Carte blanche de deux sénateurs (9 juillet 2004)

Douze dimanches par an gratuits: pour élargir le public, stimuler la créativité des conservateurs et donc améliorer l’accès à la culture.

Pour une gratuité des musées chaque premier dimanche du mois – Par les sénateurs Isabelle Durant (ECOLO) et Jean-François ISTASSE (PS)

La demande d’une gratuité des musées chaque premier dimanche du mois serait-elle utopique? Actuellement, cette gratuité est accordée chaque premier mercredi du mois après 13 heures et elle s’applique uniquement aux collections permanentes. Madame Helena Bussers, Conservatrice en chef des Musées Royaux des Beaux-Arts, résume bien la situationcar, selon elle, en appliquant la gratuité le mercredi, on oublie que les adultes qui travaillent en journée visitent eux aussi les musées. Le choix de ce journ’est nullement un cadeau. Nous demandons donc que la « gratuité mensuelle » ne commence plus à 13 heures comme c’est le cas actuellement mais qu’elle dure bien toute la journée et qu’elle se déroule chaque premier dimanche du mois.

Répondant à une interpellation de Jean-François Istasse, Sénateur PS, la Ministre fédérale de tutelle, Fientje Moerman, s’est positionnée en faveur d’un accès libre qui concerne TOUS les citoyens. Selon elle: « Une gratuité partielle reste une mesure importante pour améliorer l’accessibilité de la culture et offrir au contribuable une possibilité d’y accéder sans droit d’entrée ». Ce positionnement semble impliquer que le jour à choisir soit le moins discriminatoire possible et donc qu’il concerne le plus grand nombre de visiteurs.

Il convient de se rappeler qu’avant 1997, l’accès était gratuit pour tous et tous les jours dans les musées fédéraux. Depuis, si les touristes continuent d’affluer, il faut bien constater que les visiteurs belges se font sensiblement plus rares. Puisqu’il faut s’acquitter d’un droit d’entrée, on visite un maximum de salles. Adieu donc au public d’habitués qui prenaient leur temps et s’attardaient à découvrir ou redécouvrir l’une ou l’autre toile. En outre, les difficultés financières restent toujours aussi aiguës. À ce propos, faire payer a un coût: il faut financer la création d’une billetterie et multiplier la présence de gardiens notamment. Aborder la question de la gratuité dominicale implique une concertation sur le refinancement des musées afin qu’ils puissent enrichir leurs collections.

Certains triomphes donnent à réfléchir. Le dimanche 7 décembre 2003, les Musées royaux des Beaux-Arts ont proposé une journée « portes ouvertes » pour présenter leurs nouvelles salles: cela a attiré plus de 10.000 visiteurs! Et les succès des journées du Patrimoine sont également instructifs. Comment demeurer insensible face à de telles attitudes du grand public?

Bien entendu, il convient de trouver une formule pour que ces dimanches gratuits ne tombent pas en désuétude après quelques mois. Un « Appel » signé récemment par nombre de représentants de la société civile et du personnel politique insiste sur le fait que chaque musée devrait mettre en évidence, lors de chaque gratuité, une œuvre différente. De la sorte, onconfortera la curiosité du public et ressourcera l’intérêt des médias pour annoncer ces festivités mois après mois. Il nous semble que pareille obligation stimulerait également la créativité des conservateurs et de leur personnel.

Proposer un accès gratuit aux musées peut ouvrir la voie à un nouveau public. Tous les musées de la ville de Paris, désormais gratuits, ont connu une augmentation de 78% de leur fréquentation. Un succès analogue a été constaté récemment au Royaume-Uni.

On peut espérer qu’il y aura foule aux futurs « premiers dimanches » gratuits. Il faudra engager davantage de gardiens et leurs prestations ne sont pas payées de la même manière un mercredi ou un dimanche! Ce coût additionnel doit être financé par les pouvoirs publics qui, dans le cadre d’un refinancement, doivent considérer cette « question logistique et budgétaire ». Il est indéniable que le changement de jour de gratuité ne se fera pas sans difficultés financières. Mais nous pensons qu’il s’agit d’un investissement utile. Il ne faut pas envisager l’aspect budgétaire de cette évolution uniquement à court terme. Aux recettes sans doute plus importantes des magasins de souvenirs et des restaurants, s’ajoutera certainement une augmentation significative des entrées des expositions temporaires et payantes de ces musées, tant le jour de gratuité que les jours suivants. En effet, comme le démontre l’expérience parisienne, les entrées des manifestations temporaires ont augmenté de 36%en 2003.

Nous affirmons que la gratuité de ces douze dimanches peut largement contribuer à élargir le public prêt à considérer la visite d’un musée comme une activité solitaire, familiale ou de groupe, fort attrayante et instructive pour un dimanche.

La Ministre Fientje Moerman a annoncé qu’elle allait solliciter un rapport à l’Observatoire des Publics des Etablissements Scientifiques Fédéraux afin d’évaluer les attentes du public. Nous attendons donc avec impatience les résultats de cette recherche.

Il n’y a pas que les Musées Fédéraux! Les musées sous la tutelle des différentes Communautés pourraient également participer à cette fête mensuelle de la découverte.

Et que les bourgmestres n’oublient pas que si leur commune rivalise d’imagination pour mettre en exergue, dépoussiérer et actualiser leur patrimoine, elle permettra à d’autres secteurs de leur environnement économique de profiter du succès de ces nouveaux événements festifs: la restauration, les activités culturelles, associatives et touristiques…

Ouvrons les fenêtres aux imaginaires et aux initiatives: faisons donc le pas en faveur d’une gratuité dominicale!

Isabelle Durant (ECOLO) et Jean-François ISTASSE (PS)