N°39 | Francofolies: C’est fou d’être belge!

Le Ligueur du 2 juillet 2003

Au cours du Grand Entretien organisé par Le Ligueur et La Fnac, le 3 juin dernier, les coulisses des Francofolies de Spa ont été arpentées par son co-directeur Charles Gardier.

Du 16 au 21 juillet, les Francofolies débarquent une nouvelle fois à Spa avec son lot de vedettes (I Muvrini, Zebda, Serge Reggiani, Georges Moustaki, Isabelle Aubret, Marc Lavoine, Laurent Voulzy, Jane Birkin, Zazie, Jean-Louis Aubert), sa création (un hommage à Pierre Rapsat) et tant d’autres artistes tout aussi talentueux mais moins médiatisés.

Pour rappel, des réductions sont accordées aux membres de La Ligue des Familles pour les spectacles destinés aux enfants.

Durant six jours, les spectacles se déroulent dans des espaces fort variés: la Place de l’Hôtel de ville qui peut accueillir jusqu’à près de 10.000 spectateurs; la Grande Salle (1200 places), le Petit Théâtre (380 places) et le Salon Bleu du Casino (150 places); les trois podiums du Parc de 7 heures (une cinquantaine de spectacles pour un « Francoparc » de 10 euros valable durant toute la durée du festival). De nombreux spectacles gratuits sont également programmés dans les cafés et sur les terrasses du centre-ville.

Il est compliqué de trouver du logement en dernière minute à Spa. Deux trains spéciaux quittent le site vers 2 heures du matin: destination Liège, Namur, Mons, Bruxelles… Terminus à Louvain-La-Neuve vers 05h06!

Bravo: cette année, les Francos vont décupler leurs efforts pour rendre les différents sites accessibles aux personnes handicapées.

Combien ça coûte?

Les entrées? Charles Gardier n’a pas le sentiment qu’ils sont excessifs: « Le prix que nous affichons pour la soirée Jane Birkin-Zazie est celui qui est habituellement pratiqué pour une seule de ces artistes. Pour le programme Jeff Bodart-Marc Lavoine-Laurent Voulzy, dès le départ, nous étions certains de remplir. Certains en auraient profité pour augmenter l’entrée et leurs bénéfices de 5 euros. Cela n’a pas été notre attitude ». À plusieurs reprises, le public qui participe à ce « Grand Entretien » a marqué son irritation sur le fait qu’il faut appeler un 0900 onéreux pour les réservations et les demandes de renseignements: « Il existe aussi d’autres moyens pour nous contacter: notre site internet ou la prévente dans différents points de vente » rétorque le co-directeur.

Avec leurs 120.000 spectateurs, les Francofolies sont devenues le premier événement culturel en Communauté française. Leur bonne santé financière provient de trois sources équivalentes: les entrées, le sponsoring et les subsides.

Excès de visibilité des sponsors? Noir Désir avait déclaré sur scène préférer Sttellla qui chante à Stella qui s’affiche. « C’est clair qu’on place autour des scènes des Francos de grands panneaux avec des publicités. Sinon comment pouvoir accueillir certains artistes aux cachets élevés, Noir Désir y compris! À Spa, il n’y a pas de prairies où l’on peut agglutiner 60.000 spectateurs ». Il arrive parfois que certains sponsors fassent pression pour que les programmateurs préfèrent les stars aux artistes de moindre notoriété: « Cette tentation peut exister mais nous y résistons. Voyez comment, cette année encore, nous avons priviliégé les révélations et les artistes en développement ».

À ce niveau, les subsides font un peu office de contre-pouvoir car ils ne s’offrent vraiment pas à la tête du client! M.Gardier: « Nous devons respecter un contrat-programme qui ne laisse rien au hasard. Notre manifestation doit réserver une place particulière aux artistes de Bruxelles et de Wallonie en leur consacrant un minimum de 50% de sa programmation officielle et en répartissant leur présence sur les différentes scènes. Deux artistes doivent ainsi chanter sur l’esplanade de l’hôtel de ville. Ces artistes doivent être rémunérés au moins au tarif qu’ils demandent habituellement lorsqu’ils tournent dans des maisons de la culture, par exemple ».

Des aides de Wallonie-Bruxelles Musiques financent les voyages et les nuitées d’organisateurs et de journalistes venant des quatre coins de la Francophonies. Pareille stratégie favorise l’exportation de nos créateurs: « L’année dernière, une équipe de Musique Plus, une chaîne de télé canadienne, a ainsi eu un coup de foudre pour Géronimo. Résultat: tournage pour ce groupe d’un clip au Québec, avec une mise en marché du disque et une tournée à la clef ».

Goulot d’étranglement

Ce soutien aux artistes de la Communauté française constitue probablement le moteur des Francofolies! Le point négatif de son bilan, se plait à répéter Charles Gardier, pour mieux le dénoncer sans doute, est le fait que « la situation des artistes de notre Communauté n’est pas meilleur aujourd’hui qu’il y a dix ans ». À l’inverse de ce qui se passe chez nous, les artistes locaux au Québec ou en Flandre vendent beaucoup de disques, donnent régulièrement des concerts et sont régulièrement invités dans les journaux télévisés. En Communauté française, il n’y a pas « de vraies vedettes qui font rêver », et, si elles existaient, cela pourrait paraître « commercial » et donc suspect! En une vingtaine d’années, la situation a probablement empiré. Aujourd’hui, grâce aux évolutions technologiques, on enregistre davantage de disques mais ceux-ci, pour parvenir au public, doivent franchir le goulot d’étranglement constitué par les médias. Ces derniers, alors que la production se diversifie, diffusent de plus en plus souvent les mêmes refrains: « La jeune Mélanie Renaud qui chantera au Parc de 7 Heures vend 80.000 albums au Québec » conclut notre invité.  » Nos artistes végètent avec 2.000 ou 3.000 ventes, avec des difficultés à se produire en dehors de la Fête de la musique et autres concerts gratuits… Pourtant, notre production n’est pas inférieure au niveau qualitatif. Le dernier album de Marc Morgan aurait mérité de se vendre convenablement. Ce n’est pas le cas. Et je peux citer une vingtaine d’autres noms! »

Partenaire des Francofolies, la RTBF les médiatise de manière plus qu’appuyée. Si elle intensifiait son intérêt pour la chanson de chez nous durant le reste de l’année et que d’autres médias lui emboitaient le pas, une partie du problème serait probablement résolu(1).

(1) Pour plus d’infos: www.francofolies.be ou le cher 0900/00.991 (0,45 euros/min).