N°60 | Pour un « code de bonne conduite »

Le Ligueur du 3 mars 2004

Est-ce parce que le pactole en jeu est collosal qu’une évolution de la régulation des onéreux 0900 tarde? Il serait utile que le monde culturel qui a souvent recours à ces numéros de téléphone surtaxés se positionne sur cette problématique.

Voilà plus de six ans que le marché belge des télécommunications a été ouvert à la concurrence. Le code d’éthique que devait appliquer Belgacom jusqu’alors n’a pas été proposé aux nouveaux opérateurs! En conséquence, pour éviter toute discrimination, une sorte de vide juridique s’est installé et la commission d’éthique de l’IBPT auprès de laquelle les usagers peuvent déposer plainte est inopérante… même si ses coordonnées continuent d’être mentionnées dans les bottins téléphoniquesles plus récents! Les ministres successifs (Rik Daems et Fientje Moermam) tardent à prendre en considération les demandes légitimes d’usagers pour mieux réglementer ce secteur(1). Par exemple, combien de temps faudra-t-il encore attendre avant qu’il ne soit statué à propos de la proposition de Test-Achats de réserver les numéros spéciaux (dont les 0900) à de véritables services à valeur ajoutée: « …On peut notamment douter de ce critère pour la réservation des spectacles, un secteur où les plaintes sont excessivement nombreuses ».

Les recettes sont réparties entre l’opérateur et l’exploitant de ces numéros lucratifs, dont les médias. Voilà pourquoi les 0900 fleurissent dans les émissions de télé-réalité des chaînes privées. Et la nouvelle excessivement nombreuses ».RTBF d’après-Magellan n’est pas en reste non plus!

Pour une initiative culturelle

Face à ce blocage généralisé, nous avons décidé d’interpeller le monde culturel. Les affiches de l’exposition de Philippe Geluck à l’Autoworld jusqu’au 16 mai prochain renseignent deux 0900 sans que leur tarification ne soit signalée, ce qui est répréhensible. Aucune adresse d’éditeur responsable n’y est imprimée. Vers qui donc se retourner? Vers le Ministère de la Communauté française dont le sigle illustre ce matériel de promotion discutable. Début février, nous avons donc interpellé de manière constructive Henry Ingberg et Martine Lahaye, deux éminents représentants de cette institution, sans réponse de leur part pour l’instant: « …Les affiches et le matériel promotionnel des activités culturelles respectent, nous semble-t-il, de moins en moins les usagers. Des acquis se perdent. Ne serait-il pas temps d’imposer à vos partenaires qui reçoivent des subsides un code de bonne conduite à respecter dans l’élaboration du matériel promotionnel de leurs activités? ».

Il conviendrait de réaffirmer l’obligation d’indiquer la tarification des 0900 mais il faudrait aussi proposer des indications techniques qui mettraient fin aux présentations minuscules, incompréhensibles ou illisibles de celles-ci! On pourrait également trancher dans le débat de la pertinence de faire appel ou non à ces numéros spéciaux pour des annonces culturelles.

À Dampremy, le 27 avril

Notre interpellation des autorités culturelles n’est pas innocente. Nous espérons qu’elles prendront une initiative concrète pour lancer l’élaboration de ce code à l’écoute des intérêts des usagers, le 27 avril prochain. Ce jour-là, à Dampremy, la Direction générale de la Culture organise la rencontre « Communiquer la culture ». Parmi les objectifs: « Entre marketing institutionnel, marketing culturel et langage réservé à des initiés, comment se pense, se réfléchit et se pratique la communication des organismes culturels de Bruxelles et de Wallonie? »(2). Un atelier de réflexion y sera consacré à la présente thématique. C’est un premier pas. Mais pourquoi ne pas y annoncer une décision plus précise qui engagerait concrètement l’avenir?

La connaissance du prix s’achète

Bien entendu, ce code ne se limiterait pas à statuer sur le sort des 0900. Parmi les nombreuses thématiques qu’il devrait envisager, il y a celle de la mention des prix. Avez-vous remarqué que certaines affiches annoncent le type de réductions accordées… mais pas le montant des place normales!

Aux représentants du Ministère de la Communauté française, nous expliquons: « Aujourd’hui, les organisateurs préfèrent mentionner leurs sponsors plutôt que le prix des places qui devient un produit qui s’achète (il faut utiliser un appel surtaxé pour découvrir le prix du spectacle). Cela n’a pas toujours été ainsi. Autrefois, il était naturel d’indiquer les prix. Il y a une vingtaine d’années, les concerts n’étaient annoncés dans la rubrique de Télémoustique que si leur organisateur précisait les prix dans l’information qu’il envoyait à la rédaction… La mention du prix faciliterait d’ailleurs pour le public une étude comparative. »

(1) Voir « Les 0900 accélèrent l’endettement des ménages », 15ème article paru dans la présente rubrique, le 11/12/2002 (Le Ligueur N°47).
(2) Participation aux frais: 25 euros. Contact: Service de la Formation, Ministère de la Communauté française, Bd Léopold II, 44 à 1080 Bruxelles. E-mail: alain.dewasseige@cfwb.be