N°64 | Jusqu’où améliorer la signalétique?

Le Ligueur du 7 avril 2004

Comment le Gouvernement va-t-il faire évoluer la signalétique jeunesse?

Nous espérions qu’Olivier Chastel, le nouveau Ministre de l’Audiovisuel, fasse du dossier de la signalétique dite « antiviolence » l’une de ses priorités(1). Le 3 mars, il a effectivement fait approuver en première lecture au Gouvernement un projet d’arrêté concernant cette thématique et un avis a été demandé au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel.

Ce n’est qu’un avis!

Le Collège d’Avis du CSA s’est positionné ce 23 mars. Pour préparer sa deuxième lecture du futur arrêté, le Gouvernement lira certainement avec attention ces propositions de l’organe de régulation mais il lui est loisible ou non d’en tenir compte. Ainsi, en novembre 2000, sur proposition de Corinne De Permentier, alors Ministre de l’Audiovisuel, le Gouvernement imposa aux chaînes de diffuser les programmes interdits aux moins de 12 et 16 ans respectivement après 20H et 22H, alors que le Collège d’Avis du CSA n’avait pas proposé cette option.

Aujourd’hui, il y a accord pour ranger aux oubliettes les triangles sur fond orange et autres cercles sur fond bleu. Le sens de ces pictogrammes n’était pas bien compris par le public. Les chaînes de la Communauté française vont adopter la nouvelle signalétique appliquée en France avec succès depuis plus de deux ans déjà. Des chiffres noirs sur un cercle blanc indiquent que les œuvres diffusées sont déconseillées aux moins de 10, 12, 16 et 18 ans.

Divergences

Par contre, le Collège d’Avis propose d’amender plusieurs points du projet gouvernemental. Ce Collège se compose de nombreuses personnalités « juges et parties » (diffuseurs, publicitaires, etc.) et d’autres, moins nombreuses, issues du milieu associatif. Ses réunions sont confidentielles et donc nous ne pouvons nous baser que sur le texte officiel de l’avis.

Celui-ci trouve excessive la durée de douze secondes durant lesquelles apparaitraient à l’écran les mentions indiquant que tel ou tel programme est déconseillé. Sept secondes lui paraissent suffisantes.

Pour le Gouvernement, les programmes déconseillés aux moins de 12 ans seraient interdits de diffusion entre 6H et 20H30 en semaine et entre 6H et 22H30 les vendredis, samedis, jours fériés, veilles de jours fériés ainsi que pendant les périodes de vacances scolaires. Suivant le même schéma, les programmes « – 16 ans » verraient leur diffusion retardée à 22H ou à 23H. Le Collège d’Avis ne trouve pas pertinente cette différence de traitement entre les jours « scolaires » et les autres jours.Cette formule fait pourtant ses preuves en France.

Quels programmes faut-il exempter de signalétique? Le Gouvernement et une partie du Collège d’Avis proposent la publicité. Cette mesureserait trop lourde pour les opérateurs!

Il est aussi probable que les journaux télévisés y échappent. Pourtant la signalétique renforcerait la prise de conscience des journalistes par rapport à ce qu’ils diffusent et empêcherait également de mettre à l’antenne certains reportages avec trop de précipitation. On va sans doute se contenter d’un avertissement oral par les journalistes en cas de sujet sensible, ce qui agrée bien les diffuseurs!

Informer les parents

À chaque chaîne revient la responsabilité de choisir la signalétique qu’elle va apposer à ses programmes. Le visionnement de ceux-ci se fait parfois en accéléré, ce qui ne permet pas de détecter toutes les violences psychologiques! C’est pourquoi, dès février 2003, le Ministre Richard Miller souhaitait ainsi légiférer: « Les éditeurs de services seront tenus de visionner intégralement et en temps réel les émissions ». Aujourd’hui, plus personne ne semble se souvenir de cette proposition pourtant essentielle.

Enfin, le Collège d’Avis propose que la modification de cette réglementation s’accompagne d’une information pertinente au public: « Cette information devra faire l’objet de dispositions prises de commun accord par les autorités et les éditeurs de services ». Conseillons au Gouvernement d’être plus radical! Il faut que les enjeux de la signalétique soient rappelés régulièrement aux parents et pas uniquement au moment où l’évolution des pictogrammes sera mise en place. Les chaînes ne sont pas si pauvres! Pourquoi ne pas affecter à la production de pareilles campagnes d’information une petite partie de leurs nouveaux gains engrangés par le développement significatif de la vente de produits dérivés (CD, DVD) ou de l’interactivité (SMS, 0900)?

(1) Voir rubrique 59, Le Ligueur, 25/02/2004.