N°62 | « Ça bouge »: il était plus que temps!

Le Ligueur du 17 mars 2004

Avec plus de 26 mois de retard, presque sans aucun moyen technique et dans une discrétion lamentable, la RTBF met enfin à l’antenne son formidable agenda associatif.

Les communiqués de presse de la RTBF destinés aux hebdomadaires l’ignorent et pourtant c’est bien ce jeudi 18 mars entre 22H et 23H(1) que La Deux devrait lancer « Ça bouge », un agenda « associatif » qui annoncera, chaque semaine, une dizaine d’activités organisées ou soutenues par des associations, des mouvements d’éducation permanente, des ONG: des réunions, des conférences, des colloques, des formations, des procès ou des manifestations emblématiques.

Pour s’opposer aux extrémismes

Après « Les Niouzz » et « Qu’en Dites-vous? », c’est la troisième émission TV suscitée par le combat d’une poignée de bénévoles de feu l’Association des Téléspectateurs Actifs (1994-2002). Peu nombreux, sans aucun subside et liés à aucun parti politique, ceux-ci revendiquaient que des citoyens puissent se faire entendre par des élus lorsqu’ils préconisaient des évolutions utiles au « bien commun ». À plusieurs reprises, le gouvernement a tenu compte de celles-ci lorsqu’il négocia avec la RTBF les évolutions de son contrat de gestion.

Pour les « Niouzz » qui viennent de fêter leur quatrième anniversaire, l’A.TA. avait coordonné un « Appel » de 150 personnalités sociales, culturelles et politiques(2). La découverte des corps des enfants assassinés et l’évasion de Marc Dutroux imposaient la création d’un JT spécifique pour les enfants.

De même, pour l’agenda associatif, la revendication fut signée il y a trois ans déjà par Rudy Demotte, alors Ministre de la Culture, une douzaine de parlementaires des différents partis, deux membres du conseil d’administration de la RTBF (Ecolo et PS) ainsi que de nombreux représentants de la société civile.

Une « carte blanche » signée notamment par Amnesty International, Action Commune Culturelle Socialiste, le Mouvement Ouvrier Chrétien et La Ligue des Familles expliquait clairement la différence entre le fait de découvrir son compte-rendu dans un média et celui de pouvoir assister au procès « Rwanda ». Ils notent: « Un agenda citoyen pourrait permettre au public d’affirmer sa solidarité. C’est une manière concrète de lutter contre un individualisme de plus en plus présent, de s’opposer aux extrémismes et de favoriser l’accès à la gestion de la cité ».

Budget: que 500 euros!

Le contrat de gestion que la RTBF doit respecter depuis le 1er janvier 2002 prévoit qu’elle propose tant en radio(3) qu’en télévision « une émission présentant l’agenda des manifestations d’éducation permanente en Communauté Wallonie-Bruxelles ».

Avec un retard de plus de 26 mois qui équivaut, pour le secteur associatif, à un préjudice d’un bon millier d’activités non annoncées, la RTBF met enfin, avec fort peu de bonne volonté, « Ça bouge » à l’antenne.

Quelles activités promotionner? Aucune annonce à l’antenne pour demander aux associations d’envoyer leurs communiqués(4), contrairement aux reportages diffusés à propos des castings pour « L’Eurokids » ou le nouveau jeu « 60 secondes ». Ces deux dernières initiatives disposent, quant à elles, de moyens de production appréciables bien que leur présence à l’antenne n’ait rien d’obligatoire, à l’inverse de l’agenda associatif qui jouirait d’un budget ridicule de 500 euros par numéro! De quoi s’interroger sur les priorités qui président à l’utilisation de l’argent de la dotation publique.

De semaine en semaine, le démarrage de « Ça bouge » sera reporté, son « port d’attache » hésitera entre Bruxelles et Charleroi et la composition de sa mini-équipe ne cessera d’évoluer.

Que penser du fait que la presse hebdomadaire n’ait même pas été informée correctement de cette naissance? Nous voilà donc aux antipodes des fastes accordés naguère à l’envol des « Niouzz »(5).

Enfin, un constat bizarre: l’agenda culturel « Javas » est programmé sur La Une alors que c’est La Deux qui est censée rassembler les émissions culturelles. Par contre, « Ça bouge » qui s’adresse au public de La Une (chaîne « généraliste ») sera cantonné sur La Deux, chaîne plus confidentielle.

« Ça bouge » serait-elle une corvée pour la Direction de la RTBF(6) alors que cette nouveauté devrait être considérée, au contraire, comme un programme emblématique du Service public? Avec des « presque rien », des réalisateurs ertébéens ont parfois réalisé des merveilles. Il nous reste donc maintenant, conscients des difficultés en cuisine, à savourer à sa juste mesure ce nouveau mets lorsqu’on se décidera enfin nous le servir!

(1) Puis, le 25 mars à 23H20 avec une rediffusion le 26 à 22H10.
(2) De Dirk Frimout à Maurane, Pierre Mertens, Roba, Kroll, Lise Thiry, les directions de tous les partis démocratiques, une quarantaine de parlementaires, etc.
(3) Où peut-on capter l’équivalent de « Ça bouge » en radio?
(4) Contactez désormais: cabouge@rtbf.be
(5) Ce qui fut rentable pour l’image de la RTBF puisque la presse écrite en fit un réel événement médiatique.
(6) À l’exception de Carine Bratzlavsky, sans qui « Ça bouge » serait sans doute encore aux oubliettes.