Hors série | Brel nous parle…

Le Ligueur du 16 juillet 2003

À l’occasion du 25ème anniversaire de la disparition de Jacques Brel, ce Ligueur estival vous offre quelques photos inédites de Gérard Michaux prises lorsque notre collaborateur Bernard Hennebert s’entretenait avec le chanteur. Les citations sont extraites de cette interview de janvier 1970 ainsi que d’une rencontre avec des étudiants(1) qui s’est déroulée, le 5 novembre 1968, lorsque l’artiste triomphait dans L’Homme de la Mancha.

– « Je crois que dans la vie, il y a une seule chose d’important, c’est pour qui on fait les choses. Je sais toujours comment. Le pourquoi, je ne le saurai jamais. »

– « Les rêves de quinze ans forment le plus bel âge. À partir de vingt ans, la moitié des gens ne rêvent plus. Ils pensent à leur sécurité. Ils ont leurs problèmes. Les seuls rêves que peut avoir un adulte sont des rêves d’enfance… Mais je n’ai jamais dit que quinze était un bel âge… »

– « Je trouve que quand on est jeune, on trouve plus facilement de fausses solutions. Quand on est vieux, on se pose autant de questions mais avec l’âge, on hésite à s’offrir des réponses confortables. Et si ce n’est pas le cas, c’est qu’on est vraiment vieux tout de suite. »

– « Les bagarres de mai ’68 étaient parfaitement du Don Quichottisme bien plus que de la contestation. Cela a plus ressemblé à un rêve qu’à une révolution. »

– « Il y a une manière poétique de vivre… Je dis poésie, mais en fait, le mot que je pense est gentillesse. Je suis navré que l’homme n’ait pas reçu un organe pour la gentillesse. On sait comment faire pipi, on sait comment manger, on ne sait pas comment être gentil. »

– « Je considère la culture comme une prothèse. C’est une manière de compenser les endroits où l’on a peur, où l’on n’est pas suffisant. On vit très bien sans culture mais on ne vit jamais sans cœur. Il n’y a pas de gens méchants, il n’y a que des gens qui ont peur. Ils sont bien plus gentils que vous ne le croyez. Dites-leur que vous les aimez, que tout va bien… »

– « Gabriel Fauré, c’est formidable. Prenez les Beatles: ils ont repris toutes ses harmonies et ont accroché une pédale de Charleston derrière. Les mecs qui me disent qu’il faut s’intéresser à la musique pop ne se rendent pas compte de cela! »

– « J’aime mieux quelque chose qui soit cher et bien fait que de la fausse démagogie… Vous savez, il faut choisir dans la vie. Je préfère le luxe aux trucs bâclés et faussement communautaires. Et je suis un homme de gauche! Certains spectateurs ne peuvent pas voir ce spectacle? C’est désolant. Alors, il faut changer l’état. Il ne faut pas changer le théâtre ou le spectacle. La révolution passe par là. C’est à vous de la faire… » (à propos du fait que les places du Théâtre Royal de la Monnaie pour les représentations de L’Homme de la Mancha étaient chères).

– « Je suis une aspirine: c’est la seule solution décente que je me sois trouvée. Pendant deux heures, vous allez penser à autre chose… Et si tout à coup, on peut leur filer une petite piqûre de poésie, moi, je suis content » (à propos de ses raisons de chanter).

– « Je suis parfaitement désespéré et très heureux. »

(1) Parmi lesquels… notre collaborateur. Il s’agissait d’étudiants qui suivaient le cours de nouvelles formes de communication artistique donné par le professeur Victor Bachy au Cetedi (UCL).

Agenda

Deux expos à Bruxelles

– La grande expo « Brel, le droit de rêver » est visible quotidiennement, de 9H30 à 18H30, jusqu’au 17/01/2004, rue de l’Ecuyer, 50 (réservation obligatoire. tél: 070/22.30.13 ou www.jacquesbrel.be).

La première partie de la visite s’effectue en groupe. En fin de parcours, champs libre pour regarder à loisirs les films, écouter les témoignages, etc. Des reconstitutions, des décors, des vidéos rendent cette exposition attrayante.

Puisque la Fondation Brel s’est autorisée à dévoiler des pans entiers de la vie privée de l’artiste, on peut regretter qu’elle ait réécrit une partie de l’itinéraire du chanteur en rendant omniprésente sa femme légitime et en ignorant les autres amours de sa vie, même dans la dernière partie consacrée aux Marquises où l’un de ceux-ci a probablement joué un rôle moteur dans sa création.

France Brel expliquait naguère à propos de la Fondation: « C’est parce que nos projets mettent en exergue des valeurs humaines que Jacques avait très fort en lui-même que nous ne sommes pas un fan-club ». Hélas, ces deux attitudes ne s’excluent pas nécessairement et elles nous semblent toutes deux habiter cette exposition.

– Dans les locaux de la Fondation elle-même (Place de la vieille Halle aux Blés, 11), « Avec Brel, un dernier soir à l’Olympia » propose un visionnement du spectacle qui s’est déroulé dans le music-hall parisien en octobre 1966. Si le début des projections est annoncé à l’heure précise, il est impératif d’arriver vingt bonnes minutes plus tôt pour écouter « Jacques répondre à vos questions depuis sa loge de l’Olympia » (tél: 02/511.10.20 ou www.jacquesbrel.be).

Ces deux expositions sont payantes. Pour les chômeurs/cpas (article 27) et enfants de moins de 12 ans, gratuité pour « Avec Brel, un dernier soir à l’Olympia » ainsi que pour l’accès aux auditoriums de « Brel, le droit de rêver ».

Ballades

Pourquoi ne pas découvrir Bruxelles au travers de lieux que fréquentait Brel?

Pour vous orienter, au choix, une carte repère de quarante adresses (1 euro, en vente dans les offices de tourisme à Bruxelles) ou le livre récent et instructif d’Eddy Przybylski, « Le guide de Bruxelles de Jacques Brel » aux éditions du Roseau Vert (37 euros).

Différentes visites guidées payantes sont également prévues durant cet été: à vélo (02/502.73.55 ou www.provelo.org) à pied et/ou en car avec le Bus Bavard (tél: 02/673.18.35 ou www.busbavard.be), avec Guides Bruxelles-Belgique (tél: 02/548.04.48 ou e-mail: guides@brusselsinternational.be) ou avec Itinéraires qui propose un parcours chaleureux avec une visite gratuite offerte pour chaque visite payante de 8 euros (tél: 02/534.30.00 ou e-mail: sophie.le.grand@itineraires.be).

À Bruxelles

  • Jusqu’au 16/08: chaque samedi vers 22H30, feu d’artifice musical à la Mini-Europe de Brupark. Payant.
  • Jusqu’au 31/08: sur la Grand-Place, hommage musical, à 14H, 19H et 22H. Gratuit.
  • Jusqu’au 07/09: une expo qui évoque le pays de Brel mis en images par des auteurs de BD, au Centre belge de la BD. Payant.
  • Jusqu’au 31/09: les Galeries Royales St Hubert exposent quelques clichés de Jean-Pierre Leloir. Gratuit.
  • Deux projections à 21H30 en plein air des Adieux à l’Olympia: Place de Jamblinne de Meux (29/08) et au Parc du Wolvendael (31/08). Gratuit.
  • Spectacle son et lumière au Château du Karreveld, le 05/09 à 21H30 et au Centre Culturel d’Auderghem, le 19/09 à 21H. Gratuit.
  • Isabelle Aubret chante Brel à l’A.B., le 20/09 Payant.
  • Hommage musical et symphonique avec Maurane, Philippe La Fontaine, etc., le 26/09 à 21H sur la Grand-Place. Gratuit.
  • « Chantons français! » ou vingt lieux programmant plein d’artistes qui interprètent au moins une chanson de Brel, les 27 et 28/09 Gratuit.

En Wallonie

  • Isabelle Aubret chante Brel aux Francofolies de Spa (le 18/07), au Centre Culturel de Seraing (18/09) et à la Ferme de Martinou de Fleurus (le 19/09). Payant.
  • Spectacle son et lumière au Pont de France à Bouillon, le 23/08 à 22H. Gratuit.
  • Hommage musical et symphonique avec Maurane, Philippe La Fontaine, etc., le 27/09 à 21H sur la Place St Lambert à Liège. Gratuit.