Élections du 23 juin 2004

Nos questions culture/média

Le 19 juin 2004, nous allons choisir les partis qui vont devoir notamment gérer les dossiers de la culture et des médias en Communauté française.

À propos de ces deux thématiques, nous voulons connaître le bilan de l’actuelle législature et les projets pour la suivante (voir « Pourquoi cette démarche? » plus bas sur cette page).

Au cours de quatre « Grands Entretiens », pendant deux heures et en public au Forum de la Fnac de Bruxelles, nous avons posé nos 25 questions à nos invités:

  • 16 mars 2004: Christian Dupont, Ministre de la Culture (PS)
  • 22 avril 2004: Olivier Chastel, Ministre de l’Audiovisuel et des Arts et Lettres (MR)
  • 29 avril 2004: Jean-Marc Nollet, Ministre de l’Enfance (ECOLO)
  • 11 mai 2004: Julie de Groote, Parlementaire (cdH)

Tout a été enregistré. Voici l’essentiel, mis par écrit. Le style parlé a été respecté.

Voici ces questions et les réponses par chapitre:

L’hebdomadaire « Le Ligueur » synthétise dans 4 articles les points forts de ces entretiens:

Vous pouvez également découvrir la liste complète des questions un peu plus bas sur cette page…


Pourquoi cette démarche?

La dernière fois que « Mise au point », le débat politique du Service public, fut consacré à l’audiovisuel, c’était le 7 février 19998 Il y a plus de 5 ans déjà. C’était un débat sur la violence à la TV… à l’occasion de la sanction infligée par le CSA à la chaîne concurrente, RTL TVi, pour violence gratuite au JT du 20 janvier 1999.

Et lorsque la RTBF fut remise en question pour des problèmes analogues: silence sur ses antennes! C’est du joli…

Or, tout le monde s’accorde à souligner, en théorie du moins, que les médias constituent un puissant et omniprésent « Cinquième Pouvoir »!

Comment la Communauté française gère-t-elle l’audiovisuel?

Aucun débat sur le petit écran ne décrypte ces enjeux qui concernent pourtant directement les téléspectateurs. Pas plus à la RTBF qu’à RTL TVi, AB3 ou sur les télés locales.

On préfère nous proposer, semaine après semaine, le best-of des meilleurs moments du procès Dutroux et consorts.

Il faut bien entendu traiter à sa mesure ce dossier. Mais trop, c’est trop (Les journaux télévisés, « Actuel », « Mise au point »). Cela empêche les citoyens-téléspectateurs d’avoir accès aux autres dossiers qui les concernent.

Et les droits des usagers qui achètent des CD ou des disques, les visiteurs de musées ou de bibliothèques? Sur ces droits culturels: silence! Dans le meilleur des cas, on nous parle des subsides des artistes ou des organisateurs. Par contre, la promo pour nous faire acheter des produits culturels bat toujours son (trop) plein. Partout!

Or, à côté de l’école et de l’enfance, l’audiovisuel et la culture sont les matières principales de la Communauté française. Pour bien voter, il faut faire le bilan de la législature et connaître les programmes des partis. Nous avons donc posé 25 questions concrètes.

Comment?

Comme nous voulions des réponses précises, nous avons envoyé notre questionnaire aux différents partis, plusieurs semaines avant le débat que nous avons organisé avec l’un de leurs leaders.

Chacun de ceux-ci est venu avec un aide-mémoire où les différentes réponses étaient synthétisées. Chaque parti a donc préparé les réponses à nos questions.

Si l’un ou l’autre de nos invités ne répondent pas aux questions posées… ce n’est donc pas parce qu’il y aurait eu improvisation. Peut-être que certains partis n’ont pas de réponse ou ne veulent pas répondre! Peut-être que certains s’intéressent davantage aux droits des industriels de la culture ou des créateurs… plutôt qu’à ceux du public.

Réalisation: Bernard Hennebert
Mise en page: Benoit Goossens

Merci au personnel et au public de la Fnac de Bruxelles, à la rédaction du Ligueur ainsi qu’aux services de communication des différents partis.


Voici l’ensemble des questions posées:

Chapitre 1 | Le financement de la RTBF
(questions 1 à 8)

1. À la RTBF, la pub coupe désormais le déroulement de nombre d’émissions. Pourquoi? Le public n’a pas l’air d’apprécier cette « nouveauté ». Il suffit de consulter les audiences d’émissions qui ont adopté pareille coupure: « Chacun son histoire », « Seul contre tous »…

Comment vous positionnez-vous par rapport à cette analyse?

Réponse

2. Lors de la prochaine législature, si la RTBF atteint son quota de publicité (un quart de son budget) et qu’elle en demande davantage, quelle sera l’attitude de votre parti?

Réponse

3. Si vous décidez que l’évolution de ce quota n’est pas négociable, limiterez-vous aussi d’autres sources de financement qui sont sans doute tout aussi pernicieuses? (la diffusion de programmes courts sponsorisés, le bartering, etc.)

Réponse

4. Que pensez-vous de cette déclaration parue dans Le Soir (24 et 25 janvier 2004, page 39) de Frédéric Ledoux, producteur de la nouvelle émission « Une brique dans le ventre »: « La plus grosse part du boulot consiste à trouver des partenaires qui veulent bien investir dans une émission, mais sans qu’on montre des produits, leur objectif étant qu’on traite de leur sujet. »

N’y a-t-il pas là une discrimination avec les thématiques socialement utiles mais portées par aucun sponsor (économique ou politique)… Et qui ont donc beaucoup moins de chance d’apparaître d’une manière équivalente à l’écran!

Réponse

5. Quelle part du refinancement de la Communauté française envisagez-vous d’affecter à l’audiovisuel? Avec quels objectifs?

Réponse

6. Si vous augmentez de manière significative la dotation de la RTBF, auriez-vous l’intention de diminuer d’autant ses possibilités d’avoir accès à la publicité et au sponsoring? Considérez-vous que les effets de ces dernières n’affectent pas outre-mesure le contenu des programmes du Service public? (en Flandre, la publicité commerciale n’a toujours pas été introduite dans des programmes de la télévision de service public… tout comme le « modèle » BBC). À terme, l’avenir pour le Service public n’est-il pas de se passer complètement de la publicité et du sponsoring?

Réponse

7. Trois chaînes de télé (avec RTBF Sat) et cinq chaînes de radio, n’est-ce pas trop? Ne multiplie-t-on pas trop les chaînes à la RTBF en rendant ainsi indispensable l’apport de la publicité et du sponsoring… pour diluer les vraies missions de service public?

Réponse

8. Prônez-vous le fait que les Pouvoirs publics financent une enquête fouillée pour analyser les évolutions sur le financement, sur la gestion du personnel et sur le choix des programmes d’occasionneraient une suppression de la publicité et du sponsoring à la RTBF?

Réponse
Chapitre 2 | Le non-respect par la RTBF d’une partie de son contrat de gestion
(questions 9 à 10)

9. Pendant plus de deux ans, la RTBF n’a pas respecté certaines nouvelles obligations de son contrat de gestion: en télévision et en radio, une soirée annuelle consacrée à l’éducation aux médias; en télévision et en radio, agenda et émission consacrés à l’éducation permanente…

Avant de financer des émissions qui ne sont pas inscrites de manière précise dans le contrat de gestion (certains jeux, par exemple), la RTBF ne devrait-elle pas d’abord utiliser prioritairement ses financements (dont la dotation) au respect de ses obligations?

Réponse

10. La RTBF ne répond toujours pas de manière circonstanciée endéans les 30 jours ouvrables à nombre de courriers (souvent, les plus critiques). Son travail de médiation avec le public est en retrait dans l’émission « Qu’en Dites-Vous? » qui a évolué de rythme (d’hebdomadaire à mensuel)… Dans le numéro marquant son retour, fin janvier 2004, le direct et la présence d’un téléspectateur (à qui on offrait le mot de conclusion) sur le plateau ont disparu. Ne craingnez-vous pas que la médiation se transforme en communication? Cette attitude dévaloriserait l’ensemble de la fonction de médiation auprès du grand public (celui-ci découvre cette fonction tout particulièrement grâce à la médiatisation télé de « Qu’en Dites-Vous? ») au moment même où vous avez jugé utile de créer un service de médiation pour la Communauté française…

Que pensez-vous de cette « médiation » audiovisuelle? Est-elle indispensable? Comment l’améliorer à la RTBF?

Réponse
Chapitre 3 | Les médias et les enfants
(questions 11 à 18)

11. Depuis le 1er janvier 2003, la publicité et le sponsoring ne peuvent plus être diffusés pendant les cinq minutes qui précèdent ou suivent les programmes destinés aux enfants à la RTBF.

Certains pensent que cette évolution est inefficace car les autres chaînes francophones ne doivent pas appliquer cette réglementation.

D’autres sont contents de savoir que leurs enfants qui découvrent des conseils pour se nourrir sainement dans « Les Niouzz » ne vont pas, quelques minutes plus tard, être influencés par un marchand de hamburger, avant de regarder « G-Nome »! Ils se disent également qu’aucun progrès n’arrive sur terre si l’on ne commence pas quelque part une première expérience limitée. Ces personnes s’étonnent qu’en Flandres, cette mesure est appliquée depuis de nombreuses années déjà par les chaînes privées alors qu’en Communauté française, seule, la RTBF est mise dans l’obligation de prévoir cette précaution. Alors, ne faudrait-il pas imposer cette mesure également à nos chaînes privées et proposer cette initiative à d’autres pays européens?

Que souhaite votre parti? Elargir ou supprimer cette mesure? Ou la conserver telle qu’elle s’applique actuellement?

Prônez-vous d’autres perspectives pour limiter l’impact de la publicité sur les enfants? Comment les financer? Appliquerez-vous aux publicitaires le principe du « pollueur payeur »?

Réponse

12. Alors qu’en théorie tout le monde se préoccupe de la protection des enfants, comment expliquez-vous que, plus de deux ans après que la France ait adopté une signalétique jeunesse (dite antiviolence) dont les nouveaux pictogrammes sont mieux perçus par les téléspectateurs, alors qu’en novembre 2002 la plupart des professionnels belges dont les chaînes marquent leur intérêt pour cette évolution, l’ancienne signalétique est toujours de mise chez nous en 2004 et, donc, selon qu’ils regardent des programmes français ou belges, nos téléspectateurs doivent toujours au quotidien gérer deux signalétiques différentes…

Où situez-vous la responsabilité de ce manque d’empressement? À l’administration de la Communauté française? Au CSA? Au Gouvernement? À la succession de trois titulaires différents au poste de ministre de l’audiovisuel durant une même législature?

À quelle date cette évolution de la signalétique sera opérationnelle?

Réponse

13. Des journaux comme Télémoustique publient, chaque semaine, gratuitement, des grilles qui expliquent le sens des pictogrammes de la signalétique.

Alors qu’on sait que le public ne comprend pas bien la signification des différents éléments de cette signalétique, depuis plus de cinq ans, nos chaînes ne prennent jamais l’initiative de rappeler régulièrement à leur public le sens de ces pictogrammes. Le 14 novembre 2003, interpellé sur ce fait, Philippe Delusinne, Administrateur délégué de TVI, a déclaré que ses chaînes sont prêtes à diffuser des spots explicatifs: « Que l’autorité publique finance une campagne d’information comme elle le fait pour la sécurité routière ». La RTBF n’agit pas non plus dans ce domaine.

En France, lorsque les chaînes utilisaient la signalétique plus complexe que nous continuons d’employer contre vents et marées, deux fois par an à la demande du CSA, elles diffusaient au prime time des campagnes d’explication.

Comment vous positionnez-vous par rapport à ce manque d’information de nos téléspectateurs?

Réponse

14. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel peut désormais sanctionner toutes les chaînes… mais n’a pas les moyens de les surveiller! Henri Benkoski, le Secrétaire d’instruction du CSA, espère que de nouveaux moyens financiers permettront au CSA d’envisager la mise en place d’un monitoring. Qu’en pensez-vous?

D’autre part, le CSA regrette son manque de personnel chronique qui ne lui permet pas de mener à bien les nouvelles missions que lui a confié le Gouvernement Arc-en-ciel.

Tout le monde reconnaît l’impact de l’audiovisuel sur le public. Les francophones de notre pays regardent encore davantage la télé que les flamands mais les moyens mis en place pour favoriser la régulation de notre paysage audio-visuel sont totalement insuffisants.

Partagez-vous cette opinion? Que comptez-vous entreprendre, si vous participez au gouvernement, après les prochaines élections?

Réponse

15. La plupart des chaînes de la Communauté française ont été condamnées par le CSA pour diffusion de programmes excessivement violents à une heure de diffusion donnée. À chaque chaîne revient la responsabilité de choisir la signalétique qu’elle va apposer à ses programmes. Le visionnement de ceux-ci se fait parfois en accéléré, ce qui ne permet pas de détecter des scènes trop violentes ou marquées par la violence psychologique. D’autre part, se reporter sur les indications françaises devient aléatoire puisque notre pays adopte des attitudes éthiques différentes de notre voisin (euthanasie, usage de drogues douces, mariage des homosexuels, le port du voile, etc.). C’est pourquoi, en février 2003, le Ministre Miller envisageait une évolution de l’arrêté « signalétique » dans le courant de l’année 2003: « Les éditeurs de services seront tenus de visionner intégralement et en temps réel les émissions ».

Aujourd’hui, qu’en est-il et quel est le positionnement de votre parti sur ce sujet précis?

Réponse

16. Au printemps 2003, le musée « Album » proposait, rue des Charteux à Bruxelles, une exposition interactive totalement inédite et célébrée par Le Soir, La Libre… et Le Ligueur. Elle permettait aux adultes et aux adolescents de s’initier à la problématique de la violence gratuite dans les médias. C’était: « Carré blanc, autopsie de la violence dans les médias ». Aucun soutien des pouvoirs publics n’a permis à cette initiative de se poursuivre. Malgré le succès réservé par le public à ce travail d’éducation aux médias, le musée « Album » est aujourd’hui bel et bien fermé. Votre réaction?

Réponse

17. L’éducation aux médias audiovisuels: tout le monde en parle mais son financement reste symbolique. Qu’en pensez-vous?

Réponse

18. L’éducation à la presse écrite se développe à l’école mais pourquoi proposer aux enfants des quotidiens pour adultes plutôt que des journaux qui leur sont destinés?

Du coup, nombre de quotidiens ne parlent pratiquement plus d’éducation aux médias audiovisuels mais ne s’intéressent plus désormais qu’à la nouvelle initiative qui leur permet de vendre du papier…

Réponse
Chapitre 4 | Problématiques culturelles
(questions 19 à 25)

19. Beaucoup de musées sont gratuits sans grand succès le premier mercredi du mois après 13H. Pourquoi pas plutôt le dimanche? Lorsqu’on met en place une gratuité pour le public, n’est-ce pas discriminatoire de choisir un horaire où la plupart du public majeur travaille ou étudie?

Comment se positionne votre parti vis-à-vis des musées établis en Communauté française mais également vis-à-vis des musées fédéraux?

Réponse

20. Quelles seront, durant la prochaine législature,pour le public qui fréquente les bibliothèques ou la Médiathèque de la Communauté française, les répercussions des revendications des sociétés de droits d’auteurs?

Réponse

21. Est-il normal que des décisions ne se prennent pas au niveau fédéral alors qu’elles sont attendues par une majorité du public francophone? Par exemple, le prix unique du livre mais également la création d’une catégorie « interdit aux moins de 12 ans » qui viendrait s’adjoindre à l’unique « interdit aux moins de 16 ans » en application dans les salles de cinéma depuis 1920!

Réponse

22. Pourquoi paie-t-on plus cher si on nous empêche de copier?

En effet, le verrouillage des CD ne nous permet plus d’user de notre droit à la copie privée. Or, le financement de cette dernière par un prélèvement sur le prix du matériel de reproduction (K7, CD vierge, etc.) a quasi doublé en 2003!

Soutenez-vous toujours le droit absolu à la copie privé dans le cercle familial sans aucune restriction comme le prévoit la législation actuelle?

Que pensez-vous de la manière dont certains induisent en erreur une partie du public en confondant systématiquement piratage et copie privée?

Réponse

23. Il est difficile de faire coexister sans une régulation sérieuse le développement des salles « sans pop corn » et certains complexes cinématographiques qui ont lancé leurs cartes d’abonnement et qui « piquent » les meilleurs des films d’art et essai aux petites structures indépendantes.

Comment réguler cette évolution? La culture n’est-elle qu’un simple produit économique?

Réponse

24. La rotation de plus en plus rapide des films, même dans les salles d’art et d’essai, irrite certains spectateurs. Certains films sont parfois programmés dans une seule salle, pendant une semaine et selon un horaire peu accessible au public. Le bouche-à-oreille ne peut plus fonctionner.

Les pouvoirs subsidiants ne pourraient pas assortir de leur aide financière tant aux salles qu’aux (co)producteurs d’une clause qui imposerait une durée raisonnable de visibilité en salles des films financés avec les deniers publics?

Réponse

25. Est-il normal que nombre d’affiches de spectacles annoncent l’existence de réductions mais ne mentionnent même pas le prix normal des places? Pour connaître ces derniers, il faut utiliser un 0900 et donc la simple connaissance d’une tarification devient un produit à part entière qui se vend! Qu’en pensez-vous? La mention du prix ne devrait-elle pas retrouver sa place, au moins sur tout le matériel promotionnel des spectacles qui jouissent de subsides?

Test Achats remet en question le fait que la réservation des places de spectacles se fasse par des numéros spéciaux tels que les 0900. Il faudrait réserver ceux-ci à de véritables services à valeur ajoutée. Votre parti compte-t-il s’opposer à la léthargie qui règne autour d’une réglementation de ce secteur en expansion débridée et particulièrement rentable de la téléphonie?

Réponse
Chapitre 5 | D’autres questions posées par le public

– Comment développer ou relancer la lecture publique lorsqu’on voit que la RTBF supprime l’émission littéraire animée par Dolorès Oscari et diffusée tant en radio et qu’en télévision?

– Une radio associative, éducative, peut-elle être reconnue à part entière comme étant un mouvement d’éducation permanente?

– Quand on interroge les responsables de la RTBF, il est impossible de connaître les montants qu’ils consacrent aux programmes sportifs. Manifestement, cela coûte très cher, sachant que c’est au détriment d’autres objectifs du Service public. Je trouverais normal qu’une entreprise public soit transparente et publie les coût du Tour de France, de championnats de foot, des Jeux Olympiques, etc.

– Ne médiatise-t-on pas trop le procès Dutroux?

– Que pensez-vous de la presse quotidienne gratuite?