N°52 | Un dimanche gratuit au musée?

Le Ligueur du 26 novembre 2003

Un bel effort! Les Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles vont vous surprendre agréablement. Pour fêter leur mutation, ce dimanche 7 décembre de 10 à 17 heures, ils vous mitonnent une journée Portes Ouvertes.

Découvrez donc gratuitement ce jour-là les transformations et les nouveaux aménagements mais également les réserves, des ateliers créatifs, des concerts ou des projections de films sur l’art(1).

Créé il y a 202 ans par Bonaparte, cette institution constitue le plus grand ensemble muséal belge: les œuvres de Bruegel ou de Rubens y cotoîent entre-autre celles de Bacon, David, Delacroix, Magritte, Delvaux ou Permeke.

La section du XIXe a été rénovée. Les murs de chaque étage ont été repeints: verts pour les néo-classiques, bleus pour les symbolistes, rouges pour les portraits et jaunes pour les modernes d’alors, de Seurat à Gauguin.

De nouvelles salles sont désormais accessibles dans des bâtiments Art Nouveau et Art Déco, enfin sauvés de leur abandon et restaurés, rue de la Régence et Place Royale. Godefroid de Bouillon et sa monture vont se sentir moins seuls sur leur socle puisque qu’une librairie d’art et un café-brasserie vont s’ouvrir dans ce quartier à cheval entre le haut et le bas de la ville qui se distinguait honteusement jusqu’à ce jour par l’absence de lieux où se désaltérer!

L’autre surprise que nous prépare l’équipe trop peu nombreuse des Musées royaux(2), c’est le quatrième volet de la série des grandes rétrospectives consacrées à des créateurs belges, après Paul Delvaux (1997), René Magritte (1998) et James Ensor (1999-2000). Ce nouvel événement qui se déroulera du 16 janvier au 9 mai 2004 nous permettra de découvrir 265 œuvres du peintre symboliste Fernand Khnopff(3).

Faire payer rapporte peu

Nous avons longuement rencontré Helena Bussers, nouveau Conservateur en chef faisant fonction depuis avril dernier, pour mieux cerner si, comme le veut le titre de notre chronique, elle était à l’écoute de ses usagers. Elle était accompagnée de ses collaborateurs: Thérèse Marlier, attachée de presse et PR, et Régis Hespel, le responsable de la sécurité, du personnel technique et des chantiers.

La gratuité des Musées a été acquise au milieu des années ’80: les travaux de l’aile « moderne » s’achevaient et comme ceux-ci avaient été financés avec l’argent des contribuables, il était logique que ceux-ci puissent avoir accès à ces musées sans bourse délier.

Hélas, en 1997, un arrêté royal concocté par le Ministre Ylieff mit fin à cet avantage. Quels furent donc les conséquences du retour de l’entrée payante? Mme Bussers: « Les entrées ont chuté d’environ 30%. Les touristes continuent d’affluer mais ce sont surtout des visiteurs qui venaient découvrir régulièrement l’une ou l’autre salle qui ont été affectés. Une sélection s’est opérée et les problèmes de vandalisme ont chuté. Les visites scolaires se sont fortement réduit, ce qui a entraîné la mise en place d’une politique de séduction de notre Service éducatif auprès des écoles qui s’est avéré très efficace. Le public du week-end est particulièrement familial: les remarques sur le prix formulées par les parents sont nombreuses même si les enfants de moins de 13 ans ont un accès gratuit. »

Cette évolution ne fait pas la fortune du musée car, qui dit billetterie, dit infrustructure et frais de personnel supplémentaire. Faire payer coûte! L’expérience actuelle se poursuivra puisque l’arrêté subsiste et qu’il faudra du temps et de la persuasion pour négocier avec le politique un éventuel changement: »les visiteurs ont accepté le principe de l’entrée payante » si l’on amplifie les possibilités de « gratuités ».

Le mercredi, ce n’est pas un cadeau

Ce 3 décembre, comme tous les premiers mercredis du mois, tous les musées fédéraux seront gratuits, selon des horaires différents! Au Musée des Instruments de Musiques situé à deux pas, c’est toute la journée. Tandis qu’aux Musées Royaux des Beaux-Arts, l’entrée libre ne commence qu’à 13H: « Pourquoi le mercredi? Nous avons reçu des consignes de l’administration. La tradition veut que les enfants ont congé le mercredi après-midi. On a peut-être oublié que les adultes qui travaillent en journée visitent aussi les musées! Bien entendu, les retraités peuvent venir mais ils ont déjà droit à des réductions. Ce n’est pas un cadeau, le choix de ce jour! De plus, peu de gens sont au courant de cette gratuité ».

Mme Bussers rêve que tous les musées, et pas uniquement ceux qui sont fédéraux, optent pour une journée entière de gratuité, chaque premier dimanche du mois: « Il faudrait que les Associations des Musées prennent cela en main ». Pourquoi n’en prendriez-vous pas l’initiative? « Oui, sans doute, dès que possible ».

Pour relancer l’intérêt du public et des médias, pourquoi les musées ne mettraient-ils pas en exergue à cette occasion, mois après mois, une œuvre différente? Le conservateur en chef et ses collaborateurs se mettent à rêver: « On sélectionnerait douze œuvres, chaque année! Il faut être inventif. Pareille opération mobiliserait le service éducatif, la promotion, les scientifiques… Ce projet mérite réflexion mais nécessiterait sans doute du personnel supplémentaire. Voyez, alors, nos autorités de tutelle. »

Suppression des gratuités pour chômeurs et handicapés

Il y a également les « gratuités » au jour le jour pour certaines catégories du public. Mme Bussers nous explique qu’elle tient beaucoup au fait que les chômeurs aient droit à entrer gratuitement: « C’est normal pour ces gens à l’égard de qui toutes les portes se ferment. Qu’on ouvre les nôtres! Et pareil pour les personnes handicapées. C’est l’aspect service public des musées. Qu’un maximum de gens s’y sentent bien ». Hélas, nous devons alors lui signaler que ces deux « gratuités » ont été supprimées récemment et remplacées par une réduction à 2 euros. Découvrant cette évolution, notre interviewée nous annonce immédiatement qu’elle va tout mettre en œuvre pour tenter de la modifier. Il s’agit en fait de l’application d’une mesure imposée par un arrêté du Ministre Picqué.

Mme Bussers est également étonnée d’apprendre de notre bouche que la présentation de la tarification du guichet principal a évolué. Jusqu’il y a peu, un panneau indiquait toutes les réductions et gratuités dont celles des chômeurs et personnes handicapées. Avec l’évolution récente de la tarification, il a fallu revoir l’affichage. Désormais, le panneau n’indique plus que trois prix sans expliquer à quoi ils correspondent: 5 euros, 3,5 euros et 2 euros(4). À quoi servent donc ces réductions si elles ne sont pas clairement annoncées à l’endroit où l’on s’acquitte de son droit d’entrée? Mme Bussers nous annonce qu’elle va revoir cette tarification afin qu’elle soit affichée de manière exhaustive « …Même si cela ne sera pas facile car il faut le faire en quatre langues! ». Les combats à mener en faveur des usagers ne manquent pas! Nous tiendrons au courant nos lecteurs de leurs multiples rebondissements.

(1) Rue de la Régence 3, près de la Gare Centrale.
(2) Depuis belle lurette, les membres du personnel qui quittent cette institution ne sont pas remplacés.
(3) Les réservations sont ouvertes. Droit d’entrée (qui permet également de visiter les musées d’Art Ancien et Moderne): 9 euros. Diverses réductions. Tél.: 02/508.32.32. www.expo-khnopff.be
(4) Une seule gratuité est détaillée, celle des Amis du musée.