N°54 | RTL-TVI: quelle proximité?

Le Ligueur du 17 décembre 2003

« RTL-TVI: quelle proximité? », tel était le thème débattu avec Philippe Delusinne, l’Administrateur délégué de TVI, lors du Grand Entretien organisé par la Fnac et Le Ligueur le 14 novembre dernier.

Tel était le thème débattu avec Philippe Delusinne, l’Administrateur délégué de TVI, lors du Grand Entretien organisé par la Fnac et Le Ligueur le 14 novembre dernier.

Nous avons demandé au patron de la chaîne privée de se positionner par rapport à une déclaration d’un de ses prédécesseurs, Jean-Charles De Keyser, qui dénonçait en juillet 1997 l’octroi par le pouvoir politique de la publicité à la RTBF: « Je crois que c’est une bêtise très grave qui aura des conséquences très lourdes parce que le service public ne parviendra plus à se développer ».

Mr Delusinne partage cette opinion même si c’est dans un langage moins virulent: « Depuis six ans, on constate que la RTBF s’est un peu privatisée dans l’approche de ses programmes! Si le pouvoir politique souhaite que la chaîne de service public soit indépendante des contingences du marché, il doit avoir le courage de la financer davantage ».

Pour lui, l’adversaire, ce sont les chaînes françaises de plus en plus regardées chez nous. Face à cet obstacle, « La RTBF et RTL ont intérêt à progresser de concert. Je reste un fervent supporter de la RTBF ». La raison de cette solidarité? La préservation du gâteau publicitaire. En effet, certains grands annonceurs français surinvestissent dans les chaînes flamandes mais pas dans les médias audiovisuels francophones car ils veulent éviter le double emploi avec les effets sur nos concitoyens des publicités déjà diffusées par TF1 ou France2!

Qualité, quantité…

Philippe Delusinne se décrit ainsi: « Je suis le manager d’une société privée. Je poursuis donc deux objectifs: gérer les dividendes de mes actionnaires et assurer la perennité de ma société ». Durant tout le débat, le seul critère qu’il revendique pour analyser le travail de ses chaînes est le succès d’audience de celles-ci. Nous l’interrogeons donc sur l’une de ses convictions que nous trouvons réductrice, le fait qu’il croit que la qualité, c’est le succès(1). Après un silence, il nous explique qu’il est tantôt le représentant de TVI, tantôt un citoyen et un consommateur de médias: « Il est évident qu’il y a des émissions qui passent sur mes chaînes qui m’intéressent fort peu à titre individuel. Ceci étant, je reste convaincu que nos succès se mesurent à l’audience. Si je ne dispose pas de mes rentrées publicitaires, je ne pourrai plus développer ces chaînes qui gardent, à mes yeux, un équilibre encore tout-à-fait intéressant entre des émissions faciles et celles qui ont un réel intérêt citoyen ».

Par politesse

Nous signalons à notre invité qu’un certain nombre de téléspectateurs se plaignent de ne pas recevoir de réponses lorsqu’ils interpellent RTL-TVI. Il nous répond: « Le courrier qui m’est adressé arrive toujours à bon port. Tous les responsables des différents services sont censés répondre à leur courrier. C’est une règle « maison », ne fut-ce que parce que c’est une règle élémentaire de politesse. Quand les gens nous écrivent que « ce n’est pas bien mais on trouve que… », c’est intéressant ». Et pourquoi pas une émission de médiation? Le Soir publie bien chaque semaine une chronique de ce tonneau… « Nous n’avons pas encore le sentiment de manquer de contacts avec le public. Si d’aventure nous envisagions un projet en ce sens, il ne serait pas programmé à une heure de grande audience car il est destiné à un public militant, très impliqué ».

Quelle hiérarchie des infos?

Répondre, certes. Mais comment? Comme nous n’avons pas accès à la boîte aux lettres de l’avenue Ariane, nous proposons à l’Administrateur délégué à titre d’exercice de réagir à un courrier publié par la presse écrite(2). Le lecteur y regrette que RTL-TVI a fait le premier titre de son JT d’une visite princière au Domaine Provincial de Chevetogne pour aborder la grossesse de la princesse: « …J’étais consterné, la vérité étant que, deux heures durant, le Prince Laurent et l’ensemble des orateurs présents ont tenté d’intéresser les journalistes aux questions de développement durable. Ce n’est qu’en fin de matinée que le Prince, harcelé par les cameramen, a consenti à répondre évasivement à quelques questions sur sa vie privée… ». Mr Delusinne: « Les personnages publics doivent concéder que leur vie ne leur appartiennent plus complètement. Quand un phénomène majeur comme la grossesse d’une Princesse intervient, il est normal qu’une rédaction s’intéresse à cet événement réellement impliquant pour l’ensemble des téléspectateurs. Je crois que c’est plutôt bien fait vu les chiffres d’audience. « Place Royale » propose également une démarche citoyenne. Axant ses reportages autant sur la petite Elisabeth qui roule à vélo dans le parc royal que sur les missions économiques auxquelles participent les Princes, cette émission fait beaucoup pour développer dans la population francophone un sentiment d’appartenance à la Belgique. »

Tout se paie

Au départ, les chaînes ne voulaient pas entendre parler d’une signalétique jeunesse (dite antiviolence). Le gouvernement l’a imposée. Qu’en pense aujourd’hui le représentant de RTL-TVI et de Club-RTL? « J’en suis tout-à-fait partisan. Je crois qu’il est de notre devoir d’informer et de prévenir le téléspectateur du type d’émission qu’il va découvrir. Avec un bémol: il serait temps d’uniformiser les pictogrammes qui sont différents actuellement en France et chez nous ». Voilà plus d’un an déjà que Richard Miller, Ministre de l’Audiovisuel, marquait son intérêt sur ce dernier point. On attend que son successeur, le Ministre Daniel Ducarme, prenne des décisions(3). Mais… la signalétique n’est efficace que si ses pictogrammes sont bien compris par le public! Mr Delusinne: « RTL-TVI est prête à diffuser des spots explicatifs. Que l’autorité publique finance une campagne d’information comme elle le fait pour la sécurité routière. ». Vous ne seriez pas prêt à organiser vous-même ce travail explicatif auprès de votre public? N’est-ce pas paradoxal? Plusieurs hebdos de la presse écrite proposent gratuitement à leurs lecteurs, à chaque livraison, l’explication de ces pictogrammes utilisés en TV… Et les chaînes de TV souhaitent être payées pour diffuser ce « mode d’emploi » destiné à leurs propres émissions? « Je ne vais pas m’apesentir sur ce débat-là » conclut notre invité.

(1) Le Vif L’Express, 29/03/2002.
(2) Le Vif L’Express, 12/09/2003.
(3) Vient de paraître une brochure gratuite qui propose les actes de l’audition publique des chaînes (27 novembre 2002) sur la violence dans l’information télévisée. Tél.: 02/413.35.01 ou e-mail: martine.vanelewyck@cfwb.be


Une signalétique pour « Controverse »

Dans notre 51ème rubrique, nous plaidions pour que les annonces de résultats de jeux interactifs ou de « consultations téléphoniques » telles que celles utilisées par « Controverse » soient assorties d’un avertissement qui indique clairement au public que ces données n’ont pas de valeur scientifique.

Interpellé par rapport au débat politique du dimanche midi animé par Pascal Vrébos, Philippe Delusinne craint que, malgré les précautions prises déjà à ce stade, on ne pourra jamais empêcher le détournement de ces « coups de sonde » et s’affirme dès lors partisan de notre proposition: « Je crois qu’effectivement, il faudra bien préciser par écrit le fait que cela n’a aucune valeur scientifique ».