N°72 | Audiovisuel: et après les élections…

Le Ligueur du 9 juin 2004

Où il est question de l’avenir de l’éducation aux médias, de France5, du Conseil supérieur de l’audiovisuel, des télévisions locales… et de la RTBF, bien entendu!

Pour les quatre personnalités politiques qui ont participé aux « Grand Entretiens » préélectoraux co-organisés par la Fnac de Bruxelles et Le Ligueur(1), la RTBF ne profitera pas des retombées du refinancement de la Communauté française. Christian Dupont, Ministre de la culture (PS): « Augmenter encore sa dotation? Je ne m’engagerai pas dans ce sens. La maintenir et l’indexer, oui… L’effort substantiel a été fait sous la législature qui s’achève ». Julie de Groote, parlementaire (CDH): « L’essentiel du budget global de la Communauté française étant mangé par l’enseignement, la part attribuée à la culture ne représente que 5,71% dont la moitié est destinée à la RTBF! Vu les moyens si limités pour le secteur proprement culturel, il vaut mieux faire fonctionner la RTBF avec la dotation telle qu’elle est prévue pour le moment ». Il est vrai que la RTBF a été plutôt bien servie, ces derniers temps! En complément à sa dotation, elle a reçu dans le cadre du Plan Magellan d’imposants financements pour une remise à niveau de ses infrastructures techniques.

Investir ou thésauriser?

Il y a également unanimité politique pour que la RTBF ne puisse pas augmenter le seuil de 25% de son budget alloué à ses rentrées publicitaires(2). Ceinture donc? Mme de Groote: « Il faudra que la RTBF concentre mieux son message de Service public et que des synergies soient développées avec les télévisions locales ». Olivier Chastel, Ministre de l’audiovisuel (MR): « La dotation de la RTBF doit évoluer mais elle ne peut éclipser les autres besoins qui sont multiples en Communauté française ». Sont prioritaires pour lui la production audiovisuelle indépendante et le cinéma. Quant à Jean-Marc Nollet, Ministre de l’enfance (ECOLO), il définit ainsi ses priorités: « Je comprends parfaitement que les télévisions communautaires revendiquent un Magellan bis! Elles l’ont reçu… mais en promesse uniquement, jusqu’à présent! Je pense que lorsqu’on parle audiovisuel, on doit aussi penser éducation à l’audiovisuel. il faut également être attentif à la commission de sélection des films ». Gourmand? Avec quels financements? Mr Nollet explique: « Que fait-on avec le programme de désendettement? On le poursuit. Mais faut-il l’accélérer? Non, en période de récession économique, l’autorité publique doit investir davantage que thésauriser. Sur ce point, je n’ai pas pu convaincre mes collègues du Gouvernement ». Cette option permet de trouver de nouvelles rentrées pour financer les propositions alignées par le parti vert. Elle séduit également le parti d’opposition(3) qui revendique que le budget culturel passe à 10%.

Comment décider l’affectation de ces nouveaux crédits? Le PS propose la tenue d’états généraux de la culture, une concertation publique des secteurs concernés qui déboucherait sur un plan, pluriannuel de développement culturel. Mme de Groote: « Ce n’est pas ma tasse de thé! À quoi bon donner encore une fois la parole aux créateurs? Nous préférons que la déclaration gouvernementale prévoit qu’au plus tard, le 1er janvier 2005, le monde politique présente ses propositions concrètes. Et ensuite, il y aurait consultation auprès des intéressés pour qu’ils se positionnent par rapport à celles-ci. »

Comment représenter les usagers

Le contenu des programmes de la RTBF ne laisse pas insensible. À propos du fait que le Service public ait tardé à mettre à l’antenne plusieurs émissions prévues dans son contrat de gestion(4), Mr Dupont commente: « Je regrette vraiment que la RTBF n’ait pas rempli ses missions en la matière. Je peux vous dire également que des acteurs culturels tels que Bernard Foccroule (TRM) ou Jean-Louis Collinet (prochain directeur du Théâtre National) se plaignent de la part en portion de plus en plus congrue réservée à la culture sur ses antennes. L’Administrateur général Jean-Paul Philippot trouve que ces éminents représentants du monde culturel sont parfois un peu injustes par rapport aux efforts de la RTBF. Je pense qu’on peut et qu’on doit faire mieux. »

Une question interpelle: avant de financer des émissions qui ne sont pas inscrites de manière précise dans son contrat de gestion (certains jeux, par exemple), la RTBF ne devrait-elle pas d’abord utiliser prioritairement ses financements au respect de ses obligations? Mr Chastel y réagit: « Je suis d’accord avec vous. C’est un point qu’il conviendrait de préciser dans le contrat de gestion. Pour tout ce qui est flou, la RTBF se retranche derrière son pouvoir d’appréciation… ».

Ce contrat de gestion qu’il faudra reconduire au cours de la prochaine législature ne laisse pas insensible le monde politique. Mme de Groote: « Dans sa mouture actuelle, il ne définit pas assez clairement les missions de service public. La citoyenneté responsable ou l’éducation aux médias devraient être présentes en permanence dans ses programmes, y compris les jeux. Il faudrait aussi que la formation du personnel en tienne compte. ».

Pour préparer l’élaboration de ce nouveau contrat de gestion, Mr Nollet souhaite qu’un audit participatif soit réalisé avec le public: « C’est autour de pareil processus que la RTBF peut trouver un sens à ses missions. Il ne faut pas être frileux. Surtout dans l’audiovisuel, il faut constamment se remettre en question. Que les fenêtres s’ouvrent! ». Et Mme de Groote de partir à la recherche d’un consumérisme audiovisuel actuellement inexistant: « Il faut trouver, demain, une représentation formalisée de manière effective des usagers. Ils devraient pouvoir faire valoir leur point de vue à la RTBF ou au Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA)! ».

Renforcer la régulation du paysage audiovisuel par ce CSA et accorder davantage d’attention à l’éducation aux médias sont deux priorités qui unissent nos quatre interlocuteurs politiques.

Hélas, aucun d’eux n’a pris l’initiative de regretter qu’au bilan de l’actuelle législature, il fallait constater que de nouvelles chaînes commerciales telles qu’AB3 ou AB4 s’étaient invitées dans nos salons alors que quelques télédistributeurs ne diffusent toujours pas France5, la chaîne de la connaissance du Service public français. Ne faudrait-il pas dès lors que le droit à une vraie diversité, à un vrai choix médiatique, ne s’affirme également comme une priorité pour notre futur ministre de l’audiovisuel?

(1) Le site www.consoloirs.be propose la transcription des réponses aux 25 questions posées au cours de ces « Grands Entretiens ».
2) Voir chronique 69, Le Ligueur du 19 mai 2004.
(3) Voir déclaration à La Libre Belgique, 25 mai 2004.
(4) Une soirée annuelle en radio et en télévision consacrée à l’éducation aux médias; agenda et émission « éducation permanente » également en radio et en télévision, un créneau nocturne pour la diffusion de courts-métrages de réalisateurs francophones, etc.