Hors série | RTBF: vrais-faux « directs » du lundi soir!

Le Ligueur du 1er octobre 2003

Le public aime les débats en direct et les responsables des chaînes adorent l’audimat! Voilà pourquoi nombre d’émissions enregistrées ne sont pas présentées comme tel.

Or, savoir qu’une émission est diffusée en différé permet au public de rester sur ses gardes. L’émission a peut-être subi un montage. Il arrive alors que certaines déclarations soit retirées de leur contexte ou raccordées à une autre question. Certains invités peuvent même mettre de l’eau dans leur vin de peur de ne pas voir leurs propos sélectionnés.

Sur les étiquettes des boîtes de petits pois, tous les ingrédients doivent être annoncés.

À la télé, on évite de signaler les colorants: les inserts »en direct » envahissent le petit écran, à l’inverse des mentions « en différé » alors que de plus en plus d’émissions sont enregistrées. On ne ment pas nécessairement au public mais on entretient le doute. Des émissions telles que « Ça se discute » ou « Taratata » connurent des débuts en direct. Puis, sans qu’on en avertisse vraiment le public, elles se poursuivirent en différé. Des interviews d’invités de journaux télévisés sont préenregistrées avec le présentateur qui s’efforce d’être habillé de la même manière que lors du déroulement de son émission.

« Chacun son histoire »

L’histoire de la case du lundi soir de la RTBF est exemplaire. Le 15 septembre dernier, la première de « Chacun son histoire » est annoncée sur le télétexte du Service public comme étant en direct. Thomas Van Hamme, l’animateur et producteur de cette nouveauté, affirme le contraire au « Soir Magazine » mais tous les téléspectateurs n’ont probablement pas lu cette interview. À l’antenne, l’ambiguïté existe. Au début de l’émission, un reportage filmé quelques jours plus tôt à Paris nous montre Thérèse, le témoin principal, qui défend son souhait de chasteté avant le mariage, interrogée sur RMC Info par Brigitte Lahaie, l’autre invitée qui se retrouvera également dans le studio de la RTBF Liège. À la fin de ce tournage parisien, le téléspectateur belge les verra se dire: « à lundi ». Il s’agit non pas du jour de l’émission mais bien du lundi qui précède, le 8 septembre, date de l’enregistrement de ce « Chacun son histoire ». Au cours du débat, il est à nouveau question de « lundi soir » lorsqu’on nous explique qu’après (l’enregistrement de) l’émission, une seule chambre (mais à deux lits) dans un hôtel liégeois a été réservée pour la jeune fille chaste et son prétendant. Ces deux éléments qui peuvent induire en erreur le public ne feront pas partie de la quinzaine de minutes qui ont été coupées au montage du nouveau « divertissement » ertébéen.

Même Paul Germain!

Trente et une années d' »Ecran Témoin » ont navigué entre débats en direct annoncés tambour battant et enregistrements non signalés. Le public découvrira que Baudouin Cartuveyls avait l’habitude d’enregistrer son plateau le vendredi qui précédait la diffusion à l’antenne lorsqu’il mit en boîte la thématique « Qu’est ce qu’être juif ». Le lundi suivant, au début de la diffusion, un déroulant annonça que « Cette émission a été enregistrée avant l’assassinat de M.Yizhak Rabin ». Celui-ci s’était déroulé le samedi 4 novembre 1995, lendemain de l’enregistrement.

Pire! Le dimanche 31 août 1997, une bande-annonce propose aux téléspectateurs de poser par téléphone leurs questions à propos de la vie affective des hommes et femmes d’église, le thème du premier « Ecran Témoin » qu’animera Paul Germain, le lundi 1er septembre. En fait, ces questions ne serviront à rien puisque ce débat fut enregistré durant l’après-midi du samedi 30 août.

Et si l’esprit « service public », c’était la transparence? Pourquoi ne pas gagner la confiance du public en lui annonçant clairement au début de ses émissions lesquelles sont enregistrées et/ou montées? Voilà une réforme qui ne coûte rien et qui améliorerait sensiblement l’image de la RTBF.