Lettre envoyée aux Ministres, au CSA, à la presse…

Quel lifting pour la signalétique jeunesse?

Ce 9 mars, j’ai envoyé une lettre à différents ministres, plusieurs représentants du CSA, à quelques journalistes.

Enfin! Le nouveau Ministre de l’Audiovisuel a accéléré l’évolution de la signalétique jeunesse. Les petits pictogrammes qui apparaissent à l’écran et qui ne sont pas bien compréhensibles du public vont être remplacés dans quelques mois par des chiffres plus efficaces, ceux qui apparaissent sur les chaînes françaises depuis deux ans déjà.

Mais… le projet d’arrêté ministériel me semble un peu léger!

Sur cette thématique, il y a une série d’obligations complémentaires qu’il faudrait imposer aux chaînes.

Elles devraient être incluses dans le projet avant qu’il ne passe en deuxième lecture au Conseil des Ministres.

Il est donc utile de s’exprimer et de revendiquer dans les jours qui viennent sur cette thématique.

Pourquoi pas un « Mise au Point » à la RTBF? Jusqu’à présent, la seule fois où cette émission a abordé le sujet « porteur » et utile de la violence TV, c’est… la semaine où RTL TVI fut été condamnée pour violence gratuite dans son JT par le CSA, en 1997!

Journalistes, hommes politiques, responsables d’associations et citoyens, c’est le moment de débattre, de réfléchir et/ou de revendiquer.

Voici ma lettre:

Bruxelles, le 09/03/2004

Je voudrais vous présenter quatre propositions d’évolution à apporter au projet d’arrêté relatif à la protection des mineurs contre les programmes de télévision susceptibles de nuire à leur épanouissement physique, moral ou mental.

Avant la deuxième lecture par le Gouvernement qui pourrait être programmée avant la fin de cette législature, le texte de ce projet d’arrêté peut évoluer.

En effet, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) dispose d’un mois pour préparer ses remarques. Le Gouvernement lira certainement avec attention cet avis proposé par l’organe de régulation mais il lui est loisible d’en tenir compte ou non.

Pour rappel, suite aux pressions de l’Association des téléspectateurs actifs (ATA) dont j’étais le coordinateur, en novembre 2000, c’est sur proposition de Corinne De Permentier, alors Ministre de l’Audiovisuel, que le Gouvernement imposa aux chaînes de diffuser les programmes interdits aux moins de 12 ans et de 16 ans respectivement après 20H et 22H, alors que le Collège d’Avis du CSA n’avait pas proposé cette option dans les deux avis qu’il avait remis sur cette thématique.

Il n’est donc pas inutile que les citoyens ou les groupes de pression s’expriment dans les jours à venir sur le contenu de ce projet de nouvel arrêté.

C’est ce que je souhaite faire dans la présente lettre.

Ce projet est intéressant. Il va enfin ranger au grenier les triangles sur fond orange et autres cercles sur fond bleu. Le sens de ces pictogrammes n’était pas bien compris par le public. Il me semble heureux que les chaînes de la Communauté française vont adopter la nouvelle signalétique qui est appliquée en France avec succès depuis plus de deux ans déjà.

Mes quatre propositions:

Cependant, cette proposition de texte législatif fait l’impasse sur plusieurs problématiques débattues au cours d’une audition publique qui fit l’évaluation de deux ans de signalétique, le 12 mai dernier.

  1. Jusqu’à présent, la plupart des diffuseurs de la Communauté française ont été condamnés par le CSA pour diffusion de programmes excessivement violents à une heure de diffusion donnée. À chaque chaîne revient la responsabilité de choisir la signalétique de ses programmes. Le visionnement de ceux-ci se fait parfois en accéléré, ce qui ne permet pas de détecter des scènes trop violentes ou marquées par la violence psychologique. D’autre part, se reporter sur les indications « made in France » devient aléatoire puisque notre pays adopte des attitudes éthiques différentes de notre voisin (euthanasie, usage de drogues douces, mariage des homosexuels, etc.). C’est pourquoi, en février 2003, en tant que Ministre de l’Audiovisuel, Richard Miller envisageait l’évolution suivante à apporter à l’arrêté « signalétique » dans le courant de l’année 2003: « Les éditeurs de services seront tenus de visionner intégralement et en temps réel les émissions ». Nous voilà en 2004 et cette idée qui ne plaît pas aux diffuseurs a disparue de la copie de son second successeur, Olivier Chastel (qui a pris le relais après la démission de Daniel Ducarme).
  2. D’autre part, l’idée d’appliquer la signalétique également aux reportages des JT n’a pas été retenue jusqu’à présent. Pourtant cette option aurait plusieurs effets salutaires. Cela renforcerait la prise de conscience des journalistes par rapport à ce qu’ils diffusent et empêcherait également de mettre à l’antenne certains reportages avec trop de précipitation.

    Le Gouvernement se contenterait d’un avertissement oral par les journalistes en cas de sujet sensible?

    La signalétique permet pourtant de nuancer ces signaux d’alerte qui sont tellement utiles aux usagers du petit écran.

  3. Pourquoi ce projet d’arrêté ne contraindrait-il pas les chaînes à produire régulièrement des campagnes d’explication sur la signalétique à proposer à leur public à des heures de forte audience? Sur les chaînes françaises, de telles campagnes se sont multipliées à l’inverse de chez nous… jusqu’à présent.
  4. L’étude de Mr Patesson montre qu’il y a une inflation de films « tous publics ». Cela semble confirmer le danger qui se pose pour les programmes déconseillés aux moins de 16 ans. Puisque ces œuvres doivent être programmées à des heures tardives, elles sont donc moins rentables économiquement. On pourrait arriver à une sorte de censure sur la création puisque les producteurs seront amenés à ne plus investir dans de tels projets.

    C’est pourquoi il faudrait que les chaînes s’engagent à créer une case régulière après 22H ou 23H pour diffuser régulièrement ce type de programmes.

Dans l’espoir que vous pourrez tenir compte de mes remarques, je vous prie de croire en l’expression de mes sentiments les plus respectueux.