N°55 | Chute d’audience évitable

Le Ligueur du 14 janvier 2004

La RTBF ne recherche pas le développement de l’audimat pour toutes ses programmes. Depuis le mois de septembre dernier, elle s’est ingéniée à sacrifier l’audience de son émission challenger « L’Hebdo ».

C’est le monde à l’envers! Alors que la RTBF affirme réserver à ses émissions d’information une place de choix, c’est plutôt ses programmes de divertissement diffusés sur la Une qu’elle choie lorsqu’ils attirent beaucoup moins de téléspectateurs que prévu. Changement d’horaire de diffusion et évolution du contenu sont les remèdes appliqués pour tenter de rendre plus attirants « Seul contre tous » ou « Chacun son histoire ». L’attention de la direction est à son comble mais tout le monde semble oublier une tierce cause de ces échecs: la nouvelle manie d’imposer des coupures publicitaires dans ses émissions(1). Le public considère sans doute qu’il s’agit-là d’une pratique de chaîne privée et l’accepte difficilement de la part de la RTBF.

Jusqu’à un tiers du public

Pendant près d’une dizaine d’années, « L’Hebdo » sera le fleuron des magazines d’information de la RTBF: on se rappellera encore longtemps dans les chaumières ce sujet tourné sur Samira avec une caméra cachée au 127 Bis avant sa mort par étouffement, les reportages consacrés à la justice au Rwanda ou à la peine de mort au USA.

L’émission vient d’ailleurs d’être élue le magazine préféré des chaînes de la Communauté française par les lecteurs de Télémoustique.

Depuis le 1er septembre 2000, « L’Hebdo » était diffusé dans le corps même du JT de 19H30 du vendredi. À la une de feu le quotidien « le Matin », on pouvait lire: « Cette émission n’est plus captive de l’horrible et horripilant tunnel des réclames. On en a peu parlé: forcément, c’était une bonne nouvelle ». Pendant trois ans, ce choix courageux de programmation attirera entre 300 et 400.000 téléspectateurs et, deux semaines sur trois, le magazine sera classé dans le « Top 10 » présenté dans nombre de journaux de la presse écrite.

Aujourd’hui, ce résultat de l’audimat affiche essentiellement les succès de RTL-TVI et une 2ème ou 3ème place pour le JT de la RTBF! Depuis septembre dernier, le Service public a restauré le tunnel publicitaire entre la fin du JT de 19H30 et la diffusion de « L’Hebdo » vers 20H20. Le magazine perd depuis, en moyenne, un quart ou un tiers de son public et sa présence devient exceptionnelle au « Top 10″(2). L’explication officielle de ce changement? À l’avenir, toutes les soirées de La Une commenceront à 20H20.

Tout pour les séries?

L’évolution des rediffusions constitue un second coup de poignard: une chute de 60.000 à 40.000 téléspectateurs. Avant l’été dernier, les horaires étaient favorables: sur la Deux, le dimanche en fin d’après-midi ainsi que dans la « boucle » de la nuit du lundi au mardi. Désormais, avec raison d’ailleurs, la seconde chaîne de la RTBF ne souhaite plus assumer ce rôle de rediffusion pour déployer sa personnalité propre. Depuis la rentrée, une seule rediffusion est donc proposée dans un créneau confidentiel sur La Une: le mardi vers 11H15! Pourquoi pas un horaire plus attractif? Le dimanche, faut-il absolument truffer l’après-midi de quatre séries?

Ni 20H10, ni 20H15!

Elément supplémentaire qui peut provoquer l’irascibilité du public: l’annonce systématiquement erronée de l’horaire de ce programme aux magazines TV. Alors que « L’Hebdo » démarre d’habitude à 20H20, la RTBF s’est ingéniée à nous indiquer qu’il commençait à 20H10, puis (à partir de la fin octobre) à 20H15 alors que les programmes des autres jours sont, eux, annoncés normalement à 20H20.

De quoi rendre peu crédible la nouvelle « Charte de l’identité et des valeurs de la RTBF » où on lit: « Parce que nous visons l’excellence des programmes, nous exigeons (notamment) que le respect des horaires prévus de diffusion font l’objet d’une attention minutieuse ».

La RTBF ne favorise donc plus la découverte de son magazine d’investigation à un nombre équivalent de spectateurs que ceux qui bourrent 80 « Cirque Royal » ou 10 « Forest-National ». La comparaison avec ces salles de spectacle constitue pour nous un hommage à « L’Hebdo », quelques jours avant sa mise à la trappe(3). En effet, il était difficile de zapper lorsqu’on la regardait. On découvrait ce magazine de manière attentive, d’un bout à l’autre, comme un concert ou un ballet pour lesquels on a payé sa place.

Cette réflexion nous permet de constater que l’audience d’une émission ne dépend pas uniquement du choix du public mais également de la volonté que le diffuseur éprouve ou non à faire découvrir ses productions.

(1) La RTBF ne peut pas couper ses émissions d’information par de la publicité. C’était le cas du débat de « L’Ecran Témoin ». Depuis septembre dernier, « Chacun son histoire » est devenu structurellement une émission dedivertissement, ce qui permet l’intrusion des réclames.
(2) Quelques émissions font des scores inattendus: celles sur les deux frères Dubié, sur l’inspection des médecins ou sur les écoles rurales.
(3) Dernières séances pour « L’Hebdo », à 20H20 sur La Une: L’autre Iran (16 janvier) et Best of (23 janvier).