N°22 | Améliorer la « carte » cinéma?

Le Ligueur du 19 février 2003

Le 25 décembre 2002 vers 19H15, au début de la projection du film « The man without a past » dans le complexe UGC De Brouckère, quatre couples quittent la salle, en moins d’un quart d’heure, de manière particulièrement dérangeante pour les autres spectateurs qui commencent à se plonger dans l’intrigue du film.

Depuis peu, ce temple du cinéma a créé une carte d’abonnement qui donne accès « tous les jours de la semaine, pour tous les films et toutes les séances ». Le spectateur peut donc assister à la présentation d’un film dont il ignore tout et qui ne correspond peut-être pas à ses goûts, ce qui peut provoquer sa sortie rapide de la salle.

Plus de 4.000 cartes!

André Harvie, le Directeur Général d’UGC, ne partage pas notre analyse: « Nous avons effectué un contrôle sur base de nos cahiers de bordereau et rapports de billets de cette séance. Il n’y avait qu’un seul abonné à cette séance ».

Impossible de contrargumenter! Renseignement pris auprès d’autres directeurs de salles, il semble bien que le phénomène de « zapping » se développe (les spectateurs quittent la salle pendant la projection). Certains affirment que cette tendance a pris un essor en France avec l’apparition de la carte d’abonnement. D’autres constatent que la disparition des ouvreuses favorise également cette évolution.

Dans notre plainte, nous soulignions qu’UGC nous semblait exacerber ce sentiment de multiplier au maximum l’acte de consommer de ses abonnés en diffusant un spot publicitaire dans lequel un jeune homme semblait très heureux de pouvoir revoir un maximum de fois la même scène qui l’attire. M.Harvie nous réplique: « …Notre carte est un succès qui compte plus de 4.000 abonnés. Elle permet aux cinéphiles de jouir pleinement de leur passion pour le cinéma… À l’image du spot diffusé dans nos salles, il existe encore des passionnés qui ne se lassent pas de voir trois fois ou plus un même film ».

Promo ou info?

La proposition que nous présentions de manière constructive à la fin de notre courrier ne sera pas retenue: « Pourriez-vous afficher aux entrées de vos complexes l’intégralité des coupures de presse qui critiquent en bien et en mal les films que vous programmez? Cet outil, bien mis en évidence, permettrait notamment à vos abonnés de se faire une idée précise du contenu de vos films avant de décider d’aller les découvrir. Si la lecture de tel ou tel article leur permet de découvrir que telle ou telle œuvre ne répond pas à leur sensibilité, il en ressortirait trois effets positifs: l’abonné n’aura pas perdu inutilement son temps; UGC fera l’économie financière d’une entrée qui se serait avérée improductive; pareille évolution limitera pour vos autres usagers les sorties intempestives pendant le début des séances ». M.Harvie nous rappelle qu’UGC diffuse gratuitement dans ses salles un magazine qui présente les films (de manière promotionnelle, ce qui ne résoud pas le problème posé) et qu’un site internet « informe du mieux que nous pouvons » l’ensemble des abonnés. Au moment où l’on considère qu’une salle de cinéma est un lieu culturel et non pas un simple prétexte pour vendre du pop-corn, il nous semble que l’on peut favoriser un débat contradictoire sur le contenu des films auprès de ses usagers!

Diversité des salles

Le débat est loin d’être clos.

Il ne faudrait pas que le succès de certains temples du cinéma ne pousse d’autres salles d’art et d’essai à mettre la clef sous le paillasson. Pour viser tous les publics, il serait périlleux que quelques « complexes » s’approprient l’exclusivité de certains films d’art et d’essai à succès (« Bowling for Columbine », par exemple) qui permettaient jusqu’à présent à de petites salles du circuit indépendant de vivre.

En France, le législateur favorise des alliances entre protagonistes de cartes et salles d’art et essai. Quelle aubaine pour le public si cette carte, pour prendre l’exemple de l’agglomération bruxelloise, permettait à ses adhérents de franchir indifféremment le seuil de salles aussi différentes que celles des « complexes » UGC et celles du « Vendôme » et de « L’Arenberg-Galeries ». On en discute actuellement dans le milieu cinématographique.


Mission accomplie!

Notre première plainte datait du 22 juillet 2002. Enfin, depuis ce 15 février 2003, AB3 diffuse désormais après 20H « Ça va se savoir ».

À cette heure, les enfants sont couchés ou les parents sont censés regarder avec eux les programmes TV.

De plus, grâce à la pression d’usagers auprès du CSA, AB3 a été amenée à indiquer au début et à la fin de ce programme que c’étaient des comédiens et non de vrais « témoins » qui s’y chamaillent.