N°37 | Deux plaintes musicales

Le Ligueur du 18 juin 2003

« Pour la dernière fois sur scène! » indiquait une publicité annonçant les concerts donnés par Serge Reggiani à Bruxelles, Liège et Charleroi, au mois de mars dernier.

À l’issue de cette tournée, l’artiste déclara à Sam Christophe (1): « Tout ce que je tiens à souligner, c’est que, contrairement à ce qu’un article prétendait récemment, ce n’est pas ma tournée d’adieu. Un au revoir tout au plus ». Et, à Marc Olivier Fogiel qui lui demandait s’il avait encore des projets à 81 ans (2): « Continuer le plus longtemps possible dans tous les domaines. Je répète que je n’arrêterai jamais ».

Nous avons donc porté plainte pour publicité trompeuse auprès du Jury d’éthique publicitaire. En effet, on apprendra plus tard que Reggiani participera, le 17 juillet prochain, aux Francofolies de Spa. S’ils l’avaient su plus tôt, les détenteurs d’un pass de ce festival auraient pu faire l’économie d’un des concerts de mars…(3)

Qui est responsable?

Nous ne pouvons pas vous publier la réponse du JEP car celle-ci stipule qu’il « ne peut en être fait état publiquement ». Quel obscurantisme de la part de ce groupement de publicitaires qui tentent… de s’autoréguler.

Nous avons proposé également à l’organisateur de se positionner. Il nous a répondu: « Cette affaire a déjà été jugée par le JEP. Ce dossier est donc clos de notre côté » en nous joignant copie du texte à faire figurer sur le site web du JEP qui, lui, est accessible au public.

On y découvre que l’annonceur affirme que son texte ne concernait que les trois villes annoncées. N’aurait-il pas dû alors stipuler sur sa pub: « Pour la dernière fois dans ces villes »… Si l’on suit cette tentative de justification, Reggiani ne chantera donc plus jamais à Bruxelles, Liège et Namur. Rien n’est moins sûr. Le texte diffusé par le JEP a prévu la parade: dans l’hypothèse où l’organisateur a établi son annonce de bonne foi, il ne peut pas être tenu pour responsable des intentions, éventuellement modifiées par après, d’un artiste dont il organise les spectacles.

Au lieu de critiquer le travail d’un journaliste, le célèbre interprète aurait été mieux inspiré de remettre en question la promotion insidieuse de l’organisateur. En effet, plusieurs journalistes dont Jean-Luc Cambier (Télémoustique) s’y sont laissé piéger: « Pour ses prochains concerts belges, les derniers… il est temps qu’on fasse (à Reggiani) des adieux mérités » (4). Le dindon de la farce étant le public qui découvre ces publicités et ces articles.

Nous avons également interpellé le Ministre de l’économie Charles Picqué qui nous indique que la loi interdit toute publicité trompeuse susceptible d’induire en erreur sur les caractéristiques d’un service mais qu’elle n’est sanctionnée pénalement qu’en cas de mauvaise foi, donc essentiellement en cas de récidive. Et d’ajouter: « Il existe très peu de litiges déclarés qui concernent l’application de cette loi aux services culturels. Il serait intéressant, dans l’avenir, d’examiner cette problématique afin de voir dans quelle mesure les principes généraux de protection du consommateur y sont respectés » (5).

L’expo Music Planet

Un lecteur nous écrit à propos de l’expo Music Planet: « J’ai été déçu du nombre important d’appareils déjà hors d’état! J’ai relevé au moins un téléviseur, trois écrans PC et un nombre incalculable d’écouteurs défectueux. Vu le manque d’entretien, c’est le type d’expo à découvrir dès l’ouverture… ». Lors de notre visite, nous avons réalisé un constat analogue. L’organisatrice nous explique que Music Planet a été victime de son succès et de l’enthousiasme de certains de ses visiteurs. Un régisseur-technicien travaille à plein temps sur le site et une équipe de décorateurs intervient chaque semaine: « Nous tenons à vous signaler que les dégâts auxquels vous faites allusion ont été dans l’ensemble réparés. Nous nous ferons un plaisir d’offrir à ce visiteur et sa famille des tickets VIP ».

Cette expo interactive qui raconte l’histoire de la musique du blues à la techno se prolonge jusqu’au 31 décembre à la Brasserie Belle-Vue de Bruxelles (6).

(1) La Capitale, 02/04/2003.
(2) On ne peut par plaire à tout le monde, France 3, 02/05/2003.
(3) Cher? 42,75 euros pour une deuxième corbeille tout en haut du Cirque Royal de Bruxelles où le son était si approximatif qu’il fallait écouter la voisine chanter en choeur pour deviner le sens des paroles…
(4) Mosquito, 26/03/2003.
(5) Cabinet du ministre de l’économie, Square de Meeus, 23 à 1000 Bruxelles.
(6) Tous les jours de 10H à 18H (le vendredi, jusqu’à 22H). Tél.: 02/412.58.58. www.euroculture.be