N°69 | Pub à la télé: qu’en pense le politique?

Le Ligueur du 19 mai 2004

Au cours de quatre Grands Entretiens coorganisés par la Fnac Bruxelles et Le Ligueur, les représentants des partis ont répondu à 25 questions traitant des droits des usagers du temps libre. Notre chronique y consacrera quatre articles dont voici le premier.

Chaque intervenant nous a répondu pendant près de deux heures: Christian Dupont, Ministre de la culture et de l’éducation permanente (PS), le 16 mars; Olivier Chastel, Ministre de l’audiovisuel et des arts et lettres (MR), le 22 avril; Jean-Marc Nollet, Ministre de l’enfance (ECOLO), le 29 avril; Julie de Groote, parlementaire (CDH), le 11 mai.

Les thématiques abordées sont apparues ou se sont singulièrement accrues durant l’actuelle législature « arc-en-ciel ». Quid du verrouillage des CD? Trop de pub à la RTBF? Quel prix pour le prêt en bibliothèque? Faut-il protéger le cinéma d’art et d’essai? Va-t-on interdire les 0900 aux enfants? Quels moyens pour l’éducation aux médias? etc.

Le site www.consoloirs.be propose dès maintenant la transcription complète des réponses aux 25 questions posées.

Maintien de la règle des cinq minutes

Signé en octobre 2001, le contrat de gestion en vigueur actuellement à la RTBF a transformé ses pratiques publicitaires. Passionné de sport, le Ministre Chastel (MR) fut surpris, dans un premier temps, par l’apparition de coupures à l’intérieur de ses programmes préférés mais il comprit bien vite qu’il faudrait s’y faire: « La RTBF analyse quels sont les meilleurs moments légaux pour diffuser ses spots publicitaires! ». Désormais, les coupures ne sont plus interdites que « dans les films, les programmes d’information, les captations d’art lyrique ou dramatique, sauf dans les interruptions naturelles » précise-t-il. Le cours de différentes émissions est donc interrompu par des pauses publicitaires et certains programmes changent de nature pour permettre cette pratique: outre les programmes sportifs, des jeux tels que « 60 secondes » ou le talk-show qui succède à « L’écran témoin » et qui n’est plus à proprement parler une émission d’information, « Chacun son histoire ».

On ne peut pour autant conclure que le bilan « arc-en-ciel » soit catastrophique en terme d’envahissement publicitaire sur les écrans du Service public. Il s’agit plutôt d’un statu quo, car une autre mesure y limite par ailleurs la présence des annonceurs. Il s’agit en fait de gérer autrement la présence des spots: le renforcement de leur présence dans les programmes « des grands » va de pair avec leur suppression de l’univers des enfants. Depuis le 1er janvier 2003, la même majorité a, en effet, interdit les publicités et le sponsoring durant les cinq minutes qui précèdent ou qui suivent les émissions pour enfants à la RTBF.

Aujourd’hui, certains souhaitent l’arrêt de cette initiative, contestant son efficacité car elle ne s’applique pas aux chaînes privées de la Communauté française (à l’inverse de ce qui se passe en Flandres). Les « politiques » ne partagent pas cette opinion. Le Ministre Dupont (PS): « Il ne faut certainement pas retirer cette obligation en cours qui est fondamentale, vitale et essentielle. C’est pas mal d’être un exemple, de temps en temps. La RTBF l’est à ce niveau-là. Peut-être que cela donnera des idées à d’autres ». Mme de Groote (CDH): « En tant que Députée, j’ai déposé une proposition de décret qui étendait cette interdiction à toutes nos chaînes. Cinq minutes avant et après, ce n’est pas grand chose! Cela m’a été refusé par la majorité ». Cette parlementaire de l’opposition est revenue en vain avec sa proposition d’amendement lors de l’élaboration du Décret de l’audiovisuel. Si le CDH entrait au Gouvernement, elle a l’intention de persister. Le Ministre Chastel (MR) trouve la mesure bonne, « réfléchit très franchement » à l’étendre aux autres chaînes et propose une harmonisation au niveau européen: « Une première étape serait d’établir un concensus entre les diffuseurs qui émettent en français ». Le Ministre Nollet (ECOLO) qui fut l’un des fers de lance de la mise en place de cette règle dite « des cinq minutes » veut être prudent dans son élargissement. L’imposer à Club RTL ou AB3 pourrait signifier la disparition des programmes pour enfants ou la programmation d’œuvres moins coûteuses, ce qui pourrait entraîner une partie du jeune public à zapper vers TF1: « C’est au niveau européen qu’il faut introduire pareil mécanisme de régulation. »

Unanimité pour le statu quo à 25%

La part des rentrées publicitaires, sponsoring inclus, ne peut dépasser le quart du budget de la RTBF qui est donc alimenté, pour l’essentiel, par la dotation publique. Ce seuil est en voie d’être atteint et le monde politique est interpellé dans les couloirs du Service public en vue de développer ce quota d’écrans publicitaires. Les représentants des différents partis, avec des sensibilités différentes, nous ont marqué leur refus d’obtempérer. Le Ministre Dupont (PS): « La réponse est non! Il n’est pas question d’augmenter ». Le Ministre Chastel (MR): « Je n’y suis pas favorable car cela risque de disproportionner le paysage audiovisuel. Je suis favorable au statu quo. ». Pour Mme de Groote (CDH), il ne faut augmenter ni la dotation de la RTBF, ni ses recettes publicitaires: « Il faut faire mieux fonctionner le service public avec ses moyens actuels ». Pourquoi pas davantage de possibilités publicitaires? « Lorsque France2 les a augmentées jusqu’au seuil de 40%, on l’a vu perdre une partie de son âme ».

Enfin, le Ministre Nollet (ECOLO): « Au départ, nous étions favorables à un maximum de 20%. Pendant les négociations, nous avons accepté 25%. On ne bougera plus. Certains pourraient être tentés d’augmenter le pourcentage publicitaire avec, en échange, une petite diminution de la contribution publique. Moi, je préfère dire non: le contexte actuel est bétonné. »

Pour un « contrat de gestion » plus précis

Cette unanimité n’était pas du tout évidente avant que ne se déroulent nos « Grands Entretiens ». Elle réjouira ceux et celles qui ne supportent pas le développement progressif de l’emprise publicitaire sur la RTBF. Il reste néanmoins à prévenir les retombées indirectes de pareilles limitations, en demandant à nos élus d’être très attentifs lorsqu’ils réaménageront les textes du contrat de gestion ertébéen au cours de la prochaine législature.

Des lecteurs du Ligueur regrettent que la réforme des radios vient d’engloutir plusieurs émissions destinées aux enfants. Dans le contrat de gestion, l’obligation de réaliser pareil type d’émission n’est prévue que pour la télévision! L’oubli du mot « radio » dans l’énoncé des « devoirs » du Service public n’est pas sans conséquence. Un parlementaire averti en vaut…