N°77 | Vos témoignages, pour « lister » les dérugulations

Le Ligueur du 22 décembre 2004

Dans un dossier que Libération consacrait le 8 juillet 2000 à l’évolution de la manière dont le public gère ses loisirs, ses activités culturelles ou ses vacances, le sociologue André Rauch(1) expliquait que l’école devait apprendre aux enfants à occuper leur temps libre: « C’est devenu l’une de ses missions. Les programmes sont orientés vers l’entrée dans le monde de la production. Or, la question qui se pose aujourd’hui n’est plus celle-là. C’est l’entrée dans la culture des loisirs ».

Cette opinion tranchée peut susciter débat et a le mérite de montrer clairement l’importance que revêt désormais l’éducation au « temps libre » dans cette société où les wallons regardent la télévision davantage que les flamands et plus de trois heures par jour, où les jeunes consacrent plus de temps à leurs jeux vidéos, à internet et aux autres médias qu’à l’enseignement traditionnel.

Cultures et médias constituent notre première lucarne sur le monde jusqu’à la fin de notre vie. Il convient donc d’être très attentif à ce que leur gestion ne s’élabore pas uniquement en fonction d’intérêts strictement économiques. Notre droit au dialogue ou à la découverte de la diversité ne vaudrait plus tripette!

Pourtant, le contre-pouvoir qui pourrait modérer les appétits des producteurs et diffuseurs est quasi inexistant: point d’associations d’usagers des médias, des salles de cinéma, des disquaires, etc.

Que le politique régule!

Sans réglementation stricte, c’est la loi du plus fort qui règne. Un exemple: la location pour certains spectacles commence de plus en plus tôt, ce qui permet à leurs organisateurs d’engranger davantage d’intérêts bancaires pour des milliers et des milliers de places ainsi vendues! En moins d’une quinzaine d’années, on est passé de six mois pour des concerts de Michel Sardou ou Frédéric François à treize mois pour les récents tours de chants des 80 ans de Charles Aznavour. Concurrence déloyale? Autant de temps à l’avance disqualifie les « petites salles » qui organisent plus tardivement leur programmation. Si vous aviez eu le choix, vous auriez peut-être opté pour tel autre spectacle qui vous intéressait, à l’accès moins onéreux et qui se déroulait dans une petite salle située près de chez vous!

Il convient donc que les « simples » usagers et que des mouvements tels que La Ligue des Familles indiquent clairement au pouvoir politique qu’il doit arbitrer et créer des balises afin que la diversité culturelle et l’honnêteté médiatique soient mieux respectées. Au minimum, que nos droits existants déjà dans le secteur global de la consommation soient simplement adaptés à ces autres domaines dotés, soit-disant, d’un supplément d’âme. Voyons la publicité des prix: est-il normal que les affiches des spectacles ou des expositions ne les mentionnent plus systématiquement! Pire: un appel surtaxé (0900, par exemple) en tient lieu, ce qui fait que la connaissance du prix… devient, elle-même, un « produit » qui se vend! Ainsi, s’évapore la possibilité du public à pouvoir comparer les prix, acte qui serait bien sûr également utile aux organisateurs qui ont le courage d’appliquer des politiques tarifaires démocratiques.

Avant de remporter des avancées pour les usagers au fédéral, il convient de s’impliquer au niveau de la communauté française. Au cours des Etats généraux de la Culture organisées par la Ministre Fadila Laanan jusqu’en juin prochain, on nous donne la parole. Prenons-la pour demander qu’au moins les organisateurs qui reçoivent un subside soient désormais obligés d’appliquer un « code de bonnes conduites » pour mieux respecter leur public.

Informer les autorités publiques de dysfonctionnements et proposer des évolutions pour « le bien commun » s’avère une manière précieuse de s’impliquer dans l’élaboration de ce code. Ainsi, une lectrice du Ligueur nous écrivait récemment que le public perdait sa possibilité de recevoir des réductions lorsqu’il achetait ses places par internet au Cirque Royal de Bruxelles. Habitant en province, elle avait utilisé cette façon de réserver et, pour sa fillette de 4 ans, elle avait dû payer 55,50 euros pour découvrir « La flûte enchantée » interprétée par la troupe de Béjart. Les réductions qui sont un acquis social sont souvent remis en question. Nous nous sommes déjà fait l’écho que les responsables du nouveau « chèque accès culture Sabam » ont demandé aux organisateurs locaux « d’appliquer toujours le tarif hors réduction » lors des paiements (2). Nous exigerons donc qu’un chapitre du futur « code » traite cette thématique du respect sans discrimination du droit aux réductions décidées.

La Ligue des Familles transmettra donc aux Etats généraux de la Culture les plaintes concrètes et les propositions de solution de ses membres à propos des dysfonctionnements rencontrés dans les domaines culturels et médiatiques en Communauté française.

Où témoigner?

Voici les coordonnées de ce « bureau de plaintes culture/média » où vous pouvez désormais nous communiquer vos témoignages, si possibles courts, précis, argumentés et étayés de preuves. Nous n’apporterons pas de solution concrète aux cas proposés mais leur présentation pourra contribuer à l’élaboration concrète du code de bonnes conduite.

Le Ligueur
Rubrique « À l’écoute des usagers du temps libre »
Rue du Trône, 127
1050 Bruxelles
> E-mail: bernard.hennebert@consoloisirs.be

(1) Auteur de « Vacances en France, de 1830 à nos jours » Hachette, 1996.
(2) Voir chronique 74 du 23 juin 2004.