N°66 | L’éducation aux médias: la réaliser plutôt qu’en parler!

Le Ligueur du 21 avril 2004

Les décideurs politiques claironnent l’éducation aux médias comme remède à toutes les dérégulations mais la financent à dose homéopathique.

Depuis près de dix ans, les subsides accordés à l’éducation aux médias sont si maigres que seul, le champs scolaire commence à être irrigué. Différents observateurs ont constaté que près de 90% de nos élèves et enseignants n’y ont pas droit.

Aujourd’hui, à la veille des élections, une série de personnalités publient une lettre ouverte qui demande que d’autres secteurs comme l’éducation permanente prennent mieux en compte ce besoin d’une « éducation critique au bénéfice de l’ensemble des citoyens ». Elles donnent ainsi écho à une interpellation de Betty Meyer de l’association de parents Ufapec: « Nous, les parents, nous avons besoin d’une information aux médias! Comment voulez-vous que les parents expliquent aux enfants ce qu’ils ne perçoivent pas bien eux-mêmes! ».

Faute de subsides, « Album » n’aurait peut-être pas dû fermer ses portes malgré un succès public et le soutien d’articles élogieux parus dans Le Soir, La Libre Belgique ou Le Ligueur(1). Ce petit musée établi rue des Chartreux à Bruxelles proposait l’année dernière une exposition qui permettait de s’interroger, à tout âge, sur la violence gratuite dans les médias.

Pour une soirée-événement

Les financements actuels ne permettent pas au Conseil de l’Education aux Médias et ses trois centres de ressources(2) d’assumer complètement ou de développer leurs missions.

Durant l’actuelle législature, un seul élément novateur fut constaté: les subsides qui permirent d’initier au décryptage de la presse quotidienne à l’école.

Mais pour le reste? Même l’obligation pour la RTBF d’organiser dès 2002 « tant en radio qu’en télévision, une soirée thématique annuelle consacrée à l’éducation aux médias » n’est pas rencontrée.

Ce 24 mars 2004, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel vient enfin d’établir officiellement ce grief dans son contrôle de l’exercice 2002 du Service public. Mais l’organe de régulation ne peut pas sanctionner le diffuseur pour ce manquement car, à l’époque des faits, le nouveau décret qui lui permet dorénavant d’éventuellement la « punir » n’avait pas encore été voté.

La liste descoups de couteaux assénés par la RTBF à son contrat de gestion(3) pour l’année 2002 vient d’être transmise par le CSA au Gouvernement. Celui-ci est en droit de sévir s’il le juge opportun. On se souvient que le Ministre Ducarme avait l’intention d’infliger une amende de 2.498.068 euros à AB3 pour non-respect de ses engagements en matière de production propre et d’emploi, de quotas d’œuvres européennes, etc. On est curieux de découvrir si cette sévérité sera aussi nette lorsqu’il s’agit de manquements moins « économiques », plus « citoyens » du Service public! La sanction devrait être dissuasive puisqu’on constate dès à présent que l’examen de l’exercice de 2003 montrera que la RTBF a récidivé. Et qu’en sera-t-il pour 2004?

Bien qu’elle ait négocié tous les termes de son contrat de gestion, la RTBF soutient désormais qu’il serait plus adéquat « de traiter ce thème dans le cadre d’émissions spéciales et récurrentes plutôt qu’au cours d’une seule soirée annuelle ». Elle semble donc en demander davantage sans concrétiser le minimum exigé!

Nous pensons que, parce qu’elle est juge et partie, ce n’est pas à la RTBF de mener un travail régulier d’éducation aux médias. La voyez-vous, par exemple, détailler l’influence du sponsoring sur le choix de ses programmes? Il en est de même pour les autres médias de masse et c’est pour cette raison que des financements confortables doivent être attribués à cette fin au secteur éducatif (enseignement, éducation permanente). Par contre, une soirée annuelle en télévision et en radio garde sa pertinence si elle crée l’événement et fait le point sur le fonctionnement de ce secteur: interpellation des ministres sur les subsides accordés ou non, réflexion sur les manières de procéder, découverte d’expériences d’autres pays, interpellation des diffuseurs, etc.

(1) Voir chronique 28 (9 avril 2003).
(2) Bd Léopold II, 44 (local 4A131.1) 1080 Bruxelles. E-mail: cem@cfwb.be
(3) Quota de 10% d’œuvres musicales de la Communauté française non respecté, agenda « associatif » absent, non diffusion en créneau de nuit d’œuvres d’étudiants issus de nos écoles artistiques, etc.