Texte tel qu’il a été prononcé lors de la première « interpellation » au Conseil Communal d’Ixelles

« Gratuité des musées Ixellois, douze dimanches par an »

Par Bernard Hennebert, soutenu par plus de 150 Ixellois(e)s

Merci!

Je tiens tout d’abord à remercier les 150 Ixellois qui ont signé ma demande d’interpellation ainsi que tous les autres habitants, Ixellois ou non, présents ici ce soir ou qui m’ont marqué d’une façon ou d’une autre leur soutien.

Les élus de cette commune doivent également être félicités. Ils ont, en effet, adopté, le 29 avril dernier, un nouveau règlement qui favorise le droit d’expression des citoyens. Ce soir, nous vivons la naissance du « droit d’interpellation » qu’il instaure.

Comment cela va-t-il se passer?

Ma préoccupation, parce qu’elle a été soutenue par 150 habitants, va ainsi être présentée dans un temps de parole de 15 minutes, ce qui est appréciable et ce qui permettra, je l’espère, d’éviter un certain manichéisme imposé par les temps de parole trop étriqués accordés habituellement par les médias audiovisuels à leurs invités. Ensuite, nous aurons droit aux répliques de cinq minutes du Collège et des différents chefs de groupes.

Commune pilote

Pourquoi interpeller ce soir Ixelles? C’est un choix personnel. J’ai été conçu à Ixelles (si je suis bien informé!) mais ce sont Schaerbeek et Woluwé-Saint-Lambert m’ont vu naître et grandir et je suis venu habiter à Ixelles, il y a près d’une vingtaine d’années. Il est donc normal que je propose ce soir à Ixelles de devenir la « commune pilote » d’un projet que je tente d’implanter depuis plus d’un an à un niveau national.

Au niveau national

Mon objectif peut se résumer simplement: je souhaite que tous les musées belges soient gratuits chaque premier dimanche du mois.

Cette mesure populaire, si elle est largement médiatisée, pourra attirer un public plus nombreux et plus diversifié qui retrouvera ainsi, petit à petit, le chemin vers les musées, ces dimanches-là mais sans doute également d’autres jours, pour découvrir les fonds permanents mais aussi les expositions temporaires, à l’accès payant ou non. Rêvons donc d’un succès, chaque mois, analogue à celui des annuelles Journées du Patrimoine!

Il est temps que pareille mesure prenne forme car la fréquentation de nos musées n’est pas au beau fixe. Il y a un peu plus de sept ans a été supprimée la gratuité qui était quotidienne dans les Musées fédéraux: le Musée de l’Afrique Centrale, les Musées du Cinquantenaire, le Musée des Instruments de Musique, etc. Pour Madame Helena Bussers, Conservatrice en chef des Musées Royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, les conséquences de cette perte de la gratuité sont tragiques: « Les entrées ont chuté d’environ 30%. Les touristes ont continué d’affluer. Ce sont surtout les visiteurs qui venaient découvrir régulièrement l’une ou l’autre salle qui ont été touché par la mesure ».

Plus récemment, ces Musées fédéraux ont très discrètement transformé les gratuités pour les chômeurs et les personnes handicapées en entrées payantes à deux euros. L’accès y est gratuit pour les enfants de moins de 13 ans… alors qu’au Louvre à Paris ou au Rijksmuseum d’Amsterdam, la gratuité est accordée jusqu’à 18 ans, ce qui fait cinq ans de différence à un âge crucial pour l’apprentissage des pratiques culturelles!

Une demi-journée de gratuité mensuelle a été instaurée, chaque premier mercredi du mois entre 13H et 17H. C’est généralement (à l’exception du Musée des Sciences Naturelles qui touche un public très jeune) peu efficace et discriminatoire vis-à-vis des étudiants qui ont cours ou des adultes qui travaillent en semaine!

Il convient donc de choisir pour la gratuité mensuelle le jour accessible au public potentiellement le plus nombreux et le plus diversifié. Voilà pourquoi je prône la gratuité de douze dimanches par an.

Suite à ma « pression », le Sénateur Jean-François Istasse (PS) a posé, le 22 janvier dernier, une question orale en ce sens à la Ministre Fientje Moerman (VLD) en charge des Musées Fédéraux.

Son successeur, le Ministre Marc Verwilghen (VLD), devrait recevoir cet automne un rapport sur la gratuité et les attentes du public réalisé par l’Observatoire des Publics des Etablissements Scientifiques Fédéraux.

Une œuvre, chaque mois

Le 15 janvier dernier, j’ai lancé un « Appel ». Sa particularité réside dans le fait qu’il n’émane par du « milieu » muséal et qu’il tend à démontrer que des personnalités issues des milieux les plus divers soutiennent cette évolution. Citons, parmi près d’une centaine de signataires emblématiques, le peintre Roger Somville, l’écrivain Pierre Mertens, le chanteur Jeff Bodart, le comédien Daniel Hanssens, le cinéaste Jaco Van Dormael, des personnalités de la société civile telles que Anne Morelli, Arthur Haulot, Paul Hermant ou Carl De Moncharline, ainsi qu’une quinzaine de personnalités politiques parmi lesquelles Fadila Laanan (PS), Richard Miller (MR), Jean-Michel Javaux (ECOLO) ou Joëlle Milquet (CDH)… Sans oublier le Conseil de la Jeunesse (CJEF) ou les deux plus grandes vedettes de la RTBF, Bla-Bla et Malvira!

Dans le cadre de cette demande de gratuité du premier dimanche pour tous les musées de Belgique (y compris donc ceux qui sont établis à Ixelles), ces nombreuses personnalités préconisent un mode d’application particulier qui me semble essentiel pour que l’opération remporte un succès à long terme.

Celui-ci est repris dans mon interpellation soutenue par les 150 Ixellois: « Que chaque musée mette en évidence, chaque mois, une œuvre différente. Cette attitude confortera la curiosité du public et ressourcera l’intérêt des médias pour annoncer mois après mois ces festivités ».

Il faut tirer les leçons du fait qu’actuellement, aucun agenda n’annonce régulièrement les gratuités du mercredi et que certains musées (les Musées Royaux des Beaux-Arts et les Musées du Cinquantenaire) ont omis de signaler à leur public pendant plusieurs années l’existence même de ces gratuités.

Certains me trouvent timide et regrettent que je ne propose pas une gratuité tous les dimanches ou tous les jours. Je pense que ces options banaliseraient la situation, qu’il n’y aurait plus d’événement, que les médias n’en parleraient que de manière trop épisodique et qu’un nouveau public ne serait donc probablement pas au rendez-vous.

S’il n’y a pas une large médiatisation, il est vraisemblable que toute gratuité ne servira essentiellement que les visiteurs qui fréquentent déjà les musées payants et nuirait une politique de diversification et de développement des publics.

La médiatisation est donc essentielle. L’aspect original de ma proposition est qu’elle s’est organisée à partir de cet objectif.

Ce qui veut dire concrètement, par exemple, pour le cas spécifique d’Ixelles, qu’il faudrait absolument que l’affichage communal et que le mensuel « Info-Ixelles » soient associés, mois après mois, à l’organisation de ces « dimanches gratuits ».

À Ixelles, tous les musées…

Dans une carte blanche publiée par La Libre Belgique le 9 juillet, les Sénateurs Isabelle Durant (ECOLO) et Jean-François Istasse (PS) notaient: « Et que les bourgmestres n’oublient pas que si leur commune rivalise d’imagination pour mettre en exergue, dépoussiérer et actualiser leur patrimoine, elle permettra à d’autres secteurs de leur environnement économique de profiter du succès de ces nouveaux événements festifs: la restauration, les activités culturelles, associatives et touristiques ».

Mon interpellation soutenue par 150 Ixellois est précise: « …Que notre commune applique dès 2005 cette politique de gratuité pour ses musées communaux et qu’elle incite les autres institutions muséales établies sur son territoire à agir de même ».

Je sais que n’est pas si simple! Il revient par exemple à la Commune d’Ixelles de négocier avec le Fédéral le fait que le musée consacré au sculpteur Constantin Meunier et que celui dédié au peintre Antoine Wiertz soient tous deux accessibles chaque 1er dimanche du mois alors qu’actuellement, pour limiter les frais de gardiénage, ils sont ouverts en alternance un dimanche sur deux.

Il faudra aussi trouver des accords avec des musées qui s’affirment être privés tels que le CIVA (le Centre International pour la Ville, l’Architecture et le Paysage).

Son directeur, Monsieur Christophe Pourtois, m’a déclaré qu’il était sensible à mon projet mais qu’il faudrait que la Commune lui propose un financement équivalent aux entrées payantes dominicales « perdues », soit un budget annuel de 4.800 euros.

Cet exemple pose bien entendu la question du choix des critères à partir desquels une Commune attribue telle ou telle aide à diverses institutions muséales. Ne faut-il pas être encore davantage attentif à la manière dont ces institutions bénéficiaires soient accessibles au public?

Pourquoi la Commune n’intégrerait-elle pas dorénavant dans les conditions de ses octrois d’aide l’obligation pour les institutions bénéficiaires de participer à la gratuité du premier dimanche ainsi qu’à la mise en évidence, mois après mois, d’une œuvre différente?

Le dilemme est assurément complexe mais mérite d’être posé: moins d’expositions mais davantage accessibles au public, ou l’inverse?

Et voici le cœur de ma réflexion. N’est-il pas indispensable que davantage de citoyens, en ces temps de crise, découvrent les chemins de la contemplation, de la réflexion, du débat, de la révolte et de l’échange?

Dans les programmes présentés par ECOLO et par le Parti Socialiste lors de la campagne pour les élections du 13 juin dernier, la question de la gratuité des musées fut abordée. Le PS annonça la mise en place de jours de gratuité spécifiques afin de « toucher un large public ». Quant à ECOLO, cette formation reprit complètement ma proposition. Et n’oublions pas que d’éminents représentants du CDH et du MR ont également signé mon « Appel ».

+ 36%!

Si ma proposition a un « coût » à court terme, tout porte à croire qu’elle sera bénéficiaire sur le moyen et sur le long terme, comme en témoigne les expériences menées récemment au Royaume-Uni et en France.

Pour les Sénateurs Isabelle Durant et Jean-François Istasse, ce projet est viable. Ils s’expliquent: « …Nous pensons qu’il s’agit d’un investissement utile. Il ne faut pas envisager l’aspect budgétaire de cette évolution uniquement à court terme. Aux recettes sans doute plus importantes des magasins de souvenirs et des restaurant s’ajoutera certainement une augmentation significative des entrées des expositions temporaires et payantes de ces musées… Comme le démontre l’expérience parisienne, les entrées des manifestations temporaires ont augmenté de 36% en 2003 ».

Le pari mérite donc d’être tenté à Ixelles qui deviendrait ainsi la Commune pilote de la Région Bruxelloise, en la matière.

À La Louvière, depuis plus d’un an et demi, le Centre de la Gravure et de l’Image Imprimée s’est déjà lancé dans l’aventure des « premiers » dimanches gratuits. J’ai interrogé l’une de ses représentantes, Julie Scouflaire, sur l’aspect économique de cette réforme. Sa réponse devrait inspirer plus d’un de nos responsables culturels: « Nous n’avons pas pour objectif de faire le plus de bénéfices possible. Notre mission consiste à proposer des expositions et essayer que les gens viennent les découvrir ».

Pour moissonner, il faut semer en ignorant la météo de demain.

Je demande donc qu’Ixelles soit, dès les premiers mois de 2005, la Commune pilote aux très nombreux musées qui cultiveront la gratuité, douze dimanches par an.

Informer les habitants avant et apres

Il convient de s’étonner que rien n’est prévu, dans la nouvelle réglementation Ixelloise concernant le droit d’interpellation, en ce qui concerne la sensibilisation de la population alors que, pour un autre droit qui vient également d’être mis en place, à savoir « le droit d’intervention », il a été décidé que, pour chaque demande émises par les habitants, le positionnement du Collège fera l’objet d’une publicité notamment par voie d’affichage.

Rien d’analogue pour les « interpellations ». Peut-être qu’il faudrait amender le règlement car à quoi bon consacrer autant d’énergie à soulever telle ou telle thématique si les moyens d’information Communaux ne les relaient pas dans un travail d’investigation journalistique.

J’attends donc avec intérêt le positionnement du Collège à propos de cette phrase précise contenue dans ma demande d’interpellation soutenue par 150 Ixellois: « Nous souhaitons que la publicité de ce débat fasse l’objet d’une information par voie d’affichage communal et par la publication toutes-boîtes Info Ixelles ».

Il me semble que ce travail d’information doit concerner tant l’annonces des interpellations pour que les Ixellois puissent se rendre au Conseil communal lorsqu’elles se dérouleront, ce qui n’a pas vraiment été le cas pour l’interpellation de ce jour, que leurs compte-rendus.

Il ne s’agit pas non plus uniquement de faire part des décisions ou d’annoncer les éventuels changements lorsqu’ils ne mettront en place. Il me semble qu’il faut proposer au public la teneur même des débats et lui présenter de manière argumentée les différents argumentaires, qu’ils soient divergents ou non. Le citoyen retrouvera confiance en la politique lorsqu’il sera mieux associé à l’élaboration des prises de décision.

Quel défi utile que de placer la politique culturelle au centre du débat démocratique! Afin d’améliorer l’accès à la culture pour le plus grand nombre.

Et faut-il rappeler ici qu’il s’agit bien là d’un objectif qui vient d’être inscrit comme priorité dans la toute récente déclaration gouvernementale de la Communauté française… Au travail!