N°48 | Huit fois plus cher!

Le Ligueur du 29 octobre 2003

Six groupes de vingt visiteurs ont découvert l’Hôtel Solvay au cours du week-end Art Nouveau des 18 et 19 octobre. Coût de la visite: 40 euros par personne.

Situé au 224 de l’avenue Louise, ce joyau architectural bruxellois sert parfois de décor pour des réceptions privées mais est peu accessible au public. Il faut remonter à l’automne 1990 pour pointer un accès gratuit lors des Journées du Patrimoine.

« Voir et Dire Bruxelles »(1), l’organisateur de ce week-end Art Nouveau, constitue la table ronde permanente de six associations de tourisme à thèmes(2).

À côté des visites guidées « à la carte » des intérieurs d’une trentaine d’édifices pour une somme forfaitaire de 12 euros, contrastait dans la brochure éditée par ce regroupement associatif l’annonce de la visite « hors passeport » de l’Hôtel Solvay à 40 euros.

Bien entendu, c’est moins cher que les 68 euros ou les 125 euros des concerts anversois d’Annie Lennox ou de Neil Young mais comparons ce qui peut l’être! Par exemple, le Musée Victor Horta établi dans la maison et l’atelier de l’architecte est régulièrement accessible pour 5 euros, avec diverses réductions(3). Ce rapport de 1 à 8 au niveau financier peut-il se justifier du fait que le Musée est communal et que l’Hôtel Solvay appartient à un particulier?

Un proprio exemplaire

D’abord, il convient d’évaluer le service offert. Aucune réduction n’était accordée, même pas aux organisateurs. L’un de ceux-ci s’est pourtant offert la visite et nous la raconte: « J’ai perdu mes a-priori sur le prix demandé lorsque, pendant près d’une heure, j’ai approché le luxe invraisemblable de ce chef d’œuvre construit par Horta pour la famille Solvay. Les tapis, les meubles et les bibelots sont d’origine. Le guide est chevronné et didactique. Le public était essentiellement composé de bruxellois connaisseurs très contents d’avoir effectué cette dépense inhabituelle ».

Michel Wittamer, l’actuel propriétaire, nous a indiqué que son principal souci est la protection de son bien. Il faut limiter les visites car les lieux sont fragiles. C’est pourquoi il a adopté une tarification unique et dissuasive: « C’est 550 euros pour toute visite et j’accepte 20 personnes au maximun. Si c’est une délégation de 2 ou 3 conservateurs de musées japonais, tant mieux! ». Ce prix tient compte qu’il faut, à chaque fois, mobiliser quatre personnes pour guider et assurer la surveillance.

À la Direction des Monuments et Site, Guy Conde-Reis considère que Mr Wittamer est un propriétaire exemplaire qui se décarcasse pour assurer la conservation de l’Hôtel Solvay et André Loits convient que le critère financier pour réduire l’afflux des visiteurs est injuste: « En Espagne, on limite le nombre de visiteurs, des prix démocratiques sont pratiqués et les personnes vraiment intéressées font la file ».

Avec l’aval associatif?

L’Hôtel Solvay étant classé, l’Etat a participé aux frais de restauration, notamment il y a une quinzaine d’années pour le rafraîchissement de la façade. Isabelle Pauthier, Directrice de l’Arau, regrette que des clauses d’obligation d’ouverture au public à prix démocratique ne soient pas négociées avec les propriétaires ainsi soutenus comme cela se pratique parfois en France.

Une autre organisatrice, Cécile Dubois, constate que certains propriétaires refusent toute visite mais qu’on critique ceux qui font l’effort d’ouvrir leur porte: « Le public est demandeur. Si on me propose des visites du légendaire Hôtel Stoclet même à 10.000FB la place, pourquoi pas! ».

Qu’en pense Jean-François Leconte, porte-parole du Ministre Gosuin qui a soutenu les deux premières éditions de ce week-end Art Nouveau: « Il faut rester raisonnable! On peut élaborer une réflexion par rapport à cette problématique ». Il serait temps… parce qu’au cabinet même du Ministre de la Culture et du Tourisme, on n’a découvert la tarification de 40 euros qu’en feuilletant le dépliant. Ne faudrait-il pas davantage s’interroger sur une démocratisation des prix en amont de l’organisation de ces activités? Existe-t-il une barre à ne pas franchir? En cas de dépassement, l’organisateur privé restera bien entendu libre de prendre des initiatives, mais sans l’aval du secteur associatif et du pouvoir subsidiant.

Sauvegarder pareils lieux et favoriser leurs visites peut devenir contradictoire. Comme c’est déjà le cas avec succès à Barcelone ou Glasgow, Bruxelles devrait se doter d’un Centre d’interprétation de l’Art Nouveau: un lieu proposant cet héritage urbanistique par le biais de maquettes, de plans, de montages audiovisuels, etc.

(1) 15, rue de Londres – 1050 Bruxelles. > www.voiretdirebruxelles.be
(2) Arau, Arcadia, Itinéraires, La Fonderie, le Bus Bavard et Pro Vélo.
(3) 3,70 euros pour les étudiants et les seniors; 2,50 euros pour les enfants jusqu’à 12 ans. Rue Américaine, 25 à 1060 Bruxelles. Du mardi au dimanche, de 14H à 17H.