N°61 | Vrai ou faux direct?

Le Ligueur du 10 mars 2004

Le 28 février dernier, Béatrice Schoënberg annonce ainsi Les Victoires de la Musique qui démarrent à l’issue de son 20H: « Cette soirée sera donc, c’est bien décidé maintenant, en direct et pas en léger différé ».

À l’inverse de ce qu’elle avait annoncé à la presse écrite, France2 avait opté pour la diffusion de ces Victoires en (léger) différé. La technique permet désormais au réalisateur de couper (censurer?) en quelques instants une séquence jugée indésirable. Par exemple, une intervention non programmée d’intermittents du spectacle dénonçant la réforme de leur statut! Et si un lauréat de ces Victoires adressait des louanges au ministre Jean-Jacques Aillagon? « Ça, on ne le coupera pas, je le garantis » a admis Yves Bigot, le Directeur des variétés de France2, à Raphaël Garrigos, le journaliste de « Libération » qui dévoila le pot aux roses(1). Puisque le « secret » était éventé, France2 a préféré en dernière minute revenir au direct.

Pendant les trois heures de diffusion de celui-ci, un sigle « en direct » fut affiché à l’écran pendant que Jean-Luc Delarue et Guillaume Durand rappelèrent 18 fois que l’on était bien « en direct »! S’il n’y avait pas eu le pavé dans la mare, France2 aurait-elle indiqué en permanence que les Victoires étaient proposées en (léger) différé? Pareille habitude n’existe pas actuellement dans notre paysage audiovisuel.

« Il faut le préciser »

La mention d’une « date de fraîcheur » (direct/différé, par exemple) est utile car elle peut permettre au public d’être sur ses gardes. La séquence est-elle montée? Honnêtement?

En Communauté française, l’actuelle majorité « arc-en-ciel » a commencé à innover dans ce sens. Depuis 2002, le contrat de gestion qu’elle a négocié avec la RTBF prévoit que « l’Entreprise précisera aux téléspectateurs, par tout moyen qu’elle jugera adéquat, qu’il s’agit, le cas échéant, d’une rediffusion ou d’une diffusion différée »(2).

Nous avons déposé plainte au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel pour le non-respect de cette obligation lors de la diffusion d’un « Mise au Point » sur les rapts parentaux enregistré par la RTBF, le 7 décembre dernier (« Controverse » abordait le même thème avec des invités analogues qui avaient opté pour le direct de RTL TVI). Le Service public a plaidé l’oubli du présentateur et non une attitude délibérée. Le CSA a signifié qu’il serait vigilant à l’avenir(3). La RTBF a retenu la leçon: le 1er février, à la fin de l’interview de Richard Fourneaux à propos de son ralliement au MR, Olivier Maroy, le présentateur de « Mise au point » a indiqué: « Voilà! Cette interview, il faut le préciser, a été enregistrée dans les conditions du direct, il y a quelques minutes. Retour donc maintenant sur le plateau en direct ».

« Qu’en Dites-Vous? » pris en défaut

Ce premier pas réglementaire reste imparfait. Cette nouvelle obligation ne concerne que la RTBF alors qu’elle serait justifiée sur les autres chaînes également. On sait que le public aime le direct. Pascal Vrébos est en droit de le simuler, et pas Olivier Maroy. Il y a donc de fait une discrimination vis-à-vis du Service public.

En outre, pour la RTBF, cette réglementation ne s’applique que pour « les émissions autres que le divertissement, les fictions et documentaires » et n’est pas prévue non plus pour les radios.

Enfin, il faudrait, à l’inverse de ce qu’Olivier Maroy pratique dans « Mise au point », que ce « datage » soit indiqué au début des séquences concernées. En effet, la connaissance de cet élément peut faire évoluer la perception même du reportage ou de l’interview par l’usager du petit écran. Et il est piquant de constater que le même journaliste a choisi le début de l’émission pour annoncer que le « Mise au point » sur le procès d’Arlon était en direct, ce 29 février… Deux poids, deux mesures donc: les « ingrédients valorisants » avant consommation, et les « colorants », après!

Il n’y a pas que « Mise au point » qui est concerné. D’autres émissions de la RTBF le sont aussi par cette nouvelle obligation. « Qu’en Dites-Vous? » semble l’ignorer. Présenté par Françoise de Thier, ce programme désormais mensuel(4) n’est pas en direct et rien ne l’indique directement. Quel recul par rapport à la version précédente de cette émission de médiation, lorsqu’elle était animée par Jean-Jacques Jespers! Au bas de l’écran, défilait au début de l’émission le texte suivant: « Cette émission a été enregistrée dans les conditions du direct et n’a subi aucune modification ». Sur ce point, la nouvelle version de « Qu’en Dites-Vous? » ne respecte donc plus le contrat de gestion de la RTBF qu’elle ne cesse pourtant d’expliquer à son public!

(1) 27/02/2004.
(2) Contrat de gestion et autres textes législatifs dans « L’audiovisuel, je veux savoir », 2003, 236 pages, 10 euros, Editions Luc Pire.
(3) CSA, Rue Jean Chapelié, 35 à 1050 Bruxelles. On peut aussi déposer plainte et demander à recevoir régulièrement la newsletter via le site: www.csa.cfwb.be
(4) Le dernier samedi du mois à 12H15 sur La Une.