N°74 | Avis au nouveau gouvernement!

Le Ligueur du 23 juin 2004

Henry Ingberg, le Secrétaire général de la Communauté française, nous déclare qu’il est prêt à demander au futur Gouvernement la création d’une commission paritaire qui identifiera les « pratiques » qui peuvent fâcher le public dans le domaine culturel: « Le rapport à l’usager est un véritable enjeu. Jusqu’à présent, l’autorité publique n’a pas pris en compte cette problématique de manière systématique et organisée. Il y a là distorsion par rapport à une amplification des pratiques de loisirs par la collectivité. »

Dérégulations au quotidien

Nous avions interpellé Mr Ingberg lorsque nous avions constaté que la promotion d’une activité subsidiée omettait l’indication légale de la tarification d’appels téléphoniques surtaxés(1). Nous proposions la création d’un code de bonne conduite à respecter par les organisateurs culturels qui reçoivent un soutien financier public.

Cet exemple stigmatisait un manque de considération quasi structurel pour les usagers. En voici d’autres! Les annonces d’activités peuvent éluder la mention « d’ingrédients » défavorables ou de prix, s’ils sont élevés, mais elles n’omettent guère de mentionner d’autres informations plus valorisantes! Si les affiches des comédies musicales françaises évitent de signaler que leurs interprètes s’expriment sur des bandes orchestrales, l’annonce « Jésus-Christ Superstar », l’opéra-rock qui débute à Villers-la-Ville le 7 juillet prochain, n’oublie pas d’indiquer la présence d’un orchestre de onze musiciens. Des insertions publicitaires de « Parolis d’Afrique » organisée, le 2 mai dernier, par le Musée Royal de l’Afrique Centrale, mentionnaient sous la rubrique « prix d’entrée » les diverses réductions et omettaient de signaler le montant le plus élevé, celui du prix de base.

Et voilà que les Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique récidivent! En 1997, « Le château des Pyrennées », la toile qui servait d’emblème à la rétrospective Magritte (elle figurait sur l’affiche, la couverture du catalogue, etc.), fut décrochée en cours d’exposition sans que le public n’en soit informé! Ces jours-ci, le ticket donnant accès aux collections permanentes affiche sur son recto une reproduction de « Des carresses », une œuvre fort prisée du public mais qui n’est pas visible actuellement puisqu’elle fait partie de l’exposition « Khnoff » qui visite Salzbourg et Boston jusqu’à la fin de l’année!

À côté de ces étiquetages insuffisants ou trompeurs, d’autres dérégulations peuvent surgir à tout moment. On « innove » dans ce domaine! La dernière « trouvaille »: une confiscation du droit à des réductions pour une catégorie d’usagers. Sur le modèle du « chèque lire », se met en place actuellement le « chèque accès culture ». Les centres culturels qui acceptent l’utilisation de ces chèques, lorsqu’ils voudront les échanger auprès de la société qui gère cette initiative, ne recevront en monnaie trébuchante que 90% de la valeur faciale de ces chèques! Pour pallier à ce manque à gagner, le public sera dépossédé de réductions auxquelles il a droit. Extrait du mode d’emploi destiné aux organisateurs: « Vous appliquez toujours le tarif hors réduction lors d’un paiement avec ce chèque. C’est d’ailleurs tout bénéfice pour vous. Si votre tarif est de 12 euros et votre tarif réduit de 9, votre avantage: une rentrée supplémentaire de 3 euros… ».

Appel aux associations

Martine Lahaye, la Directrice générale de la culture, soutient également l’élaboration d’un code de bonne conduite: « Le pacte culturel prévoit d’ailleurs une représentation des professionnels et des usagers ». Il existe déjà des « comités d’usagers » dans les bibliothèques mais il faudrait développer d’autres formes de représentations du public culturel: « Lorsque nous revendiquons l’ouverture des bibliothèques pendant les week-ends, il n’y a pas grand monde pour nous soutenir » constate-t-elle.

La culture est donc en recherche d’une représentation plus active de ses usagers. Pour ce faire, Mr Ingberg et Mme Lahaye prônent une implication plus forte dans ce secteur de mouvements tels que le CRIOC, Test-Achats, La Ligue des Familles, etc. Un droit des usagers « culturels » va-t-il enfin être suscité?

(1) Chronique N°60, Le Ligueur du 3 mars 2004.