N°76 | Bientôt, une commission paritaire?

Le Ligueur du 24 novembre 2004

Les droits des usagers culturels? Un enjeu pour les prochains Etats Généraux de la Culture qui devraient se conclure au début de l’été 2005.

Henry Ingberg, le Secrétaire général de la Communauté française, nous avait déclaré que l’autorité publique n’avait pas pris en compte de manière assez systématique le véritable enjeu que constitue le rapport à l’usager dans le domaine des loisirs(1). C’est pourquoi il était prêt à demander à l’actuel Gouvernement la création d’une commission paritaire qui serait chargée d’identifier les « pratiques » qui peuvent fâcher le public dans le domaine culturel.

Celles-ci sont multiples: son tonitruent des publicités dans les salles de cinéma, verrouillage des CD, disparition de la mention des prix sur les affiches culturelles, recours aux si chers « 0900 » pour les réservations, etc.

Collecter les témoignages

Mr Ingberg prônait une implication plus forte du secteur associatif. Marc Vandercammen l’a entendu. Le Directeur général du CRIOC (Centre de Recherche et d’Information des Organisations de Consommation) affirme être prêt à soutenir « la revendication d’une reconnaissance structurelle des problèmes que peuvent rencontrer les consommateurs dans leurs activités culturelles et de loisirs ». Pour régler les litiges dans ce domaine, il soutient la proposition préconisée par le Secrétaire général: « Rodée dans d’autres secteurs, la pratique des commissions paritaires a montré qu’elle peut jouer un double rôle: régler certains problèmes ponctuels et collecter les témoignages de dysfonctionnement ».

Pareil « bureau de plaintes » permettrait effectivement d’évaluer la situation dans un domaine où les dysfonctionnements sont peu apparents, les usagers n’étant pas prêts à engager des frais d’avocat pour se faire rembourser le prix d’une place de cinéma, d’un ticket de concert ou d’un DVD!

Enfin, Mr Vandercammen considère que les organisations de consommateurs ont un rôle à jouer: « …Elles se tiennent à la disposition des responsables de l’Administration de la Communauté Française ainsi que de la Ministre Fadila Laanan ». La nouvelle Ministre de la Culture prépare actuellement ses « Etats Généraux » qui devraient redéfinir, d’ici le début de l’été, les priorités de la gestion des affaires culturelles en Communauté française: la place de l’artiste dans la société, le socle des services culturels à offrir, etc. Et pourquoi pas, le rôle des usagers en tant que contre-pouvoir, garant de la diversité, dans un secteur qui s’industrialise toujours davantage?

(1) Chronique 74, Le Ligueur du 23 juin 2004

D’autres « suivis »

Le mois dernier, nous constations que les Fnac belges n’avaient pas encore adopté les nouvelles bornes qui permettent d’écouter, grâce aux codes barre, les 30 premières secondes de tous les morceaux de la plupart des CD exposés dans les rayonnages (Chronique 75, Le Ligueur du 27 octobre 2004).

Suite à cette parution, Patrick Salomon, Directeur général de la Fnac Belgium, nous a annoncé que ce nouveau type d’écoute « code barre » sera opérationnel dès septembre 2005.

Remplacera-t-il ou sera-t-il complémentaire de l’écoute à la demande qui existe actuellement et qui permet à cinq clients simultanément de découvrir à un comptoir de plus larges extraits des CD de leur choix? Pour Mr Salomon, cette « écoute » remporte actuellement beaucoup de succès et serait bien entendu complémentaire à l’écoute « code barre » mais il n’a pas encore tranché pour son maintien ou non.

Un dimanche par mois

Elle trace aussi son chemin, la proposition d’instaurer la gratuité du premier dimanche du mois dans tous les musées belges avec la mise en évidence, mois après mois, d’une œuvre différente « afin de conforter la curiosité du public et l’intérêt des médias » (Chronique 58, Le Ligueur du 18 février 2004).

Concernant les musées fédéraux, le Ministre Verwilghen devra bientôt répondre à une question du Sénateur Jean-François Istasse. Ce dernier a également écrit une proposition de résolution en ce sens qui est actuellement étudiée par le Parlement de la Communauté française.

Fadila Laanen, la Ministre de la Culture, nous écrivait, le 8 octobre dernier: « …La déclaration gouvernementale a inscrit dans ses priorités l’accès gratuit dans les musées soutenus par la Communauté française. Mais ce n’est pas tout. Il est important de garantir au plus grand nombre un accès à la culture, ce qui se fait également dans d’autres secteurs, notamment par l’action d’Article 27. Je consulterai le secteur des musées et les associations d’usagers pour mettre au point une proposition satisfaisante pour tous. Cette proposition sera concertée avec les autres niveaux de pouvoir de manière à asseoir une politique cohérente ».

Et les musées communaux? Le 30 septembre, une centaine d’habitants ont assisté à une interpellation au conseil communal d’Ixelles dont l’échevine de la culture, Sylvie Foucart, a annoncé une étude de faisabilité à mener sans tarder et la constitution d’un comité consultatif des usagers de musées. Près d’un mois plus tard, c’est le Conseil Communal de Verviers qui opta, le 25 octobre, pour que la gratuité du 1er dimanche s’applique au Centre touristique de la laine et de la mode ainsi qu’à l’Espace Bonvoisin. À Louvain-la-Neuve, le bourgmestre Jean-Luc Roland va traiter également en urgence ce dossier.

Les nombreuses personnalités qui soutiennent ce projet appartiennent à toutes les disciplines artistiques et aux quatre partis: Jeff Bodart, Jaco Van Dormael, Pierre Mertens, Roger Somville, Daniel Hanssens, Richard Miller, Joëlle Milquet, Jean-Michel Javaux, Philippe Mahoux… Et même le Conseil de la Jeunesse (CJEF) et les deux « stars » de la RTBF, Bla-Bla et Malvira! L’originalité de cette revendication provient du fait qu’elle n’émane pas du « milieu muséal » et qu’elle a su fédérer les suffrages les plus divers.

Les CD: trop chers!

Il y a près d’un an, nous affirmions que deux des causes de la baisse des ventes des disques étaient leur prix trop élevé et la qualité trop faible de leur contenu (Chronique 53, Le Ligueur du 3 décembre 2003).

Si le prix plein d’une « nouveauté » (environ 20 euros) baissait aux alentours des 12 euros, la diminution de la marge par support sonore vendu pourrait être compensée par un redéploiement des ventes.C’est ce pari courageux que vient d’entreprendre BMG en Belgique avec « Silent Force », le nouvel album de Within Temptation. Il sort en trois versions: la version standard avec livret pour 20% de moins que le prix habituel; la version pour collectionneurs (titres supplémentaires, bonus, accès internet, etc.) au prix « normal » d’autrefois (environ 20 euros); la version « basique » avec un CD sans livret, le « produit blanc » musical, pour un prix aux alentours de 13 euros, somme qui s’approche enfin de celle des téléchargements légaux.