N°80 | Fausse note pour le Conseil de la musique

Le Ligueur du 13 avril 2005

Plusieurs jours avant le déroulement d’un spectacle, intervient un changement significatif de la programmation. Que faire quand son producteur n’en avertit pas les spectateurs qui achètent leur ticket le soir même de la représentation, à l’entrée de la salle?

Les noms et la photo du duo furent placés en première ligne sur le dépliant qui présentait la bonne dizaine d’artistes qui participaient aux « Nocturnes caustiques » produites du 25 au 27 novembre dernier par le Conseil de la Musique. Il s’agissait de Frédéric Jannin et Stéfan Liberski qui offriraient « un best-of frais et spontané », eux qui « des Snuls à J.A.A.D.T.O.L.Y., ont eu plus d’une fois l’occasion de pousser la chansonnette: « Hazewee à Laeken » ou « Avec »sur un sample du grand Jacques… ».

Hélas, le soir de la représentation Liberski brillera par son absence. On peut comprendre qu’un artiste soit malade ou, éventuellement, qu’il ait raté son train mais, dans le cas présent, la raison divulguée sur scène en toute fin de soirée, est volontariste: « Stefan Liberski n’est pas là parce qu’il fait un film et qu’il est très occupé ».

Absence totale de dialogue

L’organisateur n’a pas été pris de court puisqu’il a eu le temps de prévoir un spectacle de remplacement. Dès lors, pourquoi l’information de cette évolution n’a-t-elle pas été au moins proposée aux spectateurs qui payaient leur place le soir-même de la représentation, à l’accueil de la Maison des Musiques? Le 30 novembre 2004, l’un d’entre-eux envoya une demande de remboursement, qui restera sans réponse de la part du producteur, de même que son rappel daté du 10 janvier 2005. Le spectateur demandera alors à l’avocat Luc Detremmerie d’adresser, le 16 février 2005, une nouvelle missive avec menace de mise en demeure. Sur le compte de ce dernier, sera finalement versée, le 2 mars 2005, une somme de 7,30 euros émanant du Conseil de la Musique. En communication: « + 0,30 centimes intérêts ».

Mais le Président du Conseil de la Musique ne prendra pas la peine de répondre à aucun de ces courriers qui lui demandaient, en outre, de manière constructive de se positionner par rapport à cette problématique: faut-il oui ou non tenter d’avertir, et de quelle manière, le public en cas d’évolution d’une programmation?

C’est regrettable car l’organe qu’il représente joue un rôle important dans la vie culturelle grâce à une subvention annuelle de 811.000 euros(1): depuis 1981, le Conseil de la Musique a pour objet de partager et promouvoir la vitalité du monde musical en Wallonie et à Bruxelles.

Le mot « Musique » de cette appellation ne devrait-il pas indiquer que ce Conseil doit être attentif aux intérêts non seulement des musiciens et de leurs producteurs mais également du public?

Le Code d’éthique s’élabore

Le Ligueur a été entendu(2): depuis le 15 mars dernier, le Ministère de la Communauté française a créé un groupe de travail chargé d’élaborer un Code de bonne conduite en faveur des usagers culturels. Une première mouture de ce texte devrait être présentée à la Ministre de la culture Fadila Laanan, dès l’automne prochain. Ce code devrait être appliqué par les organisateurs d’activités subsidiées et on peut espérer que sa popularité aura pour conséquence l’alignement progressif du secteur privé sur l’initiative publique. Participent à son élaboration des représentants des usagers (Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs, Conseil supérieur de l’éducation permanente, Conseil de la Jeunesse, etc.) des créateurs (Fédération des professionnels des arts de la scène, Conseil bruxellois des musées, Association des programmateurs professionnels, Association professionnelle des bibliothécaires et des documentalistes, etc.) ainsi qu’un représentant de l’administration de la Culture, Mr Olivier Mahy.

Bien entendu, c’est notamment à partir de plaintes du public que vont s’élaborer les propositions(3).

Ainsi, l’exemple du spectacle sans la présence de Stefan Liberski. Celui-ci mène à une quadruple interrogation.

Quand faut-il rembourser un spectateur? La réponse est complexe car on ne peut évidemment pas traiter un spectacle vivant comme un simple produit surgelé. Faut-il être aussi exigeant s’il y a remplacement d’un soliste ou d’un musicien dans un orchestre? Et que penser d’un artiste qui n’effectuerait pas une prestation parce qu’il préfèrerait participer à un show télévisé, ce qui est de plus en plus fréquent? Est-il admissible que, dans ce cas-là, le spectacle soit reporté? Le découvrir six mois plus tard, alors qu’on a reçu un ticket comme cadeau d’anniversaire, n’est guère agréable pour l’usager!

Certains textes imprimés aux dos de tickets sont léoniens. Pourquoi ne pas exiger leur suppression? Par exemple: « La Direction peut être amenée à modifier les programmes ou les distributions. Dans ce cas, les billets ne seront ni échangés, ni remboursés ».Ou « Si le spectacle doit être interrompu au-delà de la moitié de sa durée, le présent billet ne sera pas remboursé ». Le public devrait ainsi se satisfaire de découvrir une œuvre qu’il n’a pas choisi de voir ou de ne pas connaître la fin de l’intrigue…

Pourquoi ne pas proposer l’inscription dans le Code d’une obligation pour les organisateurs à informer clairement leur public des évolutions de leur programme le plus tôt possible et, de préférence, avant l’achat des tickets?

Il est anormal qu’un organisateur culturel ne réponde pas à la plainte d’un usager. Or, le cas du Conseil de la Musique n’est pas isolé. Le recours à une lettre rédigée par un avocat après plusieurs courriers restés sans réponse fut également nécessaire pour le remboursement d’une entrée à l’exposition Rubens qui s’était tenue à l’Hôtel de Ville de Bruxelles(4). Il conviendrait donc d’adapter au secteur culturel l’obligation prévue dans le contrat de gestion de la RTBF: celle-ci doit, en effet, répondre aux plaintes de public « de manière circonstanciée » endéans les trente jours ouvrables.

Rendez-vous, le 16 avril!

De l’élaboration de ce Code et de la manière dont le public est traité par les interlocuteurs culturels, il pourra en être question dans le séance des Etats Généraux de la Culture intitulée « Rapport au public ». Celle-ci se déroulera le samedi 16 avril prochain en présence de la Ministre Laanan. Chacun pourra s‘y exprimer et l’entrée est gratuite. Espérons que de nombreux « consommateurs » ou « usagers » de salles de concerts, de musées, de bibliothèques, de salles de cinéma ou de centres culturels participeront à cette rencontre, même si, au moment de boucler l’écriture de cet article, le cabinet de la Ministre de la culture était encore incapable de donner l’horaire et la localisation de cette rencontre! Qu’on ne vienne pas dire après que le public ne se mobilise pas… Pour découvrir ces renseignements manquants, contactez le (02) 213.17.13 ou reporte-vous au site des Etats Généraux de la Culture (où vous pouvez également envoyer vos contributions écrites ): www.forumculture.be

(1) Selon Le Soir, 11/02/2005.
(2) Dès le 3 mars 2004, nous avions publié une chronique (N°60) intitulée « Pour un Code de Bonne Conduite ».
(3) Vous pouvez faire parvenir vos réflexions à la rédaction du Ligueur (rubrique « À l’écoute des usagers du temps libre ») au 127, rue du Trône à 1050 Bruxelles.
(4) Voir chronique N°12, « L’obstination paie… 6 euros », Le Ligueur du 20/11/2002.