N°67 | Un journal gratuit… libre et rentable!

Le Ligueur du 5 mai 2004

Ce serait dommage de ne pas dévorer « ZONE 02 » sous prétexte que toute la presse gratuite serait frelatée!

Depuis près d’un an, dans de nombreux cafés bruxellois, des clients lisent cet hebdo gratuit. De plus en plus de présentoirs sont placés dans des grandes surfaces, à la poste, etc. Il existe actuellement près d’un millier de points de distribution. Dès le mercredi, partent ainsi comme de petits pains près de 80% des 75.000 de ces hebdos francophones et des 55.000 néerlandophones ainsi diffusés.

Une « voix » dans la ville

Comme indiqué en couverture, les rubriques abordées sont: « ciné, concerts, théâtre, expos, shopping, restos, fêtes, jobs, immo, auto ».

Les interviews relativement longues posent des questions de fond. La culture populaire voisine avec des découvertes plus pointues. Ces dernières se taillent même souvent la part du lion. Dans le N°42, des pages entières sont consacrées à trois sujets qui n’ont rien de « people »: l’adaptation au théâtre du film « No Man’s Land », l’opération Bruxelles-Babel et la création d’une collection de CD pour réaliser des visites guidées dans tel ou tel quartier. La semaine suivante, un long entretien de Jan Bucquoy sera présenté en couverture à l’occasion d’une rétrospective organisée aux Riches-Claires. Julien Bosseler, rédacteur en chef de ZONE 02, commente ce choix: « Il n’est pas innocent! Je peux mettre en évidence des découvertes dont on ne parle pas si souvent ailleurs. Même si cela peut paraître contradictoire, j’ai le sentiment de jouir d’une liberté plus grande que dans certains magazines payants qui doivent impérativement vendre et donc s’efforcent de plaire tout le temps au plus grand nombre ». Avec quelle politique rédactionnelle? « Ce magazine, c’est un guide des loisirs mais aussi une voix dans la ville. On n’a pas d’objectif politique précis mais je ne peux pas non plus concevoir qu’on ne soutienne aucune opinion! On a un parti-pris: lorsqu’on aborde des thèmes sociaux, on veut éviter d’être larmoyant ». Ainsi, pour annoncer une semaine de sensibilisation de la Ligue Braille, trois personnes handicapées furent invitées à exprimer leur passion de vivre à Bruxelles et d’émettre leurs revendications.

Pire que la pub

Les « gratuits » destinés à une clientèle jeune et urbaine existent depuis longtemps à Québec (« Voir ») ou à New-York (« Village Voice »). En moins de trois ans, De Persgroup (Het Laatste Nieuws, De Morgen, etc.) a rentabilisé l’un de ces « city magazines » paru en 2000 à Anvers: « ZONE 03 ». Sur base de ce succès, furent ensuite lancés à Gand, puis à Bruxelles, « ZONE 09 » et « ZONE 02 ». À chaque fois, le public plébiscite cette volonté de publications qui proposent un contenu consistant et des positions critiques.

Une non-dépendance rédactionnelle à l’égard des annonceurs est-elle possible? En pages 18 et 19 du N°42, coexistent un article soulignant « le dépaysement assuré dans un décor feutré » de tel restaurant …et une publicité vantant son buffet à 10 euros! Mr Bosseler nous explique que ce « hasard » de mise en page est contreproductif car il induit le doute. A contrario, c’est la preuve que lorsqu’il s’occupe du planning rédactionnel, il ne sait pas quelles publicités seront publiées: « Mon patron m’a couvert lorsque j’ai publié une critique défavorable qui a causé l’annulation d’un contrat publicitaire. Je ne nie pas les tentatives de pression mais j’évite de participer à un jeu complaisant. Actuellement, l’interventionnisme provient davantage des cellules de communication: vous pourrez interviewer tel artiste à condition que sa photo apparaisse « à la une »! De plus en plus souvent, des gens me demandent combien ils devront payer pour qu’on leur consacre un article. Pareille pratique existerait-elle déjà dans d’autres médias? ».

Tant que ZONE 02 poursuivra la politique rédactionnelle affichée actuellement, il participera à un travail de démocratisation culturelle aux côtés d’autres publications payantes(1).

(1) Par exemple, le mensuel « Kiosque » qui permet à ses lecteurs de programmer dès le début de mois leurs sorties à Bruxelles et dans le Brabant-Wallon. Ses abonnés (17,5 euros par an) retrouvent rapidement leur mise financière en participant à des tirages au sort qui leur sont spécialement destinés de places gratuites. Pour ce mois d’avril: Maurane, « Autant en emporte le vent », UB40+Beef, etc.