se concrétise actuellement la règle des 5 minutes… Contradictoire, non? Dans quelques années, ne va-t-il pas, dès lors, remettre en question ce « décryptage », car il ne toucherait pas les enfants qui regardent nombre d’autres émissions « tous publics » comme le JT des adultes?

Aura-t-il, en plus, le toupet de demander à tel ou tel ministère de subsidier (en plus de la dotation) cette séquence, comme c’est déjà le cas pour la rubrique quotidienne sur l’environnement, également dans « Les Niouzz »?

Que je sache, « Les Niouzz » sont une émission d’information. L’attitude qui consiste à lui imposer une rubrique constitue donc une (nouvelle) ingérence inadmissible de la direction dans le travail de ses journalistes.

Enfin, l’arrivée de la règle des 5 minutes avait été durement négociée lors de l’élaboration du contrat de gestion qui est en cours actuellement. En échange, la RTBF avait conquis le fait de pouvoir introduire des pauses publicitaires dans ses émissions sportives. Si l’on supprimait la règle des 5 minutes, remettrait-on en question les coupures sportives? Le téléspectateur sera-t-il l’éternel dupé?

Empêcher le débat démocratique

Nous demandons la tenue d’un débat contradictoire sur la « règle des 5 minutes », à diffuser en direct en télé, sur la Une, à une heure de grande écoute. Pour le moment, la direction de la RTBF confisque à ses usagers la programmation de ce sujet de société. Elle a déclaré en effet que le lieu où se déroule le débat sur son contrat de gestion est le Parlement: « Dans ce contexte, la RTBF entend respecter une stricte neutralité et ne privilégier aucun point de vue ».

À l’inverse de ce qui s’était passé lors de l’élaboration du précédent contrat de gestion, les usagers du service public n’ont donc droit jusqu’à présent à aucun débat contradictoire sur ce qui est tout de même un sujet de société important les concernant.

Comme l’expliquait le « Journal du Mardi », le 14 mars 2006: « Curieusement, alors que le public est à la fois le destinataire de l’activité de la RTBF et son contribuable, rien n’est fait pour le consulter ou lancer un débat public. Seul est donc pris en compte l’indice de satisfaction… des annonceurs, c’est à dire l’audimat. Inadmissible! »

Que la presse écrite réagisse

Pour le moment, la presse écrite donne la parole tantôt à Mr Philippot, tantôt à Mme Laanan.

Puisque la RTBF verrouille le débat sur ses antennes, il serait sain que la presse écrite tente de rééquilibrer l’information à laquelle le public a droit.

Pourquoi, comme pour tout autre débat de société qui interpelle ses lecteurs, ne proposerait-elle pas une table ronde des directions de partis? Quand donc entendra-t-on se répondre sur ce sujet Elio di Rupo (PS) et ses confrères CDH, MR et Ecolo?

Les journaux ne pourraient-ils consacrer également des éditoriaux à cette thématique?

Pourquoi, actuellement, ne font-ils pas réagir aux propos de la ministre et de l’administrateur général de la RTBF, les très nombreux acteurs de la société civile qui s’opposent à la suppression de ladite règle?

Lors des auditions parlementaires, Il fut souvent question de la règle des cinq minutes. De nombreux représentants de la société civile y ont revendiqué son maintien. Ce 22 mars 2006, Jean-Jacques Jespers, en tant que président de la section de journalisme de l’ULB, y a noté que l’opposition au maintien de cette règle n’émane que du « milieu » qui y trouve son intérêt: « Moi, je trouve qu’il ne faudrait pas de publicité aumoins durant les trente minutes qui précèdent et suivent les émissions pour enfants ».

> Signez et diffusez la pétition du RAP pour le maintien de la règle des 5 minutes.