N°33 | Affiche qui trompe énormément!

Le Ligueur du 14 mai 2003

Vous aimez les films de Ken Loach? Nous vous conseillons de découvrir « This Lime Tree Bower », une pièce de théâtre programmée du 20 au 31 mai au « Jardin de ma sœur »(1).

Ce texte de Conor Mc Pherson d’une durée de près de deux tours d’horloge et interprété avec talent par trois acteurs a étécensuré lors d’une présentation récente à Wavre. Nous avons été enthousiasmé par cette production que nous avons découverte, quelques jours plus tard, au cours d’une soirée de résistance qui s’est déroulée au Théâtre de Poche.

Une soirée pour pub irlandais?

La pièce a été interrompue parce qu’une partie du public wavrien qui la découvrait avait marqué son irritation en quittant la salle où elle se jouait. En fait, ces spectateurs avaient été trompés sur la marchandise, et c’est pour cette raison que nous abordons cette problématique dans la présente rubrique.

Dans un premier temps, le 1er échevin de Wavre qui est à l’origine de cette « censure » a déclaré que cette pièce faisait « l’apologie de la pédophilie et de l’alcoolisme ». Ensuite, il s’est rétracté publiquement, ce qui est courageux de sa part même si le mal était fait. En effet, il ne s’agissait pas de pédophilie mais bien d’actes consentants d’étudiantes avec l’un des professeurs de leur université. Et l’alcoolisme, en parler ne signifie pas automatiquement qu’on fasse l’apologie de cette réalité sociale.

Le cercle organisateur de cette soirée culturelle fidélisait son public à partir d’activités plus traditionnelles: conférences historiques, concerts classiques, etc. Il pouvait, bien sûr, changer de registre mais à condition d’y préparer ses affiliés, ce qui ne fut pas entrepris.

La pièce censurée ainsi que la prestation du groupe de musique « Alka Celtes Airs » composaient le menu d’une « Soirée Irlandaise » proposée à un public réparti en petites tables de 4 à 6 personnes pour recréer l’ambiance d’un pub.

Sur l’affiche, la pièce est présentée comme un « conte », ce qu’elle n’est pas. L’élément graphique principal y met en exergue un énorme verre rempli d’une bière brune et sa mousse. Tout porte donc à croire que le spectateur paie 5 euros pour vivre l’ambiance d’une soirée arrosée et chaleureuse entre amis de longue date.

Cette présentation publicitaire est très éloignée de cette pièce dont l’auteur « croise les destins de trois jeunes Irlandais un peu mal dans leur peau, en butte aux dures réalités sociales, le chômage en filigrane, la grisaille en toile de fond et la Guiness comme compagne » comme le souligne l’un des acteurs et metteur en scène de la version proposée à Wavre (extrait d’une carte blanche publiée par La Libre Belgique du 7 avril 2003). La cause principale de cette censure réside ainsi dans l’amateurisme d’organisateurs qui présentent d’une manière erronée une programmation audacieuse. Dans pareil cas, il nous semble que les spectateurs doivent être immédiatement remboursés (ce qui n’a pas été le cas à Wavre).

L’imposante mobilisation qui a suivi cette « affaire » wavro-irlandaise aura au moins un effet positif. Elle dissuadera sans doute d’autres apprentis censeurs de passer à l’acte car elle indique qu’en Belgique, la réaction risque d’être vive lorsqu’on atteint à l’intégrité d’une œuvre artistique.

Projections à 2 euros

Mieux on connaît la censure, plus adroitement l’on s’y oppose. Il n’est donc pas inutile d’annoncer que, ce 16 mai, se tiendra (en français et en néerlandais) à la Fondation Universitaire de Bruxelles le colloque « Censures » qui analyse les moyens utilisés en Belgique, aux Pays-Bas et en France pour peser sur la liberté d’expression. Les éditions Larcier en publieront les « actes » (200 pages environ). Les prix de cette initiative nous semblent plutôt dissuasifs: 210 euros pour le colloque plus l’ouvrage et 75 euros pour l’ouvrage(2).

En marge de cette initiative, jusqu’à la fin mai, le Musée du Cinéma projette 28 films censurés: coupes de plans, interdiction totale, condamnation du réalisateur, etc. De « La religieuse » de Rivette (le 14) au « Dernier tango à Paris » de Bertolluci (le 31) en passant par « Charlotte for ever » de Gainsbourg (le 24) ou « Crash » de Cronenberg (le 28). Pour rappel, le prix de la place au Musée est de 2 euros et il n’y aucune projection de publicité en début de séance(3).

(1) À l’angle du Quai au Bois à Brûler et de la rue du Grand Hospice à Bruxelles.
Prix: 9,90 euros (diverses réductions).
Réservation: 02/217.65.82 ou
> E-mail: artheme@lejardindemasoeur.be
www.lejardindemasoeur.be
(2) Réductions pour les abonnés à la revue « Auteurs et Média ».
Infos: 010/48.26.31
> E-mail: clotilde.legreve@larcier.be
(3) 9, rue Horta à 1000 Bruxelles. Le programme détaillé du mois est désormais gratuit.
Infos: 02/507.83.70.
Les places peuvent se réserver par téléphone pour le jour même (et le vendredi, pour tout le week-end).
www.cinematheque.be