Extrait d’un article par dans La Libre Belgique du 9 septembre 2004.

Les chaînes de télé belges vendent-elles à Coca-Cola du temps de cerveau humain?

Comme l’a déclaré Patrick Le Lay pour TF1, la télévision n’est-elle qu’au service des intérêts publicitaires? Même chez nous, même sur le Service public?
La RTBF a osé programmer l’émission pour enfants « Bla-Bla » à 16H, une heure où les enfants qui vont à l’école ne sont pas encore rentrés à la maison!
Pourquoi? Parce que le Service Public s’intéresse davantage à ses rentrées publicitaires qu’à ses jeunes téléspectateurs…

Le métier de la télévision est-il de vendre à Coca-Cola du temps de cerveau humain?

C’est ce que prétend le patron de TF 1, première chaîne de télévision européenne, Patrick Le Lay. Provocation? Expression cynique d’une réalité ancrée dans l’audiovisuel? Zapping.

Propos recueillis par Laurent Raphaël

Bernard HENNEBERT, auteur de « Monde d’emploi pour téléspectateurs actifs » et coordinateur du site www.consoloisirs.be:

Ma réponse est oui. Selon moi, ça ne fait aucun doute que les chaînes de télévision sont au service des annonceurs. Pour peu que l’on fréquente les coulisses des médias audiovisuels, on est d’ailleurs frappé par le cynisme de certains responsables qui osent affirmer que la situation est moins désespérée chez nous qu’en France.

Si le principe de vendre du temps d’antenne aux marques va de soi pour les chaînes privées, qui ne vivent que de la publicité, il pose un sérieux problème pour les chaînes de service public. Or, quoi qu’en disent certains, la RTBF est bel et bien gangrenée par la même logique. J’en veux pour preuve ces deux exemples symptomatiques. J’ai effectué un « arrêt sur image » sur une séquence d’un « Forts en tête » où Jacques Mercier présentait un livre dont le sponsor était une banque concurrente de celle qui parrainait son émission! Sur la couverture du livre présentée à l’antenne, le sigle bancaire avait été volontairement « flouté » (brouillé pour le rendre illisible, NdlR). Pourquoi cette précaution? Tout simplement pour ne pas froisser le parrain de l’émission. Si le service public va jusqu’à se soucier de tels détails, cela montre bien qu’il est dépendant de ses sponsors et de la publicité.

Le second exemple est plus éloquent. Et plus inquiétant aussi. Il concerne la deux. Bizarre: ces jours-ci, les « Niouzz » sont diffusées à 16 heures. Autrement dit, une émission pour enfants est proposée quand les bambins sont encore à l’école… Mais le pire, c’est qu’on peut supposer que bien des choix d’horaire sont dictés par des impératifs de commerce. En effet, la publicité est interdite autour des émissions pour les enfants de moins de douze ans comme « Bla-Bla ». La saison dernière, cette émission a donc été programmée plus tôt par la « Deuj » afin d’offrir de meilleurs horaires aux autres émissions officiellement destinées aux plus de 12 ans, où la pub est autorisée… Et comme l’on sait que les enfants aiment les séquences pour ados… Avec pour résultat que les plus petits, que le législateur voulait protéger de la pub, se sont retrouvés également confrontés aux messages commerciaux. La RTBF respecte certes la lettre de la loi mais pas son esprit. C’est regrettable.

La situation n’est donc pas meilleure qu’en France. Elle est même pire à certains égards. France 2 affirme ainsi que dans ses JT, elle prend la précaution d’inverser les noms de marque pour les rendre illisibles et privilégie les gros plans sur les sportifs pour éviter de filmer les logos des sponsors placardés en arrière-plan. Rien de tout ça à la RTBF. J’ajouterais que la chaîne publique consacre beaucoup d’argent à des émissions qui ne sont pas prévues dans son contrat de gestion, et ne suscitent même pas toujours l’enthousiasme des téléspectateurs, mais font par contre le bonheur des publicitaires, comme les jeux. En revanche, elle délaisse des émissions qui entrent dans le cadre de sa mission de service public.

D’autres « professionnels » belges et français ont également répondu à la question de « La Libre Belgique »

Lire l’article complet sur le site de La Libre Belgique

Suivi: solution en vue

Le 15 septembre, dans le n°9 de ma newsletter (point 8), je m’étonnais que « Bla-Bla » était programmé 16H, une heure où les enfants qui vont à l’école ne sont pas encore rentrés à la maison. Le 9 septembre, j’avais déjà développé cette critique dans cette interview parue dans « La Libre Belgique » (voir ci-dessus).

Le courrier des lecteurs du « Ligueur » proposa, dans son édition du 6 octobre, une lettre de lecteur très furax et illustrée d’un grand dessin, intitulée « Bla-Bla à la mauvaise heure ».

La détermination paie. De quoi vous donner envie de devenir un téléspectateur offensif et actif? En effet, le 14 octobre 2004, la plupart des quotidiens annoncent que l’émission de Bla-Bla qui fête ses dix ans va retrouver un horaire mieux adapté à son public. Merci, la RTBF!