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La RTBF sous-estime son public

Pour qui le « Gala des 50 ans » de la RTBF a-t-il été organisé? Probablement pas pour la majorité du personnel du Service public qui n’a même pas été invité à Flagey où se déroulait l’anniversaire. Au générique final de la transmission sur le petit écran: les noms des sponsors sont cités à l’inverse de ceux de l’équipe qui a réalisé cet événement! Ou alors était-ce pour les téléspectateurs eux-mêmes? La RTBF et les rédactions des quotidiens ont reçu nombre de lettres irritées…

De fait, cette célébration n’était peut-être qu’un prétexte pour tenter de séduire davantage un certain nombre de personnalités des affaires et de la politique bien présentes dans la salle et garantes des rentrées publicitaires ainsi que de la dotation.

En une soirée, on ne peut tout rappeler. C’est le divertissement ainsi que les sports et l’information présentées de manière légère qui furent mis à l’honneur, les facettes du service public les plus proches des priorités des chaînes privées.

Durant les cinquante jours qui précédèrent le « Gala », les souvenirs marquants des émissions scientifiques, philosophiques, culturelles, associatives, consuméristes, tiers-mondistes furent relégués principalement sur La Deux dont l’audience reste confidentielle. Là, des idées simples, peu coûteuses et fantastiques furent mises en chantier. Par exemple, la rediffusion quotidienne dans leur intégralité, vers minuit, de JT émis les soirs de journées peu banales (l’arrestation des CCC, l’assassinat d’André Cools, la victoire de Sandra Kim à l’Eurovision…).

Ce qui est également préoccupant, c’est la manière dont le « Gala » présenta les thématiques sélectionnées. Des chanteurs: d’accord… mais pourquoi Henri Salvador ou Lara Fabian en tournée promotionnelle? Qu’ont-ils apporté de marquant à l’aventure ertébéenne? Pendant ce temps-là, on aurait pu montrer avec des images saisissantes comment la RTBF avait réellement soutenu l’éclosion de tant de talents de chez nous grâce à sa médiatisation courageuse du Temps des Cerises, du Concours de la Chanson française de Spa ou du Concours Reine Elisabeth… Lorsqu’on aborda l’humour, les inévitables bêtisiers de fourires de présentateurs des JT passèrent au bleu la rediffusion de séquences de satire politique ou sociale. Cela n’aurait-il pas été plus judicieux de rappeler combien tant de journalistes de la RTBF ont mené un travail d’investigation utile plutôt que de traiter l’un des leurs, Henri François Van Aal, de « Star du JT »! Et puis, que penser de la systématisation des « standing ovation » dignes des chaînes Berlusconiennes qui ne permet plus de percevoir les moments où le public applaudit spontanément. N’y a-t-il pas une qualité d’émotion sensiblement différente lorsque, à coût de reportages réalisés dans le Sud de la France, on nous exibe les piscines de Stéphane Steeman ou de Jacques Careuil…et cet instant magnifique où Philippe Geluck tient à rappeler que pour lui, l’un des moments les plus importants fut la relation de La Marche Blanche.

La RTBF affirme un peu vite que les taux d’audience (626.000 téléspectateurs) prouvent qu’elle a fait le bon choix. Qu’elle organise donc un autre « Gala » qui respecte davantage sa nature et ses missions! Rien n’interdit d’imaginer que celui-ci plaira autant à son public, celui qui lui fait l’honneur de plébisciter depuis nombre d’années les émissions de grands absents de la soirée de Flagey: les Procureur, Balteau, Lamensch, Libon, Dessart, Michaux, Ess, Reynaert, Polet, Blattchen, Cédric, et tant d’autres. Des animateurs(trices) d’une RTBF qui, comme l’écrit Guy Duplat, « avait le courage de croire que le public n’était pas idiot » (La Libre Belgique, 04/11/2003).