N°81 | Fausse note pour le Conseil de la musique

Le Ligueur du 18 mai 2005

Ce qui différencie la RTBF des chaînes privées, c’est le fait que les auditeurs et les téléspectateurs peuvent en influencer l’évolution, et pas uniquement en gonflant ou en ratatinant son audimat!

Tous les cinq ans, un nouveau contrat de gestion est négocié entre la direction du service public et le gouvernement de la Communauté française. Des émissions ou des « pratiques » peuvent ainsi être instaurées ou supprimées, voire mieux définies.

Par exemple, le contrat de gestion en vigueur actuellement a précisé les modalités naguère trop floues du traitement du courrier des usagers: la RTBF doit répondre « de manière circonstanciée » endéans les trente jours ouvrable. Fini donc, ces simples accusés de réception envoyés après plusieurs mois d’attente! Mais la règle ne s’applique qu’aux plaintes et aux demandes d’information: le service public peut donc s’abstenir de répondre à de simples avis du public. Peut-être qu’il faudrait, dans le prochain contrat de gestion, généraliser la règle actuelle à tout le courrier…

Il est utile que le public fasse part, sur ce thème et bien d’autres, de ses réflexions au monde politique. Par le passé, celui-ci a prouvé qu’il était à l’écoute et pouvait convaincre la RTBF de mettre en chantier même des émissions qu’elle ne considérait pas comme prioritaires: par exemple, les « Niouzz », le JT des enfants, auquel elle aurait préféré la création du journal télévisé du matin.

Revendiquer maintenant

Le contrat de gestion actuel est entré en application en janvier 2002. Son élaboration s’échelonna sur près d’un an: auditions au parlement des différents acteurs (direction de la RTBF, représentants de son personnel et acteurs de la société civile); élaboration d’un premier projet par les parlementaires; préparation sur base de celui-ci de la copie du Ministre de l’audiovisuel qui fut négociée avec le diffuseur avant d’être finalisée par le Gouvernement.

Depuis le début de ce printemps, éclosent des revendications qui concernent déjà le futur contrat de 2007.

Par exemple, lors d’une séance des Etats généraux de la culture au Théâtre Varia, le 16 avril dernier, il fut suggéré, en présence de la Ministre Fadila Laanan, que la RTBF respecte davantage les intérêts des sourds et malentendants: multiplier les sous-titrages d’émissions, remettre à l’antenne la mensuelle « Tu vois ce que je veux dire » supprimée depuis plusieurs années, changer l’horaire (9H30) de la rediffusion en langue des signes des « Niouzz » que la plupart des enfants ne peuvent suivre, étants à l’école à cette heure-là!

Les représentants de la RTBF font également valoir leurs désidérata. Certains souhaiteraient que l’on supprime la règle qui interdit au service public de diffuser de la publicité durant les cinq minutes qui précèdent ou suivent les émissions des enfants, sous prétexte que les autres chaînes de la Communauté française ne doivent pas l’appliquer. « Une règle un peu hypocrite » lança Yves Gérard, le représentant de la régie publicitaire ertébéenne lors du colloque d’Ethopia au Parlement de la Communauté française, ce 20 avril. Et pourquoi ne pas demander plutôt à nos parlementaires d’élargir cette règle à nos chaînes privées, comme cela se passe en Flandres?

Condamné par le CSA

Ce début d’effervescence coïncide avec une décision spectaculaire du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel(1) : celui-ci vient de condamner la RTBF à diffuser à trois reprise avant ses journaux télévisés de 19H30 et parlés de 8H, ainsi qu’à afficher pendant 48 heures sur la page d’accueil de son site internet, un communiqué expliquant comment plusieurs obligations de son contrat de gestion n’avaient pas été respectées durant l’exercice 2003. Le public attentif aura remarqué que, pour l’exercice de 2004 qui sera jugé dans un an par l’organe de régulation, certaines de ces irrégularités se sont poursuivies. Etonnant de la part d’un service public dont le budget est alimenté aux 3/4 par la dotation!

Hypnotisée par les rentrées publicitaires

Deux poids, deux mesures? La direction de la RTBF offre des moyens conséquents et des mises à l’antenne dans des créneaux porteurs à des émissions qui ne sont pas prévues de manière précise dans ses obligations: « C’est du belge », « Une brique dans le ventre » ou des jeux comme « 60 secondes », etc. Par contre, elle fait l’impasse sur certaines obligations pourtant formulées minutieusement. Par exemple: « …Tant en radio qu’en télévision, une soirée thématique annuelle consacrée à l’éducation aux médias ».

En supprimant deux émissions prisées par le public, « Autant savoir » et « Cartes sur table », la RTBF ignore depuis plus d’un an déjà son obligation de produire régulièrement en télévision des émissions d’information des consommateurs.

L’une des nouveauté de son actuel contrat de gestion était la création d’un agenda associatif: il lui faudra plus de deux ans pour mettre à l’antenne « Ça bouge »… avec des moyens financiers dérisoires!

Hélas! Cette attitude est logique. Puisque l’octroi de la dotation semble assuré une fois pour toutes, Il est tentant pour la direction de la RTBF d’orienter l’essentiel de ses efforts vers la conquête des apports publicitaires manquants: elle ne moissonne, en effet, jusqu’à présent que 23% des 25% admissibles par rapport à son budget global. Elle donne donc la priorité à des programmes davantage en harmonie avec des cibles du public particulièrement prisées par les publicitaires.

Cette logique gestionnaire doit être remise en question, dès lors que le contrat de gestion n’est pas respecté. Il faudrait que le CSA, en cas de récidive, inflige des amendes dissuasives. Pour tirer les leçons de la situation actuelle, il convient également que le Gouvernement précise davantage les obligations du Service public: en estimant l’importance des budgets à allouer à telle ou telle mission, en précisant des créneaux-horaires de diffusion, etc.

Pourquoi le contrat de gestion de 2007 n’inviterait-il pas la RTBF à rapatrier, entre 16H20 et 18H30, les émissions destinées aux enfants et aux ados sur La Une? Cette chaîne est, en effet, captable partout en Communauté française à l’inverse de La Deux. Il suffirait de faire basculer sur cette dernière les feuilletons « Magnum » et « Brigade des mers » dont la programmation est moins prioritaire pour un service public qui veut réellement se différencier des diffuseurs privés!

Bien entendu, pareilles évolutions ne peuvent s’envisager que si les responsables politiques sont alertés et soutenus par les téléspectateurs et le monde associatif. Il n’était donc sans doute pas inutile d’indiquer à ceux-ci que c’est dès maintenant que se prépare l’avenir de « notre » RTBF(2).

(1) Voir décision du 13 avril 2005 sur www.csa.be
(2) Les textes de l’actuel contrat de gestion de la RTBF et des autres réglementations de l’audiovisuel en Communauté française sont publiés dans « Le CSA, je veux savoir » (Editions Luc Pire – 10 euros).