N°31 | La Médiathèque: quel choix au service de la diversité!

Le Ligueur du 30 avril 2003

La Médiathèque: quel choix au service de la diversité!

Plus de 300.000 membres y effectuent près de 4 millions de prêts chaque année. Ils peuvent ainsi louer plus de 800.000 médias différents dans 110 points de prêts répartis en Communauté française. Aussi bien des DVD et des cédéroms que des cours de langues! Et plus de 600.000 CD: pop-rock (190.056), classique (113.394), chanson française (68.964), musiques du monde (62.267), etc.

Le 6 mars dernier, les invités des « Grands Entretiens » organisés chaque mois par la Fnac et Le Ligueur étaient Jean-Marie Beauloye et Claude Janssens, respectivement Directeur général et Directeur des collections de la Médiathèque de la Communauté française.

Faudrait-il être en négatif?

Pour mieux comprendre l’intérêt de la Médiathèque, il faut comparer son fonctionnement avec celui des grosses firmes de disques. Dans la salle, un ancien disquaire signale que, depuis quelques années, la norme pour le recrutement dans ces « majors » consiste à faire appel uniquement à des commerciaux qui n’ont, au départ, aucune connaissance spécifique dans le domaine musical: « Quand je commandais un nouveau Cesare Evoria, on essayait de me fourguer une belle grosse précommande de Star Academy! ». Pour la Médiathèque, sept conseillers occupent tout leur temps de travail à prospecter dans les catalogues, sur internet ou dans la presse spécialisée pour débusquer toutes les nouveautés. Claude Janssens, le Directeur des collections, explique: « Notre optique consiste à proposer une représentativité maximale de ce que la terre entière propose comme expressions. Nous ne déterminons pas nous même ce qui est bien ou non mais nous attachons beaucoup d’importance à la partie du patrimoine qui n’est pas soutenue massivement par l’industrie. Si notre conseiller « musiques du monde » constate que nous ne détenons pas certains enregistrements fondamentaux de musique coréenne, nous lançons directement une commande au pays concerné. Par contre, nous éliminons tous les titres redondants et cela fait un sacré paquet: les compilations, les rééditions, etc. ».

La Médiathèque est une asbl qui emploie l’équivalent de 210 pleins-temps.

Pour le public, une inscription à vie coûte 15 euros et le prix de la location d’un CD pour une semaine, 1,56 euros. Ces rentrées constituent près de 63% du budget. Les villes et communes où la Médiathèque est installée contribuent pour 5%. Les 32% restants (qui n’ont d’ailleurs plus été indexés depuis 3 ans) constituent le financement de la Communauté française, ce qui est fort peu comparé aux subsides d’autres secteurs culturels. Jean-Marie Beauloye, le Directeur général de la Médiathèque précise: « L’arrêté royal de 1971 qui définit nos missions et notre mode de subvention prévoit pourtant que 50% des charges du réseau de prêt et 100% des frais de notre administration centrale devaient être couverts. On en est loin! Malgré cela, notre bilan est en équilibre. Faudrait-il être en négatif pour être pris au sérieux par la Communauté française? ».

Ce manque de financement ne permet pas à la Médiathèque d’accomplir certaines missions. Contrairement à la Bibliothèque Royale, la conservation des œuvres ne lui a pas été assignée. Néanmoins, elle a pris l’initiative de s’intéresser à ce patrimoine audiovisuel dont personne d’autre ne se préoccupe! M.Beauloye explique: « Nous avons conservé tous les long-playings dont au moins une plage n’a pas été reproduite en CD. Malheureusement, ces 15.000 enregistrements ne peuvent pas être consultés par les chercheurs ou les étudiants, tous nos moyens étant réquisitionnés par le prêt! ». Ainsi, au siècle de l’audiovisuel, ne sont pas encore traités sur le même pied l’écrit, le son et l’image. La Médiathèque couve pourtant son luxe de réussir à conserver des médias peu demandés par le public et souvent introuvables dans le commerce. Ainsi, 120.000 CD sont classés dans de gigantesques armoires rotatives de type « pharmacie » et sont, eux, bien accessibles au public.

Les choix évoluent

La Médiathèque est unique. En Flandre, le prêt audiovisuel est intégré par les bibliothèques. En France, il est souvent dépendant des mairies. Pour M.Beauloye, l’atout de la Médiathèque, c’est son réseau cohérent coordonné sur l’ensemble de la Communauté française: des locaux dans de nombreuses villes et quatre « discobus ». Les autres raisons du succès? « Une gestion informatique on line sur tout le réseau, le savoir et la compétence du personnel, le patrimoine qui s’est développé progressivement ».

Le public répond-t-il favorablement à cette initiative culturelle de haut vol? Les chiffres le prouvent. Même si pour la saison 2001-2002, on constate un recul de 2% des prêts, il faut souligner que, durant ces cinq dernières années, c’est une augmentation de 27,5% qui a été observée. Pour le Directeur général de la Médiathèque: « Je ne ferais pas ce métier si je n’avais pas la conviction qu’il existe une alternative au conditionnement du public. Bien entendu, aller à l’encontre du battage commercial des mass media demande de la vigilance et un investissement personnel ». Et pour le Directeur des collections: « On constate régulièrement une évolution dans le choix des membres par rapport à la consommation culturelle qu’ils exerçaient au moment de leur inscription. La découverte de propositions qui sont absentes dans le circuit commercial et le dialogue que nous établissons avec eux peut y contribuer. Je constate que notre public se précipite peu vers les médias soutenus massivement par l’industrie et qui sont également présents dans notre sélection ». Ainsi, lorsque le public a droit à une offre plus diversifiée, il n’effectue probablement plus tout-à-fait les mêmes choix que ceux qui sont révélés par les « hit-parades » commerciaux. Il faut rappeler ici que de très nombreux jeunes fréquentent la Médiathèque et que les loueurs sont également de très bons clients pour les disquaires:  » Deux sondages confirment que nos membres possèdent une discothèque personnelle plus importante que celle de ceux qui n’empruntent pas. La consommation d’une forme d’expression culturelle ne se limite pas à une seule manière de se l’approprier » nous explique M.Beauloye. Il est probable que les membres de la Médiathèque deviennent plus exigeants et achètent chez les disquaires des CD plus pointus, ce qui ne fait peut-être pas tout-à-fait l’affaire des « major » qui semblent s’intéresser de moins en moins à ce type de répertoire(1).

De nouveaux modes de consommation apparaissent et la Médiathèque veut s’y adapter. Il ne faudrait pas que les opérateurs commerciaux définissent unilatéralement les contenus et les modalités financières des services en lignes. Le Directeur général de la Médiathèque conclut: « Une volonté politique a construit à côté des circuits marchands des services de prêts de livres et d’autres médias qui proposent une alternative culturelle. Il est temps de se préoccuper aujourd’hui d’un circuit non marchand de l’environnement en ligne »(2).

1) Nous reviendrons ultérieurement sur le problème du piratage. Louer un support à la Médiathèque et le copier à titre privé est un droit. « Pirater » signifie vendre ou acheter des copies.
(2) Contact:
Tél.: 02/737 18 11
> E-mail: lamediatheque@lamediatheque.be
Le site internet est très développé et on peut même y réserver ses futures locations:
www.lamediatheque.be