N°71 | Réinscrire les prix sur les affiches!

Le Ligueur du 2 juin 2004

Les activités artistiques sont également commerce. La gestion de leur économie dépend du pouvoir fédéral et non des communautés. Cette situation est-elle profitable à leurs usagers?

La réforme institutionnelle a prévu que les réglementations économiques qui concernent le secteur culturel soient des matières gérées par le fédéral, ce qui limite singulièrement le pouvoir d’action de la Communauté française. Celle-ci peut construire des infrastructures, accorder des subsides à des artistes, soutenir tel ou tel événement culturel ou signer des contrats programmes… Par contre, elle doit passer le relais lorsqu’il est question d’adopter des réformes telles que le prix unique du livre ou la création d’une seconde catégorie d’âge à laquelle les films seraient interdits lors de leur distribution en salles. Sur ce point, il existe une unanimité francophone pour adjoindre à la loi qui n’a pas été adaptée depuis 1929 une limitation aux moins de 12 ans à la classique interdiction qui vise les moins de 16 ans.

Ces évolutions tardent parce que les sensibilités et les rapports de forces ne sont pas identiques dans les différentes communautés linguistiques. Il est peut-être temps de s’interroger sur le bien-fondé de cette gestion politique à deux têtes.

Lors des quatre « Grands Entretiens » pré-électoraux coorganisés par Le Ligueur et la Fnac de Bruxelles(1), les représentants des quatre partis ont tous refusé d’entamer de nouvelles discussions sur ce thème.

Fini, les 0900 pour les enfants?

Les appels téléphoniques surtaxés (les 0900, par exemple) sont fort prisés par nombre d’organisateurs culturels. L’évolution de leur réglementation dépend bien entendu du fédéral mais les communautés peuvent tenter néanmoins d’infléchir leur utilisation au quotidien.

Pour Christian Dupont, Ministre de la culture (PS): « Il y a là un business extrêmement rentable puisque ces communications sont très chères. Et donc, il y a effectivement de la régulation à faire. Merci de m’avoir alerté. »

Olivier Chastel, Ministre de l’audiovisuel (MR): « Ces numéros payants doivent être clairement identifiés. Chaque consommateur doit savoir précisément à quoi s’attendre en matière de coût. Vu la prolifération de ce genre de numéros, il faut réfléchir à une distinction dans la licéité de cette pratique selon qu’elle sert ou non à commercialiser à titre principal une activité de type culturelle ».

Jean-Marc Nollet, Ministre de l’enfance (ECOLO): « Ils prennent un temps fou pour vous dire bonjour et vous entraîner dans des dédales sans fin de sous-questions! Il est temps qu’on régule les 0900. Je suis favorable à ce que les thématiques qui concernent spécifiquement les enfants ne puissent plus utiliser ce type d’appel ».
Julie de Groote, parlementaire (CDH): « Il faut absolument aborder cette problématique sur laquelle on ne s’est pas vraiment penché jusqu’à présent ».

Cette dernière propose un plan d’attaque contre les 0900 qu’il faut former pour connaître les prix des places des activités culturelles: « La loi sur les pratiques de commerce dit que tout prix doit être clairement affiché. Cela veut dire qu’il ne faut pas passer par un appel téléphonique pour y accéder. Mille fois oui, il faut remettre les prix sur les affiches! L’accessibilité d’un spectacle passe déjà par le fait de savoir quel est son prix. »

Il est vrai que la plupart des affiches annonçant des activités culturelles n’indiquent plus le prix des places. En fait, la connaissance de ces prix, via les numéros surtaxés, est devenu un produit qui se vend! Même s’il s’agit d’une évolution de type économique, la Communauté française pourrait la combattre en demandant, dans un premier temps, aux nombreuses activités qu’elle subsidie, d’observer un « code de bonnes conduites »(2) qui préciserait notamment ce point et il n’est pas impossible que le secteur strictement commercial lui emboîte le pas. Sur cette restauration de la présentation des prix sur l’affichage culturel, le « politique » est largement favorable: dans nos « Grand Entretiens », les ministres Dupont et Chastel en ont également soutenu le principe(3).

(1) Le site www.consoloirs.be propose la transcription des réponses aux 25 questions posées au cours de ces « Grands Entretiens ».
(2) Pareil code est actuellement à l’étude.
(3) Le ministre Nollet n’a pas eu l’occasion de s’exprimer sur ce thème.